Une semaine après les attentats, les plaies se rouvrent en Belgique

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    par Alastair Macdonald 
    BRUXELLES, 29 mars (Reuters) - Une semaine après les 
attentats qui ont visé Bruxelles, l'émotion reste palpable place 
de la Bourse où continuent de se recueillir Belges et gens de 
passage. Mais au temps des hommages succède peu à peu celui 
d'une douloureuse introspection. 
    "Notre société a toujours été décontractée, habituée à 
aborder paisiblement les questions de sécurité, de manière très 
éloignée de la conception américaine", a déclaré à Reuters un 
proche du gouvernement de Charles Michel. "C'est donc un choc 
pour la nation", a-t-il admis. 
    Après les attentats commis en novembre à Paris et à 
Saint-Denis, semble-t-il coordonnés depuis Bruxelles, le 
gouvernement belge a annoncé une série de mesures destinées à 
combattre l'islamisme radical. A l'époque, déjà, certains 
observateurs avaient mis ces attaques sur le compte du manque de 
professionnalisme des services de sécurité belges dans un pays 
bercé par une certaine culture du laissez-faire. 
    Avec les attentats de Bruxelles, la donne devrait rapidement 
changer et le durcissement des mesures de sécurité plus 
facilement accepté par l'opinion publique et par la classe 
politique. 
    "Une partie de Bruxelles est morte en moi cette semaine", a 
écrit Bart Eeckhout, éditorialiste du quotidien de gauche De 
Morgen. "Mais il faut trouver un équilibre entre le 
je-m'en-foutisme et l'ingérence politique." 
    Plusieurs responsables politiques se sont rapidement 
retrouvés sous le feu des critiques en raison des 
dysfonctionnements que les attentats ont mis en lumière au sein 
des services de sécurité, notamment sur le fossé qui sépare les 
francophones des néerlandophones. 
     
    ETERNELLES QUERELLES LINGUISTIQUES 
    Les querelles linguistiques qui rejaillissent régulièrement 
en Belgique ont provoqué une décentralisation exacerbée des 
pouvoirs accusée aujourd'hui d'être à l'origine des 
dysfonctionnements des services de sécurité et de leurs 
difficultés à communiquer. 
    Et lorsque des centaines d'hommes masqués liés à l'extrême 
droite et arrivant de Flandre ont déferlé dimanche place de la 
Bourse, c'est en direction de tous les Flamands que le 
bourgmestre Yvan Mayeur a dirigé sa colère. 
    "Ce n'est pas l'image de Bruxelles qui a été salie par les 
événements de dimanche devant la Bourse. C'est la Flandre qui 
est venue salir Bruxelles avec ses extrémistes", a déclaré Yvan 
Mayeur, accusant Bart de Wever, chef de file du parti flamand 
N-VA d'alimenter l'intolérance. 
    Maire d'Anvers, deuxième ville du royaume, Bart de Wever a 
de son côté accusé les socialistes qui dirigent la capitale 
belge d'avoir laissé le champ libre aux islamistes. 
    "A Bruxelles, c'est évident qu'on a été trop laxiste", 
a-t-il déclaré dans un entretien accordé au journal l'Echo. 
    "Tous ceux qui osaient dire qu'il y avait un problème 
étaient traités de racistes, on devait se taire", a-t-il 
poursuivi, accusant certains responsables politiques se s'être 
rendus dépendants "des votes des communautés d'origine 
immigrée". 
    "On a fermé les yeux." 
    Selon Jean-Marie Klinkenberg, enseignant à l'université 
francophone de Liège, les attaques de Bruxelles pourraient 
accélérer "l'évaporation de l'Etat". 
    "Entre les Flamands plus populistes et des Wallons 
sociaux-démocrates, les différences notamment autour des 
questions de sécurité vont tôt ou tard émerger", a-t-il dit au 
Journal du Dimanche. 
    Ce pessimisme n'est pas partagé par tous. Sur le site de 
l'Express, le romancier Jean-Baptise Baronian estime au 
contraire que les attentats pourraient cimenter le lien entre 
Flamands et Wallons. 
    "Cela fait des années et des années que des politiciens, des 
politologues et des pythonisses annoncent la mort imminente de 
la petite Belgique", écrit-il. 
    "Dans leur plan à très court terme, ces prophètes ont tout 
prévu, ont peaufiné les moindres détails. (...) Sauf que 
quelques tueurs fous viendraient un beau jour de mars 2016 
saigner la Belgique et, du même coup, rendre solidaires tous les 
citoyens aux quatre coins du pays, à grand renfort de larmes." 
 
 (Nicolas Delame pour le service français) 
 
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