Une "Phèdre" entre Barbara et la Callas au TGP de Saint-Denis

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http://www.theatregerardphilipe.com/ All rights reserved
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(AFP) - Le metteur en scène Christophe Rauck monte une "Phèdre" intense, inspirée par Barbara et la Callas au Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis dont il laisse les rênes à Jean Bellorini, pour diriger le Théâtre du Nord à Lille après six ans passés à "réamorcer la pompe" au TGP.

Lorsqu'il prend la direction du TGP en 2008, le théâtre a "des soucis financiers, de visibilité, de public aussi", rappelle Christophe Rauck. Des travaux importants sont engagés, pour restaurer la grande salle de 500 places, faire du théâtre un lieu convivial avec un restaurant accueillant. De grandes lettres de néon rouges sur la façade signalent le TGP à la ronde.

S'il a réussi à remonter la fréquentation (de 18.000 spectateurs en 2006-2007 à 22.000 en 2012-2013, une année de travaux) Christophe Rauck ne cache pas les difficultés du travail en banlieue. "On est juste de l'autre côté du périphérique, mais le rapport psychologique à la banlieue se ressent très fort ici", note-t-il. La moitié du public vient de Seine-Saint-Denis, l'autre moitié de région parisienne et Paris. "On a besoin du public parisien pour faire de longues séries", explique-t-il. "Je voulais qu'on puisse jouer trois semaines, un mois, et pour cela il faut attirer le public parisien".

"Phèdre", un lundi soir dans la belle salle du TGP: le public est jeune, plus qu'à Paris, très respectueux. Beaucoup de lycéens, qui commentent la pièce à la sortie dans de grands éclats de rire. Le travail en profondeur dans les collèges et lycées du département porte ses fruits.

La mise en scène fait plus que dépoussiérer la pièce. Le tumulte des passions humaines souffle en grand. Lorsque le jeune prince Hippolyte arrive (Pierre-François Garel), on entend le fracas de son char. Une pyramide d'armures empilées sur scène rappelle les guerres d'Athènes. Le père d'Hippolyte, Thésée (Olivier Werner) sort littéralement de terre, fracassant les lattes du plancher pour son retour de guerre. Phèdre, l'épouse délaissée ravagée par son amour incestueux pour son beau-fils est une femme défaite, titubante sous l'effet de quelque anxiolytique ou alcool. Cheveux courts noirs comme Barbara, lunettes de soleil comme la Callas, la comédienne Cécile Garcia Fogel porte magnifiquement le rôle.

Les alexandrins passent comme une lettre à la poste, chuchotés ou hurlés, on oublie les vers pour s'attacher aux sentiments.

- 'La banlieue, friande de grands textes' -

A rebrousse-poil des idées reçues, "ici les gens sont friands de grands textes", dit Christophe Rauck. "On se dit que la banlieue c'est un endroit où il faudrait être le miroir des problèmes du territoire, alors qu'en fait c'est un territoire qui a soif de connaître. Si je n'avais pas été ici, je n'aurais monté ni Marivaux, ni Racine", dit-il.

"Un des premiers spectacles qu'on avait programmés ici c'était un très beau spectacle de Mohamed Rouabhi qui s'appelait +Vive la France+, inspiré par la mort de deux adolescents à Clichy-sous-Bois. On n'est pas arrivé à faire salle pleine", constate-t-il. Son plus grand succès ? "Monteverdi !" ("Le couronnement de Poppée" et "Le retour d'Ulysse dans sa patrie").

Pour Christophe Rauck, "Racine est très contemporain". "C'est redoutable d'intelligence et de psychologie", dit-il, notamment sur "le rapport au père", autour d'un Thésée brutal qui n'écoute personne.

"Il y a du suspense, de la démesure, c'est une vision hyper brutale du monde". Sur scène, les comédiens s'empoignent par les cheveux, Thésée arrive casqué d'une tête de taureau, arpente la scène vêtu d'une peau de bête, rugit, éructe.

La pièce se conclut sur six rappels.

"Phèdre" jusqu'au 6 avril au TGP de Saint-Denis puis en tournée (Les Célestins à Lyon du 8 au 17 octobre, Théâtre du Nord à Lille du 4 au 22 novembre). "Les serments indiscrets", en tournée et du 4 au 15 juin au TGP.

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