Une nouvelle crise du lait ?

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(Commodesk) Se dirige-t-on vers une crise du lait proche de celle de 2009, qui avait conduit les producteurs à mener des opérations coup de poing partout en Europe ?  La grogne commence à monter chez éleveurs. Les producteurs laitiers britanniques, qui protestent contre une chute des prix offerts par les acheteurs, désormais souvent inférieurs aux coûts de production, menacent ainsi d'une « grève » au cours de laquelle ils déverseraient leur lait dans les rues,  avec des risques de ruptures d'approvisionnement en plein Jeux olympiques de Londres.

Une production abondante dans tous les bassins laitiers

La baisse des prix du lait est généralisée sur les marchés mondiaux, pour cause de production très abondante cette année. Pour la saison terminée en mai dernier, la production néo-zélandaise a progressé de 10%, stimulée par des pluies abondantes. En 2012-2013, le département américain de l'Agriculture s'attend à une production de 2,6 millions de tonnes supplémentaires aux Etats-Unis, grâce à de bons rendements qui feront plus que compenser la réduction du nombre de têtes. Dans l'Union européenne, en Australie, en Argentine... tous les grands bassins laitiers devraient produire davantage cette année que l'année dernière et la FAO, dans ses dernières prévisions, en mai, s'attendait à une production mondiale de 750,1 millions de tonnes d'équivalent lait en 2012, soit 2,7% de plus qu'en 2011. Dans le même temps, la demande ne progresserait pas de plus de 1,6%.

Des prix nettement inférieurs à ceux de 2011

Sur tous les marchés, les prix du lait et des produits laitiers sont sensiblement inférieurs à ceux de l'année dernière à la même période. Ainsi, les prix hebdomadaires communiqués par la Commission européenne font état pour la semaine du 18 au 24 juin de prix du beurre inférieurs de 31% à ceux de 2011, à 2.714 euros la tonne, ceux du lait entier en poudre sont en baisse de 16%... Sur la plateforme mondiale d'enchères en ligne GlobalDairyTrade, les prix moyens pour les produits laitiers s'élevait à 2.787 dollars la tonne le 3 juillet, soit 26% de moins qu'à la même date en 2011 et 17% de moins qu'en 2010. Ils restent cependant encore nettement au-dessus de 1.829 dollars de début juillet 2009. Pour les producteurs européens, l'impact sur les prix de vente est partiellement amorti, mais, progressivement, entreprise après entreprise, les prix diminuent à la sortie des exploitations laitières.

Pour Gérard You, économiste responsable de la conjoncture laitière à l'Institut de l'élevage, « les prix restent convenables », et l'on est encore loin de la situation de 2009, d'autant que les prix, dans une phase d'hésitation, sont relativement stabilisés depuis le mois de mai. Le prix payé au producteur était en moyenne de 275 euros les 1.000 litres en mai, alors qu'il était tombé à 223 euros en avril 2009. Toutefois, l'arrivée en septembre prochain du gros de la production néo-zélandaise sur les marchés internationaux pourrait causer une nouvelle secousse.

Prix des aliments, difficultés de collecte... temps difficiles pour les éleveurs

Surtout, pour les éleveurs, la situation est d'autant plus préoccupante qu'ils font face à une forte augmentation de leurs charges : les cours des céréales et des tourteaux de soja flambent sur les marchés mondiaux, entraînant à la hausse le coût de l'alimentation des vaches - au contraire de 2009 où les prix des cultures avaient chuté en même temps que le lait.

Pour Gérard You, « la situation est préoccupante, mais pas alarmante ». Les éleveurs subiront incontestablement une baisse de leurs revenus cette année, mais ce manque de rentabilité pourrait conduire à un ralentissement de la production, ce qui est susceptible de rééquilibrer le marché.  C'est l'avis de nombre d'observateurs, quoique l'ampleur de cette réponse des producteurs soit très incertaine.

En attendant, les producteurs laitiers subissent aussi, en France, la crise économique. Selon la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), de plus en plus d'éleveurs sont confrontés à des entreprises qui affirment ne plus être en mesure de les collecter pour des raisons économiques et, parfois, pour cause de dépôt de bilan. Si la situation des producteurs laitiers en France n'est pas encore catastrophique dans l'ensemble, la combinaison d'une décollecte, de prix bas et de charges toujours plus élevées risque d'alimenter la grogne dans les prochains mois.
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