Uramin, résultat d'une gouvernance défaillante d'Areva ?

le
0

PARIS (Reuters) - Le comité d'administrateurs indépendants chargé d'enquêter sur le rachat controversé d'Uramin par Areva devrait conclure mardi à une "gouvernance défaillante", affirme le Journal du dimanche, citant une "source proche" du groupe.

René Ricol, chargé en 2010 par Nicolas Sarkozy de réaliser un audit sur les comptes du géant nucléaire français, penche pour la même thèse, même s'il n'accuse pas Anne Lauvergeon, l'ex-présidente de son directoire.

Cette dernière affirme n'avoir pas eu connaissance de rapports miniers datés de 2008 et 2009 émanant du service géologie d'Areva, qui mettaient selon René Ricol en garde sur les réserves des mines et les possibilités d'exploitation.

"Si Anne Lauvergeon n'en a pas eu connaissance, le moins que l'on puisse dire, c'est que c'est préoccupant en terme de gouvernance", dit-il, précisant qu'il n'a pas eu lui-même accès à ces documents lors de son audit.

"Ce défaut de transparence est inacceptable", ajoute-t-il.

L'achat d'Uramin en 2007 pour 1,7 milliard d'euros a contraint le géant français du nucléaire à inscrire dans ses comptes en 2010 et 2011 des provisions d'un montant total proche de 1,9 milliard d'euros pour tenir compte de la dévalorisation de ses actifs consécutive à une baisse des cours de l'uranium.

Le ministre de l'Industrie, Eric Besson, a estimé dimanche qu'il attendait le rapport du comité mardi pour se prononcer.

"Je pense qu'il faut laisser ceux dont c'est le travail maintenant de faire toute la lumière sur cette surévaluation manifeste, presque grossière, de cette mine", a-t-il dit lors de l'émission Le Grand Rendez-vous Europe 1/i>TELE/Le Parisien.

"C'est justement ce que le comité d'administrateurs indépendants doit dire et éclairer. Est-ce que c'est simplement une grossière erreur d'évaluation ou est-ce que c'est plus? Il appartient à ce comité d'une part et à la justice, puisqu'elle a été saisie de différentes plaintes maintenant, de le dire."

"PRATIQUES INACCEPTABLES"

René Ricol a par ailleurs condamné les enquêtes menées par des officines sur le mari d'Anne Lauvergeon.

"Ces pratiques sont totalement inacceptables", a-t-il dit, qualifiant toutefois de "paranoïaque" la réaction de l'ex-présidente du groupe nucléaire.

Il a appelé les protagonistes du dossier -Anne Lauvergeon, l'actuel dirigeant du groupe Luc Oursel et le directeur de l'activité mines Sébastien de Montessus- à garder leur sang-froid. "S'ils ne se calment pas, tout cela va mal finir."

Anne Lauvergeon a demandé mercredi à la justice de désigner un expert pour examiner les conditions dans lesquelles le groupe a commandé en 2010 une enquête liée à l'acquisition d'Uramin.

Le tribunal de grande instance de Paris (TGI) a fait savoir qu'il rendrait sa décision le 29 février.

Anne Lauvergeon et ses avocats estiment que les destinataires du rapport, commandé à la société Apic, n'ont pas respecté les règles internes d'Areva.

Ils leur reprochent notamment de ne pas avoir alerté les organes de contrôle du groupe alors que le rapport d'Apic concluait à une possible "escroquerie" dans le cadre du rachat.

Les avocats d'Anne Lauvergeon protestent contre une enquête qui aurait donné lieu à un espionnage présumé du mari de l'ancienne présidente d'Areva, Olivier Fric, visant à déterminer si ce dernier avait bénéficié illégalement du rachat d'Uramin.

L'ex-présidente du directoire d'Areva a défendu le rachat d'Uramin et jugé normal que ce type d'opération puisse donner lieu à des dépréciations.

Yves Clarisse

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant