Une "révolution" ADN pour trouver un assassin des années 1980

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Une "révolution" ADN pour trouver un assassin des années 1980
Une "révolution" ADN pour trouver un assassin des années 1980

par Thierry Lévêque

PARIS (Reuters) - Un quart de siècle après une série de meurtres mystérieux à Paris et dans ses environs, dont celui d'une fillette de 11 ans, une technique révolutionnaire de recherche génétique va être employée pour tenter de retrouver le tueur en série.

L'empreinte génétique de cet homme n'ayant pas permis jusqu'ici une identification directe, un juge d'instruction de Paris a ordonné au Fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG) d'isoler toutes les personnes susceptibles d'appartenir à sa famille proche ou éloignée, a-t-on appris de source judiciaire.

Le FNAEG, créé en 1998 et rattaché au ministère de l'Intérieur, regroupe plus de 2,2 millions d'empreintes d'auteurs ou de suspects de crimes ou de délits. Sollicité par le juge, le ministère de la Justice a donné son feu vert à la nouvelle méthode en estimant qu'elle ne violait pas les règles de procédure puisque la loi, estime-t-il, autorise des tentatives d'identification "directes ou indirectes".

Jusqu'à huit ingénieurs vont travailler sur cette demande, qui doit aboutir d'ici septembre ou octobre, par la règle des probabilités mathématiques, à fournir au juge une liste de personnes pouvant compter plusieurs centaines de noms.

Il est possible mais pas certain que des personnes ayant un lien familial direct avec le tueur - ses parents, son frère, sa soeur, ses enfants - apparaissent dans cette liste. A défaut, des investigations seront menées sur l'environnement des personnes dont les noms sortiront.

"Après autant de temps, c'est la dernière chance de retrouver cet homme, qu'il soit mort ou vivant aujourd'hui", a dit à Reuters une source proche du dossier.

C'est seulement la troisième fois que cette technique, expérimentée à l'étranger, est utilisée en France. Fin 2011, la gendarmerie a pu ainsi remonter jusqu'à l'un des auteurs du meurtre d'une jeune femme, Elodie Kulik, en 2002 dans la Somme. Le criminel était mort depuis les faits dans un accident.

La technique vient par ailleurs d'être utilisée pour tenter de résoudre un viol à Paris.

UNE TRAQUE DE 26 ANS

La brigade criminelle de Paris n'a jamais renoncé à identifier le "tueur au visage grêlé" , ainsi surnommé par la presse en raison d'un portrait-robot établi après le meurtre et le viol le 5 mai 1986 dans le XIXe arrondissement de Paris de Cécile Bloch, 11 ans.

Le même homme, qui était alors décrit comme jeune, plutôt grand, aux cheveux châtains et au teint pâle, avait laissé pour morte une autre fillette agressée de manière identique un mois avant dans la capitale. Elle avait survécu à un étranglement.

L'enquête n'a rien donné et a été refermée une première fois en 1992 mais l'extraction tardive en 1996 de l'empreinte génétique du tueur avait relancé l'enquête. Il est alors apparu qu'il était aussi l'auteur de l'enlèvement et du viol d'une autre fillette de 11 ans le 29 juin 1994 dans le Val-de-Marne.

La justice a ensuite établi en 2001, toujours par la génétique, que le "grêlé" était aussi l'auteur du double meurtre d'une fille au pair allemande, Irmgard Müller et de son propriétaire, Gilles Politi, torturés et étranglés dans un logement du IVe arrondissement de Paris en avril 1987.

La brigade criminelle a établi au fil des recherches des correspondances avec plusieurs autres viols ou meurtres, avérées dans certains cas, ou probables dans d'autres.

Ainsi, même s'il n'y a pas de preuve génétique, il est très possible que le suspect soit l'auteur en 1983 et 1987 de cinq meurtres de fillettes enlevées dans le Val-de-Marne.

La brigade criminelle a travaillé sans relâche durant 26 ans pour le retrouver, passant au "révélateur" génétique des centaines de suspects, auditionnant des centaines de personnes, explorant en vain des fichiers carcéraux, passant au crible 10.000 voitures Volvo du type de celle employée dans l'enlèvement de 1994, enquêtant jusque dans la police.

En effet, le "grêlé" se faisait passer pour un policier pour approcher ses victimes. Il a exhibé deux fois une carte tricolore, a sorti une fois une arme, d'autres fois des menottes, un talkie-walkie. Il semblait selon les témoins maîtriser le jargon des contrôles policiers.

Aucun fait ne peut lui être imputé depuis 1994. "Mon intime conviction est qu'il n'est plus de ce monde", a dit à Reuters une source proche de l'enquête. La justice veut pourtant en être sûre et, s'il est mort, savoir qui il était.

Edité par Yves Clarisse

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