Une ex-dirigeante de JPMorgan rejette les accusations

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UNE ANCIENNE DIRIGEANTE DE JPMORGAN CHASE ACCUSE LES TRADERS ET SES SUBORDONNÉS
UNE ANCIENNE DIRIGEANTE DE JPMORGAN CHASE ACCUSE LES TRADERS ET SES SUBORDONNÉS

par Aruna Viswanatha et Emily Flitter

WASHINGTON (Reuters) - Une ancienne dirigeante de JPMorgan Chase a accusé les traders et ses subordonnés d'avoir mené des paris ayant conduit à une perte de six milliards de dollars, ajoutant devant les parlementaires américains que ses équipes lui avaient dissimulé des pertes et des informations importantes.

Ina Drew, ancienne directrice des investissements, a dit qu'elle ne se sentait pas personnellement responsable de ce désastre financier.

"Certains membre de l'équipe de Londres n'ont pas réussi à évaluer leurs positions correctement et, de bonne foi, ont minimisé leurs pertes enregistrées et prévues et m'ont dissimulé des informations importantes", a expliqué Ina Drew.

"De toute évidence, des erreurs ont été commises", a-t-elle reconnu, tout en précisant n'être pas personnellement responsable de la perte.

Ina Drew a travaillé plus de trente ans au sein de cette institution avant de démissionner en mai.

Selon un rapport du Sénat américain publié jeudi, JPMorgan Chase a occulté des risques, trompé les investisseurs, provoqué les régulateurs et tenté de contourner la réglementation, confrontée qu'elle était à des pertes énormes liées à un portefeuille de dérivés.

La direction de la banque n'a pas cessé d'être avertie des mois durant de ces transactions malencontreuses sur dérivés qui lui ont coûté en définitive plus de 6,2 milliards de dollars sans pour autant réagir, ajoute ce rapport de la sous-commission permanente d'investigation.

Ce même jour, la Réserve fédérale américaine a demandé à JPMorgan & Chase et à Goldman Sachs d'améliorer leurs procédures pour déterminer le montant de leurs redistributions aux actionnaires, tout en avalisant leurs plans de rachats d'actions et de versements de dividendes.

Cette avalanche de mauvaises nouvelles pour une J.P. Morgan, longtemps considérée comme la banque américaine la plus sûre et la mieux gérée, risque de ternir la réputation à la fois de l'établissement et de son directeur général Jamie Dimon.

Ce dernier n'avait pas ménagé ses critiques lorsque Washington a entrepris d'encadrer plus sévèrement Wall Street après la crise financière de 2008-2009.

Le rapport de 301 pages du Sénat apporte du grain à moudre aux régulateurs travaillant sur la règle Volcker, qui propose de restreindre les opérations des banques pour compte propre.

"Nous avons à plusieurs reprises admis nos erreurs et la direction a toujours agi de bonne foi, sans jamais avoir eu l'intention de tromper qui que ce soit", a dit une porte-parole de J.P. Morgan.

Des sources de la sous-commission ont dit que les pertes semblaient dépasser 6,2 milliards de dollars, sans qu'il soit possible de les chiffrer exactement parce que les transactions faites à l'origine par le Chief Investment Office (CIO) de Londres ont été déplacées dans d'autres départements de la banque.

Elles ont dit que la banque avait refusée de leur donner davantage d'informations concernant la valorisation de ces positions.

Le sénateur Carl Levin, qui préside la sous-commission, a dit qu'il n'avait pas encore décidé s'il soumettrait le rapport à des autorités judiciaires civiles ou pénales. Il a ajouté que celle-ci pourrait procéder à de nouvelles auditions, voire convoquer Jamie Dimon lui-même.

RAPPEL À L'ORDRE

En plus de ses critiques sur le travail de recadrage du législateur, la banque a aussi eu de fréquents accrochages en coulisses avec les régulateurs l'an passé à mesure que les pertes s'accumulaient.

Jamie Dimon a même, à un moment donné, ordonné qu'on ne transmette plus de rapports quotidiens de pertes et de profits de trading à l'Office du Contrôleur de la Monnaie (OCC), l'une des principales autorités de tutelle de la banque, craignant des fuites, lit-on dans le rapport.

Quand Douglas Braunstein, qui était à l'époque directeur financier, a pris l'initiative de transmettre à nouveau ces rapports quelques jours plus tard, Jamie Dimon l'a très mal pris, le morigénant sévèrement, dit encore le rapport. Douglas Braunstein a quitté son poste au début de l'année, pour occuper les fonctions de vice-président, s'attachant plus particulièrement à la clientèle.

Ina Drew, responsable des investissements de la banque, a elle affirmé que l'OCC tentait purement et simplement de "détruire" les activités de la banque. A une autre reprise, des responsables ont qualifié les auditeurs de l'OCC de "stupides".

Toujours selon le rapport, la banque a changé ses méthodes d'évaluation du risque pour contourner les règles de fonds propres. Le document cite des courriels dans lesquels un analyste de la banque se fait fort de remodeler les procédures pour dissimuler l'augmentation des risques au sein du CIO.

La banque a accru le risque en présentant faussement le portefeuille comme un instrument de couverture et de réduction du risque alors qu'il s'agissait en fait de trading pour compte propre", a dit le parlementaire républicain John McCain, membre de la sous-commission, à la presse.

Les parlementaires critiquent par ailleurs l'OCC, lui reprochant de n'avoir pas tenu compte des signaux d'alarme et de n'avoir pas contrôlé la banque avec suffisamment de rigueur. Un porte-parole de l'OCC a dit que l'organisme admettait ses carences et avait pris des mesures pour améliorer la procédure de surveillance. Il a ajouté que l'OCC poursuivait ses investigations et "prendra de nouvelles dispositions si besoin est".

"ÇA DEVIENT INSENSÉ"

En 2011, les positions engagées par la banque ont payé contre toute attente, à la suite du dépôt de bilan d'American Airlines, générant un revenu inattendu de 400 millions de dollars.

En janvier 2012, lorsque sa stratégie s'est traduite au contraire par des pertes constantes et que les traders ont tiré le signal d'alarme, les managers ont décidé de laisser les choses en l'état.

Selon des courriels figurant dans le rapport, Bruno Iksil, le trader responsable de la position de trading, a conseillé à la banque d'assumer les pertes et de laisser les positions existantes tout simplement expirer.

Il a écrit à son patron qu'à son sens, la seule chose à faire était de "rester où l'on en est et de laisser le portefeuille simplement expirer".

Néanmoins, les traders ont continué d'alimenter les positions et en mars, leurs superviseurs les exhortaient à les valoriser de la manière la plus avantageuse, quand bien même ils dérogeraient aux pratiques habituelles de la banque en la matière.

"Je ne sais pas quand il voudra s'arrêter mais ça devient insensé", écrivait Bruno Iksil dans un message instantané, au sujet de son superviseur.

Le 23 mars, Bruno Iksil estimait dans un courriel que le portefeuille avait perdu dans les 600 millions de dollars, suivant des valorisations médianes, et 300 millions, suivant les valorisations "les plus avantageuses". Or la perte quotidienne affichée n'était que de 12 millions de dollars.

Ina Drew avait ordonné de stopper tout trading sur les dérivés concernés le même jour. Pour autant, la banque a continué de sous-évaluer les pertes de la position jusqu'en mai, souligne le rapport.

Wilfrid Exbrayat, Constance de Cambiaire pour le service français, édité par Marc Joanny

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