Une statue du colonisateur Cecil Rhodes déboulonnée au Cap

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par Wendell Roelf LE CAP, 9 avril (Reuters) - Une statue de Cecil Rhodes, figure de l'Empire britannique en Afrique australe au XIXe siècle, a été démontée jeudi dans le parc de l'université du Cap (UCT), un geste symbolique qui illustre la persistance des tensions raciales en Afrique du Sud vingt ans après la fin du régime d'apartheid. Plusieurs milliers d'étudiants ont applaudi lorsque la statue du colonisateur a été soulevée de son piédestal de marbre et qu'une grue l'a déposée sur un camion. Parmi eux, Tinashe Sibeko, 18 ans, inscrit en science politique, qui estime que ce déboulonnage est "un pas en avant vers la transformation". "C'est la preuve que si une chose est néfaste, on a le pouvoir de la changer. Pour la mentalité noire en général, cela nous dit que nous n'avons pas à accepter le statu quo, que nous pouvons transformer et améliorer les choses", ajoute-t-il. Depuis plusieurs semaines déjà, la statue de Cecil Rhodes avait été recouverte de sacs plastiques et d'affiches. Des étudiants, noirs et blancs confondus, manifestaient régulièrement sous le mot d'ordre "Rhodes doit tomber". Le conseil de l'université leur a donné raison. Né en 1853 en Angleterre, fondateur de la compagnie minière De Beers, Cecil Rhodes a fait fortune en Afrique australe, annexant le Mashonaland qu'il avait rebaptisé Rhodésie, devenue le Zimbabwe après l'indépendance. Pour les manifestants hostiles au maintien de sa statue sur le campus, soutenus par les Combattants de la liberté économique (EEF), la formation d'extrême-gauche de Julius Malema, il est une incarnation du racisme institutionnel et de l'oppression du peuple noir. Mais le démontage de sa statue est vu par les activistes blancs comme la manifestation d'un racisme anti-blanc qui ne dit pas son nom et qui servirait à masquer les échecs de l'ANC, le Congrès national africain au pouvoir depuis l'élection de Nelson Mandela en 1994. "Je suis convaincu que les larmes qui ont été versées du fait de la prétendue souffrance provoquée par cette statue sont une tentative hypocrite visant à dissimuler le programme raciste à l'oeuvre dans l'Afrique du Sud post-1994", estime Ernst Roets, numéro deux du collectif AfriForum, un mouvement de défense des droits civiques formé surtout d'Afrikaners. L'ANC du président Jacob Zuma s'est prudemment tenu à distance de cette controverse qui a gagné d'autres lieux symboliques. Une statue équestre de Louis Botha, héros afrikaner de la seconde guerre des Boers et Premier ministre de l'Union d'Afrique du Sud au début du XXe siècle, a été saccagée cette semaine à la peinture rouge devant le Parlement au Cap. (Avec John Mkhize à Pretoria; Henri-Pierre André pour le service français)

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