Une personne achète des fruits dans un supermarché

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Est-ce la fin du fantasme' Personne ne s'en "met (vraiment) plein les poches" aux rayons frais, selon un rapport qui montre que vendre de la viande coûte même plus cher aux supermarchés qu'elle ne rapporte.Pour son deuxième rapport depuis sa création en 2010, l'Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires s'est intéressé de près aux comptes de la grande distribution pour distinguer la marge nette sur cinq rayons de produits frais: boucherie, volaille, fruits et légumes, charcuterie et produits laitiers.Outre l'achat des produits agricoles, les frais de distribution ont été pris en compte: personnels, maintien des rayons et foncier notamment.Conclusion: "face à la très forte hausse des prix alimentaires et agricoles, les prix industriels et au stade du consommateur se sont tassés", affirme le président de l'Observatoire, l'économiste Philippe Chalmin.Ce spécialiste des matières premières agricoles relève au passage ce "réflexe français: on adore avoir un coupable qui s'en met plein les poches, mais la réalité est plus compliquée", note-t-il.Ainsi, "le rayon boucherie est l'un des rayons dont les charges rapportées au chiffre d'affaires sont les plus élevées": vendre de la viande désossée, découpée, emballée, coûte 1,9 euro au super ou hypermarché, pour 100 euros de chiffre d'affaires (CA). Et encore, le filet ou la côte de boeuf ne représentent qu'1,9 à 1,5% de la carcasse."Quand la flambée des prix de l'alimentation animale ont renchéri la production du porc et de viande bovine, industriels et distributeurs ont joué un rôle de modérateur" en aplatissant leur part, estime M. Chalmin.Quitte à se rattraper sur la volaille (5,9 euros de marge nette pour 100 euros de CA), le plus rentable des rayons étudiés dans les sept enseignes qui ont accepté de partager leurs comptes: Carrefour, Casino, Leclerc, Auchan, Intermarché, Système U, Cora, représentant des points de vente intégrés et d'autres indépendants.- Fruits et légumes peu rentables -Les marges citées sont la moyenne de celles calculées entre les magasins de ces sept enseignes dont les comptabilités ont été croisées et confrontées par les auteurs aux chiffres de l'Insee.Si la charcuterie est le deuxième rayon le plus rentable derrière la volaille, avec 5,1 euros pour 100 de chiffre d'affaires, le jambon à la coupe (hors TVA) tient la corde grâce à sa marge brute: pour 3,69 euros/kg de matière première, il rapporte 4,21 euros au commerçant et 1,62 au charcutier.Sur le yaourt ordinaire, pour 29 centimes/kg de lait, le supermarché en récupère 32 (en marge brute) et l'industrie 92 centimes.Mais les produits laitiers représentent de tels volumes que le rayon génère une marge nette de 1,9 euro pour 100 de c.a.En revanche, les fruits et légumes, qui exigent surface et maintenance pour rester frais, dégagent une faible marge de 60 centimes pour 100 euros de chiffre d'affaires.Tout en "saluant la transparence" des travaux de l'Observatoire, les Chambres d'agriculture en ont jugé les résultats "inquiétants", soupçonnant les distributeurs de "jouer aux apprentis sorciers en sacrifiant la valeur de la production agricole au profit d'importations ou de promotions excessives. Le débat se poursuivra le 21 novembre: le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll a convoqué une table-ronde sur les relations commerciales entre producteurs, transformateurs et distributeurs."Le fait que chacun ait approuvé les conclusions du rapport, à l'unanimité, n'empêchera pas la discussion", a-t-il admis.L'Observatoire a d'ailleurs décomposé la dépense alimentaire des ménages: sur 100 euros, 8 reviennent, aujourd'hui, aux agriculteurs, 11 aux industriels et 21 au commerçant. De quoi alimenter le débat.

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