Une deuxième chance pour l'extrême droite en Autriche

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    par Francois Murphy 
    VIENNE, 4 décembre (Reuters) - L'Autriche pourrait devenir 
ce dimanche le premier pays de l'Union européenne à élire un 
chef d'Etat appartenant à l'extrême droite. 
    Candidat du Parti de la liberté (FPÖ), hostile à 
l'immigration et eurosceptique, Norbert Hofer, 45 ans, 
incarnerait en cas de succès une preuve supplémentaire de la 
défiance populaire à l'égard des élites politiques dans les 
démocraties occidentales après le vote en faveur du Brexit en 
Grande-Bretagne et la victoire de Donald Trump à l'élection 
présidentielle américaine. 
    Un autre coup pourrait venir simultanément d'Italie si le 
président du Conseil Matteo Renzi est désavoué à l'occasion d'un 
référendum constitutionnel ce dimanche. 
    En Autriche, Norbert Hofer bénéficie d'une deuxième chance 
après avoir été battu de justesse en mai par son adversaire 
écologiste Alexander Van der Bellen. Le résultat de ce scrutin a 
été annulé  par la Cour constitutionnelle en raison 
d'irrégularités dans le dépouillement des votes par 
correspondance, qui pourraient une nouvelle fois s'avérer 
décisifs tant l'écart dans les intentions de vote est serré. 
    Les premières projections devraient être publiées dès la 
fermeture des bureaux de vote à 17h00 (16h00 GMT) mais le 
résultat définitif pourrait n'être connu que mardi si les deux 
candidats sont effectivement coude à coude. 
    La progression du FPÖ en Autriche précède largement le vote 
pour la sortie de la Grande-Bretagne de l'UE ou la victoire de 
Donald Trump mais les ressorts de son succès paraissent 
identiques. Les classes populaires et rurales soutiennent 
largement Norbert Hofer tandis que les milieux éduqués et 
urbains penchent plutôt pour Alexander Van der Bellen. 
    Ce dernier, âgé de 72 ans, a placé l'exemple du Brexit au 
coeur de sa campagne en accusant son adversaire de vouloir faire 
subir à l'Autriche un "Öxit" qui serait périlleux pour son 
économie et pour l'emploi. 
     
    EFFONDREMENT DES DEUX PARTIS TRADITIONNELS 
    "Ne jouons pas avec le feu. Ne jouons pas avec un Öxit", a 
dit le candidat écologiste lors de leur dernier débat télévisé, 
en référence au projet de Norbert Hofer, sur lequel ce dernier 
est ensuite revenu, d'organiser dans un délai d'un an un 
référendum sur l'appartenance de l'Autriche à l'UE. 
    Comme ailleurs en Europe, le vote contestataire en Autriche 
s'est nourri de la crise migratoire, qui a alimenté des craintes 
identitaires s'ajoutant aux inquiétudes relatives aux 
conséquences économiques et sociales de la mondialisation. 
    Les deux candidats se retrouvent ainsi à briguer la 
présidence à la faveur d'un effondrement des deux partis 
traditionnels, les sociaux-démocrates du SPÖ et les 
conservateurs de l'ÖVP, qui dominent la vie politique 
autrichienne depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et 
gouvernent actuellement au sein d'une grande coalition. 
    Le chef de l'Etat en Autriche, pays de près de neuf millions 
d'habitants, joue traditionnellement un rôle protocolaire mais 
il dispose de certains pouvoirs, comme celui de nommer le 
chancelier et de révoquer le gouvernement, et il est le chef des 
armées. 
    Les prochaines élections législatives sont prévues en 2018 
et une victoire de Norbert Hofer pourrait placer le FPÖ en 
position de l'emporter en cas de scrutin anticipé. 
    Alexander Van der Bellen a annoncé que s'il était élu, il 
empêcherait la formation d'un gouvernement par le patron du FPÖ, 
Heinz-Christian Strache, ce qui lui a valu d'être traité de 
"fasciste écologiste" par Norbert Hofer. 
    Le candidat écologiste, qui est professeur d'économie, a 
pour sa part accusé Norbert Hofer de chercher à trouver 
n'importe quel prétexte pour destituer le gouvernement en place 
et le remplacer par un cabinet de droite. 
 
 (Gilles Trequesser et Bertrand Boucey pour le service français) 
 
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