Une hausse des taux de la Fed, "contre-productive" et éphémère-Amundi

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par Sujata Rao 18 novembre (Reuters) - Une hausse à court terme des taux d'intérêt aux Etat-Unis ne sera pas le signal d'un cycle de resserrement monétaire, se révélant sans lendemain en raison des pressions déflationnistes mondiales, a prévenu mercredi Pascal Blanqué, le responsable des investissements d'Amundi. Intervenant dans le cadre du Sommet Reuters sur les perspectives globales d'investissement, il a aussi dit s'attendre à un stimulant monétaire "illimité" de la Banque centrale européenne (BCE). Pascal Blanqué, qui veille sur la gestion des 954 milliards d'euros d'actifs d'Amundi Asset Management, avait été le seul intervenant, lors du même Sommet Reuters l'année dernière, à dire que la Réserve fédérale américaine (Fed) ne relèverait pas ses taux cette année. Une prévision qui ne sera pas loin de se réaliser même si la Fed relève ses taux le mois prochain, perspective que les marchés ont d'ores et déjà largement intégrée. Si la Fed se hasarde à remonter ses taux dans les prochains mois, le mouvement sera "contre-productif", entraînant un afflux de liquidités venant d'Europe et du Japon pour s'investir en titres du Trésor américains afin d'échapper à des rémunérations quasi-nulles quand elles ne sont pas négatives. Cela entraînera une appréciation du dollar et préviendra toute pentification de la courbe des taux américaine, estime-t-il en soulignant par ailleurs le caractère déflationniste de l'environnement économique mondial et la relative atonie du marché de l'emploi aux Etats-Unis. "Il n'y a pas de motifs pressants pour que la Fed relève (les taux) mais ils peuvent décider de faire quelque chose. S'ils le font, cela sera contreproductif et sans lendemain, n'en attendez pas grand chose", a-t-il prévenu mercredi. "Tout bien considéré, je pense que les politiques monétaires dans les pays occidentaux pencheront plutôt du côté accommodant. A moyen terme, le prochain mouvement de la Fed ne sera pas à la hausse (des taux) mais à la baisse", a-t-il prévenu. "La question pour un certain temps n'est pas moins (d'assouplissement quantitatif) et des taux d'intérêt plus élevés mais le contraire", a-t-il poursuivi. Alors que la BCE et la Banque du Japon n'ont pas exclu une expansion de leur programme d'assouplissement monétaire, Pascal Blanqué a dit que l'engagement du président de la BCE Mario Draghi de "faire tout ce qui sera nécessaire" doit être pris au sérieux. Il s'attend à de nouvelles baisses du taux des dépôts et à la poursuite de l'assouplissement quantitatif pendant une période "raisonnablement illimitée." Pour lui, "ce qui est important dans la conduite de l'assouplissement quantitatif, c'est que les gens pensent qu'ils sont dans le domaine de l'infini, essentiellement sans limite de durée." "Cela peut entraîner les taux d'intérêt en territoire négatif... et même encore plus négatif", a-t-il ajouté. LIQUIDITE : DE L'ABONDANCE A LA RARETE Si l'abondance des liquidités fournies par les banques centrales continue de rassurer les investisseurs, Pascal Blanqué prévient qu'elle pourrait être à l'origine d'une crise globale à venir résultant paradoxalement d'une contraction de la liquidité dans les marchés financiers. Les investisseurs s'inquiètent de la disparition des activités de tenue de marché (market making) des banques en raison notamment des contraintes réglementaires. "Nous vivons dans un paradoxe de tranquillité. Il y a un excès de liquidité à l'échelle macro à cause de l'assouplissement quantitatif et des banques centrales mais la liquidité micro se détériore en particulier dans l'obligataire", a dit Pascal Blanqué, soulignant que les risques de liquidité n'étaient pas correctement reflétés dans les prix de marché. "Je suis convaincu que la prochaine crise, période de tension, sera liée à la liquidité." Dans l'immédiat, il estime toutefois que les craintes d'une crise de la dette émergente, en particulier de la dette des entreprises émergentes, sont excessives. En fait, Amundi constate un regain d'intérêt des investisseurs pour les marchés émergents, qui ont subi des sorties massives de capitaux au cours des deux dernières années dans un contexte de ralentissement de leur croissance et de forte chute de leurs monnaies. Plutôt que d'acheter les marchés émergents sans discernement, les investisseurs devraient se concentrer sur ceux qui peuvent s'appuyer sur la demande intérieure plutôt que sur les exportations et qui connaissent une reprise de leur croissance économique, a-t-il préconisé. Pascal Blanqué, qui avait annoncé à juste titre il y a trois ans que les marchés actions européens allaient rebondir, s'attend à une poursuite de leur hausse en 2016, grâce à l'assouplissement monétaire, l'amélioration de la croissance, des dividendes solides et des prix du pétrole plus bas. "Le rally va continuer... Les risques systémiques sont derrière nous", a-t-il dit, ajoutant que les actions américaines présentaient en revanche les caractéristiques d'une bulle. (avec Lionel Laurent, Marc Joanny pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat)

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