Une troisième conférence sociale, un moment de vérité sous tension

le
2
UNE TROISIÈME CONFÉRENCE SOCIALE, UN MOMENT DE VÉRITÉ SOUS TENSION
UNE TROISIÈME CONFÉRENCE SOCIALE, UN MOMENT DE VÉRITÉ SOUS TENSION

par Elizabeth Pineau et Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - La troisième conférence sociale du quinquennat de François Hollande, lundi et mardi, sera un moment de vérité pour le président français, qui s'appuie depuis 2012 sur les partenaires sociaux pour faire passer certaines de ses réformes.

Le pourra-t-il encore, alors que la France se débat contre un chômage record et attend toujours le "choc de confiance" susceptible de redonner des couleurs à une économie atone ? C'est l'un des enjeux de cette conférence.

La première avait notamment accouché de négociations sur la réforme du marché du travail, qui ont abouti à un accord sur la sécurisation de l'emploi, transposé dans une loi. La deuxième a ouvert la voie à une réforme de la formation professionnelle.

Celle de lundi et mardi est censée, comme les autres, définir un agenda social pour l'année qui vient.

Le gouvernement est conscient du double risque planant sur cette édition : celui d'apparaître comme un exercice un peu vain et "usé", comme l'a qualifié le secrétaire général de Force ouvrière (FO), Jean-Claude Mailly, ou d'être un moment de grande tension, hypothèse aujourd'hui la plus plausible.

Le monde syndical est de nouveau éclaté entre les "réformistes" comme la CFDT, qui jouent le jeu du pacte de responsabilité - 40 milliards d'euros de baisses de charges et d'impôts en faveur des entreprises en échange d'engagements en matière d'investissement, d'emploi et de formation - et ceux qui en récusent la logique même, comme la CGT ou FO.

La CGT, divisée et débordée par une base tentée par la radicalisation, a soutenu la récente grève de la SNCF aux côtés de Sud Rail et est à la pointe du mouvement des intermittents du spectacle qui menace les festivals de l'été.

VALLS PROVOQUE L'IRE DES SYNDICATS

Une grève et un mouvement vivement critiqués par la CFDT, qui défend la réforme du régime d'assurance chômage des intermittents, qu'elle a négociée et signée avec le patronat.

Du côté patronal, le Medef reste partagé entre "durs", tentés par l'épreuve de force, et partisans du dialogue social.

La première organisation patronale française et la CGPME, mécontentes de plusieurs mesures, dont la mise en place d'un "compte pénibilité" et l'entrée en vigueur d'une durée de travail plancher pour les contrats à temps partiel, ont montré leurs muscles en menaçant de boycotter la conférence.

Manuel Valls a multiplié in extremis les gestes d'apaisement à l'adresse de ces organisations, dont le report partiel de la prise en compte de la pénibilité du travail dans le calcul des droits à la retraite et à la formation.

Il a suscité du même coup l'ire des syndicats, qui l'accusent d'avoir cédé au "chantage" du Medef - lequel a confirmé finalement sa participation vendredi.

Le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger a dénoncé un "mauvais coup pour le dialogue social".

Ses homologues de la CGT et FO, Thierry Lepaon et Jean-Claude Mailly, ont menacé à leur tour de boycotter une partie de la conférence.

La CFE-CGC estime pour sa part dans un communiqué que c'est la "conférence de la dernière chance" pour le pouvoir d'achat des classes moyennes, "sinon la rentrée (...) risque d'être marquée par un automne de marches".

"NE PAS PERDRE LA CFDT"

"Tout ça met en lumière le fait (...) qu'il n'y a pas suffisamment de dialogue social et de responsabilisation des acteurs", estime Jean-Dominique Simonpoli, directeur général de l'association Dialogues et ancien responsable de la CGT.

"C'est le moment de réaffirmer, du côté du président de la République et du gouvernement, la nécessité de continuer dans cette voie, de la rendre incontournable", ajoute-t-il.

François Hollande, qui ouvrira les débats, et Manuel Valls, qui les conclura, auront donc fort à faire.

"Il faut qu'on fasse attention de ne pas perdre la CFDT", dit-on dans l'entourage du chef de l'Etat. "Il faut mettre la CGT devant ses responsabilités, elle ne signe rien."

Quatre responsables du Parti socialiste demandent pour leur part à l'exécutif de faire pression sur le patronat, dans une tribune publiée par le Journal du Dimanche.

Le commissaire général à la stratégie et à la prospective, Jean Pisani-Ferry, auteur d'un rapport sur la France de 2025, et l'ex-commissaire général à l'investissement Louis Gallois ont été chargés d'éclairer lundi les enjeux de la conférence.

Suivront mardi sept tables rondes animées par huit ministres sur l'emploi, l'insertion professionnelle des jeunes, l'agenda économique et social européen, l'investissement, le pouvoir d'achat, la politique de santé, la réforme de l'action publique.

Manuel Valls souhaite que les partenaires sociaux se saisissent de sujets sensibles comme les simplifications "possibles" du code du travail ou la question des seuils sociaux et de la représentation des salariés.

La relance de l'apprentissage et de l'emploi des seniors, jugée cruciale pour lutter contre le chômage des jeunes et des plus de 50 ans, est également au programme.

"L'heure n'est plus aux postures et aux discours", écrit le Premier ministre dans un courrier adressé aux organisations patronales. Un appel qui vaut aussi pour les centrales syndicales, fait-on valoir de source gouvernementale.

(Edité par Yves Clarisse)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • jfvl le dimanche 6 juil 2014 à 15:34

    Paroles, paroles, paroles.... Promesses, promesses, promesses ... Des décisions suivies par des actions on attendra !

  • M8252219 le dimanche 6 juil 2014 à 14:58

    il serait temps d'arrêter le toujours plus pour les salariés protégés et les régimes et statuts spéciaux et pour les élus

Partenaires Taux