Une feuille de route maigre sur l'économie française

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par Jean-Baptiste Vey

PARIS (Reuters) - L'économie est la priorité du gouvernement pour 2013, une année cruciale pour la réussite du quinquennat de François Hollande, mais la feuille de route du premier semestre dévoilée jeudi est maigre dans ce domaine.

"Il est urgent de restaurer la puissance de l'économie française", a déclaré le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, tandis que la porte-parole du gouvernement révélait que la baisse du chômage d'ici fin 2013 était "une véritable obsession pour le président de la République".

Mais l'effet des dispositifs antichômage à venir - la loi née d'un accord espéré entre les partenaires sociaux, et les "contrats de génération" promis pendant la campagne - sera très largement limité par une croissance économique toujours atone.

D'autant qu'aucune mesure n'est annoncée pour le premier semestre qui permettrait de compenser les forces tirant les prévisions des économistes bien plus bas que la croissance de 0,8% toujours prévue par le gouvernement pour cette année.

Face à une pression fiscale accrue et au resserrement de la dépense publique, qui pèseront sur la consommation et l'investissement, le gouvernement semble surtout compter sur l'impact psychologique du crédit d'impôt compétitivité annoncé fin 2012 et une amélioration des perspectives en Europe et dans le reste du monde.

Et sur le front du chômage, il espère éviter le pire grâce aux "emplois d'avenir" mis en oeuvre depuis quelques mois.

Côté réformes structurelles, les conclusions du Haut conseil du financement de la protection sociale pour redresser les comptes sociaux sont attendues "à partir du printemps". Quant à l'examen de la dépense publique, des pistes seront élaborées au cours du premier trimestre.

"C'est extrêmement général et extrêmement vague", estime Nicolas Bouzou, économiste au cabinet d'analyse Asterès. "Et quand le Premier ministre dit qu'il faut une France plus accueillante pour les investisseurs et les créateurs d'entreprises, je suis tombé de ma chaise."

"Si on arrive à accrocher une croissance convenable, ce sera grâce à l'extérieur", ajoute-t-il. "Le gouvernement n'y sera absolument pour rien, il aura même plutôt ramé en sens inverse : sur le front intérieur - consommation et investissement - il n'y a que des mesures très récessives dans le budget."

QUADRATURE DU CERCLE

Déjà contraint par des engagements budgétaires répétés pour conserver la confiance des marchés financiers et des Européens, François Hollande s'est fixé lui-même l'objectif de faire reculer le chômage d'ici la fin de l'année.

Dans ce contexte, "le gouvernement fait face à la quadrature du cercle", estime Michel Martinez, chef économiste France de Société générale CIB. "L'austérité la plus élevée jamais rencontrée probablement depuis la Seconde Guerre mondiale n'est pas compatible avec une croissance significative et encore moins avec un recul du chômage."

L'économiste se dit surpris que la réforme des retraites ne soit mentionnée que de façon très allusive par le gouvernement "alors que c'est probablement le sujet le plus important en 2013 avec la réforme du marché du travail et les choix pour baisser des dépenses publiques".

Selon le Conseil d'orientation des retraites, le déficit de ces dernières dépassera 21 milliards d'euros en 2017 contre 14 milliards en 2011. Le gouvernement a dit en décembre qu'une concertation sur une nouvelle réforme serait engagée d'ici mi-2013.

Pour Hélène Baudchon, économiste France chez BNP Paribas, "les détails et les mesures concrètes manquent peut-être mais ce n'est pas le but d'une feuille de route".

Le simple fait de présenter une telle feuille de route est positif, estime-t-elle, car elle donne de la lisibilité et de la visibilité à l'action du gouvernement, "c'est utile dans des moments comme aujourd'hui où l'incertitude est élevée".

"Elle permettra de juger sur pièces l'état d'avancement des différents chantiers", poursuit-elle, en soulignant que la feuille de route pose des "jalons importants", notamment sur les économies qui devront être réalisées dans les dépenses publiques.

Après les hausses des prélèvements décidées dans la foulée de l'élection, le redressement budgétaire doit désormais aussi provenir d'une baisse des dépenses, selon le gouvernement.

Le besoin de financer le crédit d'impôt compétitivité par 10 milliards d'euros d'économies a encore accru cette nécessité née de l'engagement de parvenir à l'équilibre des comptes publics en fin de quinquennat.

"2013 est l'année où il faudra être précis sur les dépenses publiques puisque les baisses de dépenses commencent en 2014", souligne Michel Martinez. Et sur ce point, "le diable se cache dans les détails et le plus dur reste à faire", ajoute-t-il.

Edité par Yves Clarisse

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  • fbordach le jeudi 3 jan 2013 à 19:25

    De la tchatche... Il est vrai que coincé entre dogmatisme post-stalinien et réalités de la finance, la bande de ninja de l'économie et de jean-foutre qui peuplent le gouvernement ont bien du mal à arrêter une politique économique autre que fiscale. En plus quand les budget sont mal ficelés et élaborés à la grosse louche on n'est pas sûr de voir le bout du tunnel.

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