Une nouvelle crise de la zone euro, hantise des Allemands

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    * Regain d'inquiétude relayé par les politiques et les 
médias 
    * La Banque centrale européenne sur la sellette 
    * Les Allemands craignent pour la rémunération de leur 
épargne 
 
    par Noah Barkin  
    BERLIN, 15 avril (Reuters) - Les craintes d'un éclatement de 
la zone euro font un retour en force en Allemagne, alimentées 
par des proches d'Angela Merkel qui y voient un moyen de 
détourner les esprits de la crise des migrants et de préempter 
un débat dont pourrait se saisir l'AfD, le parti eurosceptique 
en pleine ascension. 
    Depuis l'été dernier, l'afflux de candidats à l'asile a 
éclipsé tous les autres sujets dans le débat politique en 
Allemagne, s'affichant à la une des journaux et se retrouvant au 
centre de toutes les conversations. 
    Les choses ont changé ces dernières semaines. Avec le net 
ralentissement du flux de nouveaux arrivants, les inquiétudes 
sur l'avenir de l'Union monétaire européenne sont revenues sur 
le devant de la scène. 
    "Une tempête se prépare", s'est ainsi alarmé cette semaine 
le quotidien de centre gauche Süddeutsche Zeitung. "Parfois le 
sort d'un peuple se décide dans des moments qui n'ont rien de 
particulièrement dramatique. Et c'est ce qui est en train 
d'arriver en ce moment avec l'union monétaire européenne." 
    Le regain d'inquiétude sur le sort de la zone euro relayé 
par les responsables politiques et les médias allemands 
s'explique par des développements qui, pour être distincts, n'en 
sont pas moins liés.  
    Ils vont des réticences grandissantes à l'encontre des 
politiques d'austérité dans les pays du sud de l'Europe aux 
conséquences de la politique monétaire ultra-accommodante de la 
Banque centrale européenne en passant par la recomposition en 
cours de la scène politique allemande. 
    Capitalisant sur son opposition virulente à la politique 
d'immigration d'Angela Merkel, Alternative für Deutschland (AfD) 
a réalisé une percée électorale spectaculaire dans trois Länder 
le mois dernier, devançant dans deux d'entre eux l'Union 
chrétienne démocrate de la chancelière et contraignant les 
formations traditionnelles à revoir leur stratégie. 
         
    LA BCE SUR LA SELLETTE  
    Pour la garde rapprochée d'Angela Merkel, la leçon des 
scrutins a été de tout faire pour détourner le débat politique 
de la question des migrants, ont dit des responsables à Reuters. 
    Les dirigeants de son parti, emmenés par le ministre des 
Finances Wolfgang Schäuble, ont intensifié leurs attaques 
verbales contre la politique de taux ultra-bas de la BCE.  
    Leur crainte est que l'AfD, lancé il y a trois ans pour 
fédérer les eurosceptiques, se saisissent de ce thème dans la 
perspectives des élections législatives de 2017.  
    Pour l'un des principaux dirigeants de la coalition de la 
chancelière, le débat sur les taux est "le prochain grand cheval 
de bataille" de l'AfD. 
    La faiblesse des taux d'intérêt est une question 
particulièrement sensible en Allemagne en raison de ses 
conséquences sur la rémunération de l'épargne retraite. 
    L'AfD avait vivement réagi le mois dernier après l'évocation 
par le président de la BCE Mario Draghi d'un possible recours à 
de la "monnaie hélicoptère" qui verrait la banque centrale 
distribuer directement des liquidités aux particuliers pour 
essayer de relancer l'inflation.  
    "C'est le bon moment pour se plaindre de la BCE", a dit un 
proche de Merkel cette semaine. 
     
    RELÂCHEMENT DANS LE SUD DE L'EUROPE 
    Il y a un autre motif qui justifie les attaques visant la 
banque centrale. Sa politique accommodante est tenue responsable 
en Allemagne du relâchement de la pression sur les pays d'Europe 
du Sud pour qu'ils réforment leurs économies, assainissent leurs 
finances publiques et réduisent leur endettement. 
    Berlin n'a cessé de déplorer les libertés grandissantes 
prises par les pays de la zone euro avec les trajectoires de 
consolidation de leurs finances publiques sur lesquelles la 
chancelière comme son ministre des Finances avaient tant insisté 
au plus fort de la crise de zone euro. 
    Au Portugal, le nouveau gouvernement socialiste, formé avec 
l'appui de la gauche radicale, a annoncé le mois dernier son 
intention de revaloriser le salaire minimum de 20%, d'abaisser 
de 10 points de pourcentage la TVA dans la restauration et de 
rétablir quatre jours fériés.  
    En France, la mobilisation se poursuit contre le projet de 
réforme du Code du travail que le gouvernement a déjà beaucoup 
édulcoré. Et l'Italie comme l'Espagne n'ont pas fait mystère de 
leur peu d'empressement à se conformer aux recommandations de la 
Commission européenne sur la réduction de leur déficit public.  
    Autre sujet de frustration pour Berlin, les négociations 
entre Athènes et ses créanciers sur les progrès réalisés dans le 
cadre du plan de renflouement du pays traînent en longueur. 
    Le directeur général du Mécanisme européen de stabilité 
(MES), l'Allemand Klaus Regling, habituellement plutôt sur la 
réserve, s'est emporté estimant que la Grèce était le plus 
mauvais élève de l'Europe en matière de réformes structurelles. 
    Les graphiques sur la montée de l'endettement public dans 
les pays de la zone euro les moins vertueux ont refait surface 
dans la presse allemande.  
    "Si l'Europe du Sud continue sur sa lancée, l'euro va 
sombrer dans une nouvelle crise", a prévenu l'éditorialiste du 
Süddeutsche Zeitung. "Et cette fois, les coffres seront 
tellement vides et les mécanismes de sauvetage si faibles que la 
monnaie unique pourrait bien ne pas s'en remettre." 
 
 (Marc Joanny pour le service français, édité par Yves Clarisse) 
 
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