Une trêve pour l'Aïd jeudi en Syrie ?

le
0
VERS UN CESSEZ-LE-FEU EN SYRIE POUR L'AÏD ?
VERS UN CESSEZ-LE-FEU EN SYRIE POUR L'AÏD ?

par Oliver Holmes et Shaimaa Fayed

BEYROUTH/LE CAIRE (Reuters) - Le médiateur de l'Onu et de la Ligue arabe pour la Syrie a confirmé mercredi au Conseil de sécurité l'acceptation par le président Bachar al Assad d'un cessez-le-feu pour la fête musulmane de l'Aïd el Adha.

Damas a pour sa part annoncé que l'armée se prononcerait jeudi, tandis que les insurgés syriens se divisaient sur la question.

Lakhdar Brahimi, actuellement au Caire et qui s'exprimait devant le Conseil de sécurité par visioconférence, a précisé qu'une annonce définitive serait faite jeudi.

"Le président (syrien) a accepté, une déclaration sera publiée demain", a déclaré le médiateur cité par un diplomate désireux de conserver l'anonymat et qui a assisté à la scène, qui a eu lieu à huis clos.

L'ambassadeur de Russie à l'Onu, Vitali Tchourkine, a dit que son pays avait également reçu des informations venant de Syrie faisant état d'une acceptation de la trêve par le gouvernement.

Dans un communiqué publié à l'issue de sa réunion, le Conseil de sécurité a appuyé cette trêve, qui entrerait en vigueur vendredi et durerait plusieurs jours.

Il a appelé "tous les acteurs régionaux et internationaux à user de leur influence" pour assurer la mise en place de ce "cessez-le-feu qui pourrait être une première étape vers une cessation durable de toutes les violences".

Damas avait auparavant fait savoir que l'armée syrienne hésitait encore à accepter un cessez-le-feu de quelques jours à l'occasion de la Fête du sacrifice, également appelée Aïd el Kébir, qui débute jeudi pour une durée de trois à quatre jours.

"La proposition de cesser les opérations pendant la célébration de l'Aïd sacré est encore à l'étude à l'état-major des forces armées. La position définitive sur le sujet sera annoncée demain (jeudi)", a indiqué le ministère syrien des Affaires étrangères dans un communiqué.

Un précédent cessez-le-feu, conclu en avril dernier, n'avait duré que quelques jours. L'impasse diplomatique avait entraîné la démission quelques mois plus tard du prédécesseur de Lakhdar Brahimi, l'ancien secrétaire général des Nations unies Kofi Annan.

PÉKIN ET MOSCOU POUR UN CESSEZ-LE-FEU

L'ambassadeur de Russie auprès de l'Onu et son homologue chinois, Li Baodong, ont déclaré que Moscou comme Pékin, deux des principaux alliés de Damas, soutenaient l'idée d'un cessez-le-feu.

Le principe d'un arrêt des combats ne fait cependant pas l'unanimité dans les rangs des groupes armés de l'opposition syrienne. La brigade Farouk, qui opère à Homs, a annoncé qu'elle s'y ralliait, mais le Front al Noura, une milice islamiste, a déclaré qu'elle n'acceptait pas de "jouer à ce jeu douteux."

Lakhdar Brahimi n'a pas ménagé sa peine ces derniers jours pour tenter de mettre fin, même momentanément, aux combats. L'ex-chef de la diplomatie algérienne a parcouru le Proche-Orient de long en large, ponctuant son périple par une visite à Damas où il a rencontré le président Bachar al Assad.

Le projet de cessez-le-feu ne fait pas mention de la présence sur le terrain d'observateurs internationaux pour en vérifier l'existence réelle, un élément jugé essentiel par les insurgés.

Annoncer l'arrêt des combats sans pouvoir le constater ou l'imposer n'a guère de sens, fait-on valoir de sources proches de l'opposition.

Les tractations autour d'un cessez-le-feu interviennent à un moment crucial dans l'évolution des rapports de force sur le terrain, et notamment dans le nord du pays.

Les forces syriennes résistent farouchement à Wadi al Deïf, une base militaire située sur l'axe nord-sud et assiégée depuis près de deux semaines. Sa prise permettrait d'achever la "libération" du Nord, disent les insurgés.

MASSACRE À DOUMA

Des avions de guerre ont lancé une série de bombardements sur Maarat al Nouamane et des villages environnants mercredi matin, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), basé à Londres. Il rapporte que cinq personnes d'une même famille, dont un enfant et une femme, ont été tuées.

La prise de Wadi al Deïf permettrait aux insurgés de créer une "zone de sécurité" dans le Nord, qui les autoriserait à porter davantage leurs efforts sur le sud du pays, place-forte des unités fidèles à Assad.

Le chef d'état-major de l'armée russe, Nikolaï Makarov, cité par l'agence de presse Interfax, a affirmé mercredi que les rebelles syriens étaient désormais équipés de missiles sol-air portatifs, notamment des Stinger de fabrication américaine.

Selon la télévision nationale syrienne, un attentat à la voiture piégée a tué six personnes mercredi dans le sud de Damas.

L'opposition et le pouvoir syriens se sont par ailleurs renvoyé la responsabilité d'un massacre à Douma, près de Damas, où au moins 25 personnes, dont des femmes et des enfants, ont été tuées, pour certaines à l'arme blanche.

L'OSDH a annoncé que 190 personnes avaient été tuées en Syrie au cours de la journée de mardi. La guerre a fait plus de 32.000 morts depuis le début du soulèvement, en mars 2011.

Pascal Liétout et Guy Kerivel pour le service français

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant