Une plainte contre la société Amesys pour son rôle en Libye

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PARIS (Reuters) - Deux associations de défense des droits de l'homme ont déposé mercredi une plainte contre X qui vise la société d'ingénierie informatique française Amesys, accusée de "complicité par fourniture de moyens de crimes de torture" à la Libye.

La Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH) et la Ligue des droits de l'homme (LDH) accusent cette filiale du groupe Bull d'avoir fourni au régime de Mouammar Kadhafi, à partir de 2007, "un système de surveillance des communications destiné à surveiller la population libyenne".

Elles ont déposé une plainte contre X avec constitution de partie civile auprès du Tribunal de grande instance de Paris.

"Nous souhaitons que l'information judiciaire soit ouverte au plus vite afin de déterminer les éventuelles responsabilités pénales de la société Amesys et de ses dirigeants", écrit dans un communiqué Patrick Baudouin, président d'honneur de la FIDH.

La société Amesys a dénoncé la qualification sur laquelle la FIDH "semble fonder" cette plainte, la jugeant "inacceptable, calomnieuse et abusive".

"Amesys considère que de telles imputations dépassent les bornes", ajoute l'entreprise dans un communiqué.

En août dernier, des journalistes du quotidien américain Wall Street Journal avaient découvert le logo de la société Amesys dans les locaux des services de renseignement libyen à Tripoli.

Citant des sources proches du dossier, le quotidien affirmait que, fin 2009, la société française avait équipé ce centre de surveillance Internet avec un système d'interception de communications appelé "Eagle", et qui aurait été utilisé pour espionner les opposants au régime.

Dans un communiqué datant du 1er septembre, Amesys avait reconnu avoir "signé un contrat en 2007 avec les autorités libyennes", avec "livraison du matériel" en 2008. Un contrat signé, selon l'entreprise, dans "un contexte international de rapprochement diplomatique".

Mais, ajoutait la société, ce contrat "concernait la mise à disposition d'un matériel d'analyse portant sur une fraction des connexions internet existantes (...) (et) n'incluait ni les communications internet via satellite - utilisées dans les cybercafés -, ni les données chiffrées - type Skype -, ni le filtrage de sites web (...) (ni) les lignes téléphoniques fixes ou mobiles".

"Amesys n'opère aucun centre d'écoute téléphonique ni internet à aucun point du globe", ajoutait le communiqué.

Au-delà des responsabilités individuelles au sein d'Amesys et de Bull, la FIDH s'interroge sur la responsabilité des autorités françaises qui, selon Michel Tubiana, président d'honneur de la LDH, "ne pouvaient pas ignorer cette vente".

Chine Labbé

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