Une opposition syrienne fragmentée en quête d'unité à Ryad

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    * Opposants politiques et rebelles cherchent une ligne 
commune 
    * L'absence des Kurdes à Ryad illustre la difficulté de la 
tâche 
    * L'issue pourrait orienter la suite du processus de Vienne 
 
    par Angus McDowall  
    RYAD, 8 décembre (Reuters) - Des groupes de l'opposition et 
de la rébellion syriennes sont réunis à Ryad pour tenter de 
déterminer une position commune dans les discussions amorcées en 
vue d'un règlement politique de la guerre civile mais l'absence 
des Kurdes et de plusieurs personnalités dans la capitale 
saoudienne démontre la difficulté de la tâche. 
    Les débats, qui débuteront ce mercredi dans un hôtel de 
Ryad, se dérouleront sur deux jours à l'initiative de l'Arabie 
saoudite, fortement engagée aux côtés des rebelles en lutte 
contre le régime de Bachar al Assad. Ils constituent la 
tentative la plus ambitieuse de définir une plate-forme commune 
avant de nouveaux pourparlers internationaux sur le modèle des 
deux réunions qui se sont tenues fin octobre et mi-novembre à 
Vienne. 
    Unifier une opposition fragmentée constitue, pour ses 
différents alliés, une étape cruciale en vue d'une éventuelle 
sortie de la guerre syrienne. Mais l'Iran chiite, principal 
soutien régional d'Assad, s'est élevé contre l'initiative de 
l'Arabie saoudite sunnite, son rival régional, y voyant une 
volonté de saboter la quête d'une solution pacifique à la crise 
qui a fait 250.000 morts et douze millions de déplacés depuis 
mars 2011. 
    En outre, même si la liste initiale de 65 invités aux 
discussions de Ryad a été sensiblement revue à la hausse, il 
manque du monde à l'appel, à commencer par les Kurdes syriens et 
leur milice, les Unités de protection du peuple (YPG), qui 
contrôlent le Rojava, dans le nord et le nord-est de la Syrie. 
Les rebelles de l'Ouest n'ont pas confiance en elles et les 
accusent de coopérer avec le régime de Damas plus qu'elles ne le 
combattent. 
    "Ce n'est pas une liste globale. Ce n'est pas la plate-forme 
globale et consolidée de l'opposition", regrette un diplomate 
occidental. "Je ne m'attends pas à ce que Ryad soit une étape 
constructive", poursuit-il, estimant que cette réunion a été 
organisée dans un climat "très acrimonieux" et qu'elle ressemble 
davantage à une "liste de souhaits saoudo-turcs". 
     
    UNE ÉTAPE DANS LE PROCESSUS DE VIENNE 
    Cité ce week-end par l'agence de presse saoudienne SPA, un 
haut responsable du ministère des Affaires étrangères a précisé 
qu'une invitation avait été lancée "à tous les groupes modérés 
de l'opposition syrienne, de différents types et tendances, à 
partir du spectre ethnique, religieux et politique à l'intérieur 
et à l'extérieur de la Syrie". 
    Les délégations sont arrivées dès mardi dans l'hôtel de Ryad 
où se dérouleront des échanges sous très haute sécurité, avec 
soldats des forces spéciales en tenue de combat aux abords de 
l'établissement dont ont été éjectés les journalistes. 
    S'y retrouvent notamment des factions islamistes armées, 
comme l'Armée de l'islam et le groupe Ahrar al-Sham, dont les 
fondateurs entretenaient des liens avec Al Qaïda. Une dizaine de 
groupes opérant sous la bannière de l'Armée syrienne libre (ASL) 
doivent aussi y participer. 
    En revanche, l'organisation djihadiste Etat islamique (EI), 
que combattent à la fois la coalition mise en place par les 
Etats-Unis et les forces russes engagées depuis fin septembre, 
n'a pas été invitée. Le Front al Nosra, émanation d'Al Qaïda, 
pas davantage. 
    "C'est la première réunion à laquelle nous aurons toute 
l'opposition, à savoir les politiques et les groupes armés", 
souligne Hadi al Bahra, membre de la Coalition nationale 
syrienne (CNS) basée en Turquie. 
    Selon Khaled Khoja, son président, la plupart des 
participants des discussions de Ryad seraient déjà largement en 
accord. "Nous estimons donc que nous devrions aboutir à un 
document de consensus", a-t-il dit à la presse. 
    L'idée est de mettre sur pied une plate-forme et une équipe 
communes à même de négocier sous les auspices des Nations unies 
avec les représentants du gouvernement de Damas à compter du 1er 
janvier au plus tard, comme le prévoit la déclaration de Vienne 
adoptée par le Groupe de soutien international à la Syrie 
(ISSG), formé de puissances mondiales et des régionales et qui 
associe, pour la première fois depuis le début du conflit, 
l'Iran. 
    A Paris, où il s'exprimait après une rencontre avec le 
secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon, en marge de la 
conférence sur le climat, le secrétaire d'Etat américain John 
Kerry a annoncé qu'il comptait organiser le 18 décembre à New 
York une nouvelle réunion internationale sur la Syrie, la 
troisième dans le cadre du Groupe de soutien. 
    Mais sa tenue, a-t-il ajouté, dépendra notamment de l'issue 
des discussions de Ryad. 
 
 (avec Tom Perry et Sylvia Westall à Beyrouth, Suleiman 
al-Khalidi à Amman et Lesley Wroughton à Paris; Jean-Stéphane 
Brosse et Henri-Pierre André pour le service français) 
 
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