Une pause dans le football serait bienvenue, dit Mario Monti

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Une pause dans le football serait bienvenue, dit Mario Monti
Une pause dans le football serait bienvenue, dit Mario Monti

ROME (Reuters) - Devant l'étendue du scandale des matches truqués qui frappe le football italien, le président du Conseil Mario Monti a suggéré mardi, à titre personnel, que le football professionnel soit mis à l'arrêt pendant deux à trois ans.

L'affaire prend de plus en plus d'ampleur et les soupçons se portent désormais sur Stefano Mauri, capitaine de la Lazio Rome, ou Antonio Conte, entraîneur de la Juventus Turin, championne d'Italie.

Elle va jusqu'à ébranler l'équipe nationale en pleine préparation pour l'Euro, puisque la police s'est invitée lundi au camp d'entraînement à Parme pour interroger le défenseur Domenico Criscito, finalement écarté de la sélection.

"C'est particulièrement triste lorsqu'un monde qui devrait être l'expression des plus grandes valeurs - le sport, la jeunesse, l'esprit de compétition - s'avère n'être que triche généralisée, mensonge et démagogie", a-t-il dit lors d'une conférence de presse.

"Ce n'est pas une proposition du gouvernement, mais je me demande si ce ne serait pas une bonne idée de suspendre ce jeu pour deux ou trois ans", a poursuivi le successeur de Silvio Berlusconi.

Le bouillant président de Palerme, Maurizio Zamparini, a immédiatement répliqué, évoquant une "sottise".

"Avant de dire que nous devons arrêter de jouer au football, il devrait penser à ses propres problèmes et à tout ce qu'il détruit et fait fermer avec ses lois", a-t-il lancé.

"Monti fait la preuve de son ignorance parce que le football professionnel paie 800 millions d'euros à l'Etat chaque année."

PRÉCÉDENTS SCANDALES

La Fédération italienne de football a réagi avec plus de mesure mais en se montrant tout aussi hostile.

"Je comprends et partage l'amertume du président du Conseil Monti", a dit le président de la fédération Giancarlo Abete dans un communiqué.

"Mais interrompre le championnat, ce serait humilier tout le football, pénaliser la majorité qui travaille honnêtement et ce serait aussi la perte de milliers d'emplois. Ce n'est pas une solution."

La suggestion de Mario Monti a peu de chances de trouver de l'écho en Italie, un pays où le football tient une place immense et qui vit depuis quelques années au rythme de scandales financiers, politiques et sexuels.

Elle souligne cependant le dégoût de plus en plus profond provoqué par cette affaire qui met en lumière une corruption extrêmement prégnante dans toutes les strates de la société.

"Il est si facile pour la grande majorité des citoyens de voir en la politique l'origine de tous les problèmes de l'Italie. C'est une grosse erreur", a dit Monti, un technocrate porté au pouvoir parce qu'il incarnait l'exact contraire de Berlusconi, soupçonné dans de multiples affaires.

L'enquête menée sur des matches truqués a été lancée l'année dernière et ne concernait pas dans un premier temps les matches de Serie A.

Mais les derniers développements ont mené les autorités au sommet du football italien.

Antonio Conte est visé en raison de soupçons sur un match, en 2011, entre Novare et Sienne, dont il était alors le technicien principal. Son domicile a fait l'objet d'une perquisition.

Le défenseur Domenico Criscito, ancien du Genoa et de la Juventus, a pour sa part été écarté du groupe des 23 joueurs retenus pour l'Euro après avoir été interrogé lundi en marge du stage de préparation de l'Italie.

Ce scandale rappelle ceux mis au jour en 1980 et en 2006 et vient une nouvelle fois ternir l'image du football italien, jadis dominateur en Europe.

A moins de deux semaines du début de l'Euro, les tifosi peuvent se souvenir de ce paradoxe: dans une semblable adversité, en 1982 puis en 2006, l'Italie a remporté à chaque fois la Coupe du monde.

Roberto Landucci, Gregory Blachier pour le service français

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