Une juge argentine rouvre l'enquête sur la mort de Garcia Lorca

le
0
 (Actualisé avec éléments de contexte) 
    BUENOS AIRES, 18 août (Reuters) - Une juge argentine a 
ouvert une enquête sur la mort du poète et dramaturge espagnol 
Federico Garcia Lorca, dont l'assassinat par des milices 
franquistes au début de la guerre civile, en 1936, est tenu pour 
établi. 
    Les circonstances de la fin du poète restent cependant un 
mystère. Des excavations menées en 2009 près de Grenade, à 
Víznar, où on le croyait enterré, ont échoué à trouver sa 
dépouille. 
    Les recherches de la justice espagnole étant à l'arrêt, une 
ONG espagnole qui collecte les traces des victimes du régime du  
général Franco, l'Asociación para la Recuperación de la Memoria 
Histórica (ARMH), avait demandé en avril à la juge fédérale 
argentine Maria Servini de s'emparer de l'affaire. 
    Cette dernière, qui s'appuie sur le principe de compétence 
universelle en matière d'atteintes aux droits de l'homme, a 
accepté, a annoncé le groupe sur Facebook, précisant que 
"l'affaire a été incorporée à une enquête en cours par la juge 
Maria Servini pour crimes contre l'humanité". 
    La juge enquête déjà sur des crimes commis pendant la 
période franquiste, qui court sur près de quarante années après 
l'arrivée au pouvoir du général à l'issue de la guerre civile de 
1936-1939, allant de faits de torture à des exécutions 
sommaires. 
    En 2008, le juge des droits de l'homme le plus célèbre du 
pays, Baltasar Garzon, a ouvert une enquête sur les crimes du 
régime, mais celle-ci a été abandonnée, signe du caractère 
sensible que revêt toujours la période. 
    "La juge a requis que les tribunaux de Madrid remettent le 
dossier de l'affaire à l'association", a-t-on appris de source 
judiciaire argentine. 
    L'ouverture de l'enquête est intervenue à la veille du 80e 
anniversaire de la mort du poète, ce jeudi. 
    D'après un document datant de 1965 retrouvé dans les 
archives de la préfecture de police de Grenade, présenté par 
l'ARMH pour appuyer sa demande, Garcia Lorca "a été passé par 
les armes" et enterré "dans un ravin (...) en un lieu très 
difficile à localiser". 
    Les historiens estiment que 500.000 personnes sont mortes 
pendant la Guerre d'Espagne opposant les républicains aux 
nationalistes. Des dizaines de milliers d'opposants à Franco ont 
été tués ou emprisonnés à la fin du conflit dans de violentes 
purges. 
    Durant la période de transition qui a suivi la mort de 
Franco, l'Espagne s'est dotée en 1977 d'une loi d'amnistie 
destinée à tourner la page de la guerre civile. Les Nations 
unies et plusieurs organisations de défense des droits de 
l'homme ont réclamé l'abrogation de ce "Pacto de olvido" ("pacte 
de l'oubli") que Madrid justifie au nom de la transition et de 
la réconciliation entre "les deux Espagnes". 
 
 (Maximilian Heath et Javier López; Julie Carriat et 
Henri-Pierre André pour le service français, édité par Tangi 
Salaün) 
 
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant