Une faiblesse prolongée pourrait contraindre Berlin à la relance

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UNE FAIBLESSE ÉCONOMIQUE PROLONGÉE POURRAIT CONTRAINDRE BERLIN À LA RELANCE
UNE FAIBLESSE ÉCONOMIQUE PROLONGÉE POURRAIT CONTRAINDRE BERLIN À LA RELANCE

par Noah Barkin

BERLIN (Reuters) - Une récession en Allemagne semblerait la dernière chose dont l'Europe a aujourd'hui besoin, mais elle pourrait également convaincre Angela Merkel d'assouplir sa politique budgétaire, apportant ainsi une bouffée d'oxygène à des pays comme la France et l'Italie.

Jusqu'à présent, Berlin a fait de sa promesse d'un budget fédéral à l'équilibre en 2015 sa priorité économique. Cet objectif, fixé en 2013 par l'accord de coalition entre les conservateurs et les sociaux-démocrates du SPD, est considéré à Berlin comme le "saint Graal", une performance aux retombées politiques énormes pour les partenaires.

C'est en grande partie en raison des contraintes liées à cet objectif qu'Angela Merkel a rejeté à plusieurs reprises les appels en Allemagne et à l'extérieur à ouvrir les vannes de la dépense publique pour financer de grands travaux.

Seulement, si l'économie allemande, qui s'est contractée de 0,2% au deuxième trimestre, continue de faiblir l'année prochaine, Angela Merkel risque d'être contrainte à faire machine arrière et à accroître les investissements publics, comme le réclament la Banque centrale européenne (BCE) et le Fonds monétaire international (FMI).

"Si la seule facon de parvenir à un budget à l'équilibre est de procéder à des coupes qui aggraveraient une récession, (cet objectif) sera abandonné et nous verrons les dépenses augmenter", a déclaré un haut responsable allemand souhaitant rester anonyme.

Un proche de la chancelière a, lui, estimé : "si l'économie allemande faiblit considérablement, ça changera complètement la donne."

STATISTIQUES EN BERNE

Aujourd'hui, l'objectif "Schwarze Null" (littéralement "zéro noir", soit un déficit zéro et des chiffres "dans le noir" par opposition à "dans le rouge") semble à portée, avec un taux de chômage qui se maintient sous les 7% et des recettes fiscales qui affluent dans les caisses de l'Etat à des niveaux record.

Des taux d'intérêt au plus bas ont considérablement réduit les coûts d'emprunt en Allemagne, fournissant un appui budgétaire supplémentaire.

Eckart Tuchtfeld, économiste spécialisé dans les questions budgétaires de Commerzbank, explique qu'une récession est improbable. "Notre scénario de base est celui d'une période temporaire de faiblesse économique, pas d'une récession prolongée."

Reste que des statistiques allemandes sont récemment ressorties exceptionnellement faibles. Les commandes à l'industrie et la production industrielle ont enregistré en août leur repli le plus marqué depuis 2009, au plus fort de la crise financière.

De même, le moral des chefs d'entreprise allemands calculé par l'institut Ifo s'est détérioré en septembre pour le cinquième mois d'affilée et l'activité du secteur manufacturier s'est contractée en septembre pour la première fois depuis quinze mois.

Mardi, le FMI a révisé à la baisse ses prévisions de croissance pour l'Allemagne à +1,4% en 2014 (-0,5 point) et +1,5% en 2015 (-0,2 point).

Enfin, de grands instituts de conjoncture sont près de réduire sensiblement leurs prévisions de croissance pour l'Allemagne cette année et la suivante, les ramenant à 1,3% et 1,2% respectivement contre 1,9% et 2,0% précédemment, croit savoir le Handelsblatt.

"Les risques pesant sur les perspectives économiques allemandes sont élevés", estime Marcel Fratzscher de l'institut DIW à Berlin, évoquant la faiblesse de la zone euro, des risques politiques en France et en Italie, les résultats attendus prochainement des tests de résistance sur les banques et les menaces géopolitiques en Ukraine et au Moyen-Orient.

"Je m'attends à ce que si l'économie se dégrade davantage, le gouvernement allemand revoie fondamentalement sa politique", a ajouté l'ancien responsable de la BCE, également à la tête d'un groupe d'experts mis en place par le ministre de l'Economie, Sigmar Gabriel, pour travailler sur les moyens de doper l'investissement.

Selon les estimations de l'institut DIW, le déficit annuel d'investissement atteint 80 milliards d'euros en Allemagne, après des décennies de baisse des dépenses publiques et privées dans les infrastructures et les équipements intérieurs.

L'investissement, qui représentait 23% du produit intérieur brut (PIB) dans les années'90 stagne désormais autour de 17% contre 20% en moyenne dans les pays de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques).

(Mathilde Gardin pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat)

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