Une équipe conteste la vitesse supraluminique des neutrinos

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par Robert Evans

GENEVE (Reuters) - Une équipe internationale de scientifiques a démenti que des neutrinos (particules élémentaires) puissent voyager à une vitesse supérieure à la lumière, ce qu'affirme une autre équipe du même laboratoire en Italie.

L'annonce en septembre que des neutrinos pouvaient dépasser, même de très peu, la vitesse de la lumière (300.000 km/s), avait fait l'effet d'une bombe, car cela, en cas de confirmation, invaliderait l'une des lois de l'univers mises en évidence par Einstein, à savoir que rien ne peut aller plus vite que la lumière.

La première équipe, qui participe à l'expérience Opera au laboratoire du Gran Sasso, au sud de Rome, a dit avoir établi que des neutrinos avaient mis, entre le centre de recherche du Cern près de Genève et le laboratoire du Gran Sasso, 60 nanosecondes (milliardièmes de seconde) de moins que la lumière n'en aurait mis pour parcourir cette distance de 730 kilomètres.

Mais Icarus, autre expérience menée au Gran Sasso, laboratoire enterré sous les montagnes et dirigé par l'Institut national italien de physique, estime au vu de ses propres relevés que l'énergie des neutrinos à l'arrivée contredit la conclusion d'Opera.

Dans un document posté ce week-end sur le même site internet que les résultats d'Opera (http://arxiv.org/abs/1110.3763v2), l'équipe d'Icarus estime que ses propres conclusions "réfutent l'interprétation supraluminique du résultat d'Opera".

Selon eux, et sur la base d'études parues récemment aux Etats-Unis, les neutrinos catapultés à partir du Cern auraient dû perdre la majeure partie de leur énergie s'ils avaient voyagé ne serait-ce qu'à une infime fraction plus vite que la lumière.

Dans les faits, disent les chercheurs d'Icarus, le rayon de neutrinos a donné un spectre d'énergie correspondant totalement à ce qu'il en est pour des particules qui se déplacent exactement à la vitesse de la lumière.

Le physicien Tomasso Dorigo, qui travaille au Cern, et le Fermilab de Chicago déclarent sur le site internet Scientific Blogging que le document d'Icarus est "très clair et fait autorité".

OPERA MAINTIENT

Vendredi, l'équipe de l'expérience Opera qui avait fait ses révélations fin septembre a annoncé les confirmer au vu de nouvelles expérimentations menées à partir de faisceaux de neutrinos partis du Cern vers le Gran Sasso.

En vertu de la théorie de la relativité restreinte exposée en 1905 par Einstein, la vitesse de la lumière est une constante cosmique et rien dans l'univers ne peut aller plus vite que la lumière. Ce concept est la pierre angulaire de toute l'astrophysique actuelle.

Cette affirmation, qui a résisté à un siècle d'expériences scientifiques, est l'un des éléments clés du "modèle standard", qui s'efforce de décrire la manière dont l'univers et tout ce qu'il contient fonctionnent.

Une grande partie des oeuvres de science-fiction sont fondées sur l'idée que, si l'on peut aller plus vite que la lumière, les voyages dans le temps deviennent, en théorie, possibles.

L'existence du neutrino a été confirmée pour la première fois en 1934, mais cette particule élémentaire continue d'intriguer la communauté scientifique.

Le neutrino peut traverser la matière sans être détecté, cela même sur de longues distances, et sans qu'il en soit affecté. Ainsi, des millions de neutrinos traversent chaque jour le corps humain.

Le laboratoire du Gran Sasso, à 120 km au sud de Rome, est le plus grand de ce type au monde pour la physique des particules et les recherches cosmiques. Environ 750 scientifiques de 22 pays y travaillent, attirés par la possibilité de mener des expériences dans ses trois vastes salles, protégées des rayons cosmiques par 1.400 mètres de roches.

Eric Faye pour le service français

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  • docteur7 le lundi 21 nov 2011 à 15:32

    Si ce sont les italiens qui ont mesuré, je ne suis pas surpris qu'ils aient un peu majoré les résultats : c'est une pratique bien connue de nos amis transalplins, comme les hellènes d'ailleurs !