Une pincée pour le centre, une louche pour le FN pour Sarkozy

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Une pincée pour le centre, une louche pour le FN pour Sarkozy
Une pincée pour le centre, une louche pour le FN pour Sarkozy

par Emmanuel Jarry

LONGJUMEAU, Essonne (Reuters) - Une pincée pour le centre, une louche pour le Front national : Nicolas Sarkozy a fait le grand écart, mardi, entre les deux électorats qui détiennent la clé de son éventuelle réélection, mais avec une jambe beaucoup plus longue que l'autre.

Le président sortant, qualifié pour le second tour de l'élection présidentielle derrière François Hollande, a estimé lors d'une visite à Longjumeau, dans l'Essonne, que le FN et sa candidate, Marine Le Pen, étaient "compatibles" avec la République.

Avant lui, le ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, avait décerné un brevet démocratique au parti d'extrême droite, dont la présidente est arrivée troisième, dimanche, au premier tour de la présidentielle, avec 17,9% des suffrages.

"C'est un parti démocratique, ça c'est tout à fait certain", a dit ce proche du chef de l'Etat sur RTL, tout en assurant ne pas partager la vision du FN.

Le Premier ministre, François Fillon, a pour sa part rappelé à l'ordre les élus de l'actuelle majorité, qui ont commencé à dire qu'ils appelleraient à voter socialiste en cas de duel PS-FN lors des élections législatives de juin.

Lors d'une rencontre avec des parlementaires UMP, il a qualifié de "stupides" et "contre-productifs" des propos en ce sens de l'ancienne ministre des Sports Chantal Jouanno, sénatrice UMP de Paris.

Nicolas Sarkozy avait commencé la journée en récusant, sur France 2, l'idée que Marine Le Pen et ses électeurs soient les arbitres du second tour de la présidentielle, le 6 mai.

Mais tout, dans ses déclarations des dernières 48 heures, montre qu'il est particulièrement attentif à un électorat qui constitue sa principale réserve potentielle de voix, quitte à la disputer désormais à son adversaire socialiste.

NI DSK NI GUÉRINI

"François Hollande, le soir du premier tour, reprochait aux électeurs du Front national leur choix", a déclaré le président sortant à son arrivée dans une rue commerçante de Longjumeau. "Aujourd'hui il veut leur parler. C'est lequel, le vrai François Hollande ?"

"Quand lui a décidé de parler à ces Français qui souffrent, c'est normal. Quand c'était moi, il fallait me le reprocher !" s'est plaint le président candidat. "Par ailleurs, je ne propose pas de faire un gouvernement avec le Front national."

Quant à l'attitude de l'UMP lors des législatives en cas de duel PS-FN, il a jugé la question prématurée.

Nicolas Sarkozy a ajouté qu'il ne se plaçait de toute façon pas dans cette "logique" : "Il y a dix points entre Mme Le Pen et moi. Alors qu'est-ce que c'est que cette histoire qu'on doive absolument choisir entre un socialiste ou un Front national ?"

"Si le socialiste était M. Strauss-Kahn, je dois choisir M. Strauss-Kahn ? Ma réponse est non", a-t-il expliqué en faisant allusion à l'ex-directeur général du FMI mis en cause dans des affaires de crime sexuel et de proxénétisme. "Si le socialiste est M. Guérini, dont le frère est en prison, je dois choisir M. Guérini ? Ma réponse est non."

Et d'assurer que son objectif était précisément d'éviter que les Français aient à faire ce type de choix.

Il est cependant allé un plus loin dans un aparté avec des journalistes dans un café de cette ville, qui a placé François Hollande en tête au premier tour bien qu'elle ait pour maire sa porte-parole de campagne, Nathalie Kosciusko-Morizet.

"S'il y a une candidate du FN, c'est qu'elle avait le droit d'être candidate", a-t-il dit. "A partir du moment où vous avez le droit de vous présenter aux élections, vous êtes compatible avec la République."

RALLIEMENT CENTRISTE

Les dirigeants du FN qui se présentent aux élections "participent au jeu démocratique" a ajouté le chef de l'Etat sortant, avant de récuser l'idée qu'il puisse y avoir des thèmes "tabou" parce que ce seraient ceux du parti de Marine Le Pen.

Plus tard, en prélude à un discours dans une salle de théâtre comble, il a enregistré le soutien du chef de file des sénateurs centristes, François Zocchetto, qui a soutenu au premier tour le candidat du MoDem, François Bayrou (9,13%).

"Aujourd'hui, sans hésitation, avec un très grand nombre d'élus et d'électeurs centristes, nous sommes avec Nicolas Sarkozy (...) sans négociation hasardeuse", a dit le sénateur.

Le président candidat a salué comme il se doit ce ralliement et tenté de jeter une passerelle entre les deux électorats.

"Est-ce que je peux demander aux Français, 'faites des efforts' et en même temps accepter une immigration qui ne serait motivée que par l'attraction de prestations sociales parmi les plus généreuses d'Europe ?" a dit Nicolas Sarkozy.

"Ce sujet-là est au coeur des inquiétudes qu'ont exprimées un certain nombre d'électeurs centristes sur nos déficits", a-t-il ajouté, avant de se tourner de nouveau vers l'électorat FN.

Il a ainsi dénoncé une fois encore la proposition de François Hollande de donner le droit de vote aux étrangers pour les municipales, porte ouverte, selon lui, au communautarisme.

"Le droit de vote doit être réservé aux seuls citoyens français", a-t-il dit. "La vérité c'est que les socialistes n'ont plus le vote populaire et qu'ils veulent le vote communautaire. Je refuse le vote communautaire."

Avec Yann Le Guernigou à Paris, édité par Patrick Vignal

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  • chatnour le mardi 24 avr 2012 à 19:34

    le PS se vautre politiquement depuis des lustres sans la moindre gêne avec les communistes comme mélenchions dont les idées revendiquées ont pourtant fait au cours du XXème siècle PRES DE 100 MILLIONS DE MORTS ! Pas d'erreur le 6 mai, PAS UNE VOIX DES VOTES BAYROU ou FN NE DOIT ALLER A LA GAUCHE ! PLUTOT VOTER N'IMPORTE QUI donc Sarko mais ni abstention, ni vote blanc ou nul qui ne profiteraient qu'à flam.by !

  • chatnour le mardi 24 avr 2012 à 17:46

    Alors puisque "le FN est compatible avec la république", il faudra vous en souvenir à l'occasion des législatives et lui faire un petit peu de place pour qu'au moins, il y ait un équilibre avec les isla.mobobogau.chistes des verts et de mélanchions à l'assemblée !

  • jfvl le mardi 24 avr 2012 à 17:19

    Ségolène et François aussi!

  • papymujo le mardi 24 avr 2012 à 16:51

    @laquita: c'est sur fraternité que cela coince!

  • papymujo le mardi 24 avr 2012 à 16:49

    Tout est bon dans le cochon!

  • M566619 le mardi 24 avr 2012 à 16:20

    Un parti qui représente plus de 6 millions d'électeurs est une émanation de la volonté d'une partie du peuple et doit avoir sa place en France. Il y a eu une gauchisation de la politique en France depuis 1945 et avant guerre le FN aurait été classé au centre droit.

  • LeRaleur le mardi 24 avr 2012 à 16:07

    Le FN est républicain nationaliste, ce qui maintenant est tout à fait normal au contraire de l'Islamobobogauchisme.

  • laquitta le mardi 24 avr 2012 à 16:00

    @g.joly1-le FN est autant républicain que le PS. Liberté ! voir le PS qui cautionne dans certains cas la séparation des hommes et des femmes. Egalité ! le PS est un grand pourvoyeur de fonctionnaires et je ne trouve pas qu'il y a égalité avec le privé. Fraternité ! la je sèche ?

  • M6749774 le mardi 24 avr 2012 à 15:32

    En quoi le FN serait-il moins français que le parti revolutionnaire de Mélanchon ? Je ne suis pas un électeur du Front National mais je ne veux pas pour mon pays d'une démocratie limitée à l'horizon de la gauche.