-Une intrusion sans précédent dans le tunnel sous la Manche

le , mis à jour à 13:16
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* Une intrusion très "organisée", selon Eurotunnel * Environ 120 personnes sont entrées dans le tunnel * Des migrants s'en prennent aussi à des camions * Le PDG d'Eurotunnel dénonce des défaillances judiciaires (Avec détails supplémentaires, déclaration Jacques Gounon) par Pierre Savary LILLE/CALAIS, 3 octobre (Reuters) - Le trafic ferroviaire sous la Manche a été interrompu pendant les premières heures de samedi à la suite d'une intrusion sans précédent dans l'un des tunnels sous-marins de 50 km de long qui relient la France et le Royaume Uni. Selon Eurotunnel et la préfecture du Pas-de-Calais, environ 200 migrants clandestins ont fait irruption vers 00h30 (22h30 GMT vendredi) sur le terminal, côté français, par une brèche pratiquée dans une clôture. Une partie d'entre eux ont été contenus par les agents de sécurité mais environ 120 ont réussi à entrer dans le tunnel sud et à y progresser d'une quinzaine de kilomètres avant d'être interceptés, interpellés ou refoulés. "Les forces de l'ordre ont été acheminées en véhicule par un tunnel de service pour les contenir au km 15, où se trouve un point de jonction entre les différents tunnels", a expliqué à Reuters une porte-parole d'Eurotunnel. Selon la préfecture, 23 intrus ont été interpellés et quatre ont été blessés, ainsi que deux gendarmes. Jamais des migrants ne s'étaient jusqu'ici introduits en si grand nombre dans le tunnel sous la Manche. "C'est nouveau, nous n'avions jamais été confronté à cela. Leur détermination et leur agressivité est grandissante", a dit à Reuters un responsable syndical de la police. "Ils ont bousculé des policiers et des personnels d'Eurotunnel avec une agressivité différente", a confirmé à Reuters un autre policier. Selon la porte-parole d'Eurotunnel, cette intrusion a été le fait d'un groupe "extrêmement organisé" et orchestrée "par des gens qui savaient que ça n'aboutirait pas". DES CAMIONS PRIS D'ASSAUT Mercredi, la police faisait état d'une présence accrue parmi les clandestins concentrés autour de Calais de militants du réseau d'extrême gauche "No borders", qui réclame l'abolition des frontières et des politiques de contrôle de l'immigration. "Un groupe aussi important que celui-ci n'avait aucune chance d'atteindre le Royaume-Uni", a souligné Eurotunnel dans un communiqué. "Il est donc clair que cette attaque a été organisée dans l'unique but d'attirer l'attention des médias sur la situation désespérée des migrants coincés dans le Calaisis." Eurotunnel a arrêté le trafic fret et passagers pendant environ sept heures. A 09h30 (07h30 GMT), le groupe annonçait que le trafic reprenait progressivement depuis 08h00 (06h00 GMT) et que les Eurostar circulaient de nouveau dans les deux sens, la circulation des navettes restant perturbée dans la matinée. Les forces de l'ordre ont également dû intervenir samedi matin sur la rocade d'accès au port de Calais, à proximité de la "jungle" - immense terrain vague où se concentrent des milliers de candidats à l'immigration en Grande-Bretagne. Selon un photographe de Reuters sur place, plusieurs centaines de migrants ont profité d'un embouteillage pour se jeter sur le toit de camions et tenter de s'y introduire. Un policier a fait état d'au moins 300 assaillants. "Ils ont obligé les camions pris dans la circulation à s'arrêter et sont montés de force dedans", a-t-il déclaré à Reuters. Un de ses collègues a, là aussi, fait état d'une violence inhabituelle. "La situation était très tendue", a-t-il dit. COLÈRE DU PDG D'EUROTUNNEL Le trafic sous la Manche avait déjà été interrompu plusieurs fois en août et septembre par des intrusions sur le site d'Eurotunnel, qui s'étend sur plus de 600 hectares. Le renforcement de la sécurité sur le port de Calais au départ des ferries et le conflit social qui a paralysé l'activité portuaire ont conduit les migrants à tenter de passer en Grande-Bretagne en montant sur les trains de passagers et de marchandises. Au cœur de l'été, plus de 1.000 tentatives d'intrusion avaient été recensées en une nuit. Le PDG du groupe eurotunnel, Jacques Gounon, a mis en cause sur BFM TV les "défaillances" d'un système judiciaire qui, selon lui, "ne veut pas se prononcer sur ce dossier". "La vraie difficulté c'est que lorsque les personnes qui rentrent dans ce site protégé et interdit sont interpellées, il n'y a pas de suite judiciaire", a-t-il déclaré. "Il y a un sentiment de totale impunité qui ne peut qu'inciter ceux qui ont été en garde à vue (...) à recommencer demain parce que la justice ne donne aucune suite aux plaintes que nous déposons." La présidente du Front national, tête de liste pour les élections régionales en Nord-Pas-de-Calais-Picardie, utilise comme argument de campagne les tensions nées de cette situation. Lors d'un déplacement de campagne à Calais, Marine Le Pen a promis vendredi de faire "un maximum de barouf", si elle est élue en décembre, pour "faire plier l'Etat" et obtenir qu'il fasse "enfin respecter la loi" dans cette région. (Avec Pascal Rossignol à Calais et Emmanuel Jarry à Paris, édité par Jean-Philippe Lefief)

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  • M4484897 le samedi 3 oct 2015 à 12:05

    Mais ils vont les remettre dans le circuit au lieu de les réembarquer pour un beau voyage retour