Une présidentielle sur fond de stagnation économique

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UNE ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE SUR FOND DE STAGNATION ÉCONOMIQUE
UNE ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE SUR FOND DE STAGNATION ÉCONOMIQUE

par Matthias Blamont

PARIS (Reuters) - La reprise économique en France sera lente et le chômage devrait continuer à augmenter d'ici à l'été, a annoncé l'Insee jeudi, des prévisions qui devraient encore donner à lieu à des débats vifs au sein de la classe politique d'ici à l'élection présidentielle.

La décision de la Banque centrale européenne d'injecter en deux fois plus de 1.000 milliards d'euros de liquidités dans le système bancaire depuis décembre a toutefois permis de diminuer l'intensité de la crise de la dette et de faire revenir la confiance, estime l'institut.

"La fièvre retombe dans la zone euro. La question est désormais de mesurer le rythme de redémarrage de l'activité, il devrait être assez lent selon nous", a dit à des journalistes Sandrine Duchêne, chef du département de la conjoncture de l'Insee.

Pour l'ensemble de la zone euro, l'Insee anticipe un produit intérieur brut en baisse de 0,1% au premier trimestre avant une progression de 0,1% au deuxième.

En France, le PIB devrait stagner au premier trimestre avant d'augmenter de 0,2% sur la période avril-juin.

Des chiffres insuffisants pour permettre des créations nettes d'emploi: le taux de chômage devrait atteindre 9,7% en France métropolitaine fin juin contre 9,4% fin 2011 selon l'Insee, et même 10,1% sur la totalité du territoire, de quoi alimenter les critiques de l'opposition sur l'action du gouvernement en la matière.

"Il y a un certain nombre de facteurs qui freinent la reprise: le prix toujours élevé du pétrole, la persistance des tensions financières même si elles s'évacuent lentement et la consolidation budgétaire qui pèse sur le revenu des ménages", a ajouté Sandrine Duchêne.

Alors que les prix des carburants à la pompe battent record sur record, le ministère de l'Industrie a déclaré étudier "toutes les options possibles" pour lutter contre la hausse du prix du pétrole, sans pour autant annoncer de décision sur une possible initiative internationale visant à libérer des réserves pétrolières d'urgence.

CERCLE VICIEUX

Sommés de réduire leurs déficits par la communauté internationale et les agences de notation, les pays de la zone euro se sont engagés dans des politiques de rigueur qui ont pour effet secondaire de fragiliser la croissance, elle-même considérée comme essentielle pour diminuer ces mêmes déficits.

De nombreux experts jugent néanmoins préférable d'agir le plus vite possible pour ramener la confiance, quitte à sacrifier des points de croissance, plutôt que de laisser filer les dépenses.

"Les effets récessionnistes à court terme d'une politique de rigueur existent. Mais il vaut mieux mettre en oeuvre ces politiques dès le début d'une crise (...) Certes, c'est compliqué politiquement et socialement, les sacrifices sont très durs... Mais c'est payant", soulignait ainsi le chef économiste de la BCE, Peter Praet, dans une interview au quotidien Le Monde le 17 mars.

La consommation des ménages, grand moteur de l'économie française, ne devrait progresser que de 0,1% par trimestre durant les six premiers mois de l'année, prévient l'Insee.

Fait plus rarement observé au cours des dernières décennies, le pouvoir d'achat, thématique chère à Nicolas Sarkozy, reculerait de 0,3% au premier semestre du fait d'un marché du travail difficile, de la hausse des prix de l'essence et du durcissement de la fiscalité décidé par le gouvernement en début d'année.

L'Insee refuse toutefois de se prononcer sur l'éventuelle poursuite de cette tendance au second semestre.

L'Institut national de la statistique et des études économiques estime en revanche que l'acquis de croissance pour 2012 ressortira à 0,5% fin juin.

Fort de cet acquis, le ministère de l'Economie a annoncé dans un communiqué jeudi soir prévoir une croissance de 0,7% en 2012, contre 0,5% annoncé initialement, et une progression du PIB de 1,75% en 2013, à comparer à une prévision antérieure de 2%.

L'"acquis" attendu par l'Insee conforte aussi l'ambition de Bercy de voir le déficit public ramené à 4,5% du PIB cette année après 5,3% en 2011.

Les prévisions de l'Insee ne tiennent pas nécessairement compte des toutes dernières données économiques disponibles.

Les résultats préliminaires des enquêtes PMI de Markit publiés jeudi ont témoigné d'un repli inattendu de l'activité en mars, notamment en France et en Allemagne, et ont fait décrocher les Bourses européennes dans la matinée, nombre d'économistes y voyant le signe d'une rechute en récession de la zone euro.

Avec Jean-Baptiste Vey, édité par Marc Angrand

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