Une conférence sociale sur fond de grogne syndicale

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FRANÇOIS HOLLANDE VA OUVRIR LA 2E CONFÉRENCE SOCIALE DE SON QUINQUENNAT, DANS UN CLIMAT MOROSE
FRANÇOIS HOLLANDE VA OUVRIR LA 2E CONFÉRENCE SOCIALE DE SON QUINQUENNAT, DANS UN CLIMAT MOROSE

PARIS (Reuters) - François Hollande ouvrira ce jeudi les travaux de la deuxième conférence sociale de son quinquennat dans un climat tendu, après l'annonce par le gouvernement qu'il n'y aurait pas d'augmentation générale des salaires de fonctionnaires en 2014.

La perspective de la réforme des retraites à venir, un exercice toujours à risque en France, suffisait déjà à elle seule pour entamer le consensus qui avait marqué la première édition de cette "grand messe", organisée dans la foulée du retour des socialistes au pouvoir.

Conscient de l'impossibilité de réunir les partenaires sociaux autour d'un accord sur cette réforme réclamée par la Commission européenne, le gouvernement a choisi une simple concertation sur le sujet avant des décisions à la fin de l'été.

Plus encore qu'il y a un an, cette conférence de deux jours se déroule dans un environnement économique difficile -un chômage qui ne cesse de monter et une légère récession attendue en France en 2013- avec en toile de fond la nécessité de ramener à l'équilibre les comptes sociaux et publics conformément aux engagements européens de la France.

La confirmation, mardi par la ministre de la Fonction publique, d'une poursuite en 2014 du gel du point d'indice des fonctionnaires, qui sert de base au calcul de leur rémunération, en vigueur depuis 2010 s'inscrit dans ce contexte.

Elle a suscité la colère des syndicats, y compris de la CFDT dont le secrétaire général, Laurent Berger, s'est déclaré "scandalisé" d'une telle décision annoncée "sans concertation".

LIGNES ROUGES

La centrale, qui se veut en pointe du dialogue social, n'a toutefois pas rallié à ce stade la mobilisation annoncée par une majorité de syndicats de la fonction publique à la rentrée.

Le gel du point d'indice des fonctionnaires risque de parasiter la partie des travaux de la conférence sociale consacrée à la modernisation de l'action publique, un exercice conçu par le gouvernement pour identifier des économies.

Même si aucune décision n'est attendue sur le sujet, les retraites constitueront le plat de résistance de la conférence réunie au palais d'Iéna, à Paris, avec des débats autour du rapport Moreau remis la semaine passée au gouvernement.

Les partenaires sociaux ont tracé par avance leurs "lignes rouges" sur les moyens de trouver sept milliards d'euros pour rééquilibrer le régime général à l'horizon 2020: pas d'allongement de la durée de cotisation ni de rapprochement public-privé pour la CGT et FO, pas de hausse des cotisations pour le patronat.

"La ligne qui va être affirmée, c'est l'équité ou la juste répartition des efforts entre les catégories -les actifs, les entreprises et les retraités". Il y a six ou sept manières de faire, ça sera un des éléments de la discussion", déclare-t-on dans l'entourage de François Hollande.

LE MEDEF ENTRE DEUX PRÉSIDENTS

La porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, estime que "les partenaires sociaux, quand on leur laisse la possibilité de négocier et de s'exprimer, sont capables d'aller assez loin et d'être assez ambitieux".

Le gouvernement en veut pour preuve l'accord sur la réforme du marché du travail de janvier, initié lors de la première conférence sociale, ou celui conclu en mars pour sauver les régimes de retraite complémentaire (Agirc-Arrco).

L'enjeu d'une réforme du régime général est tout autre, d'autant plus qu'aucun dirigeant socialiste ne s'y est encore risqué sous la Ve République.

Depuis la première conférence sociale, les deux principaux syndicats français, la CGT et la CFDT, ont changé de dirigeants. Côté patronat, le Medef s'apprête à en élire un nouveau, Pierre Gattaz, mais c'est l'équipe de la présidente sortante, Laurence Parisot, qui participera aux débats.

Celle-ci a déjà pressé le gouvernement d'aller plus loin que le pacte de compétitivité de l'automne dernier -un autre fruit de la conférence de 2012- et des baisses de charges sociales qu'il a permises, en faisant valoir que les marges des entreprises sont à des plus bas depuis près de 30 ans.

Les pouvoirs publics entendent pour leur part demander aux entreprises de se mobiliser autour des dispositifs mis en place pour lutter contre le chômage -emplois d'avenir, contrats de génération- à défaut d'être en mesure d'y consacrer plus de fonds publics.

La conférence sociale sera aussi l'occasion de discuter de pistes pour une réforme de la formation professionnelle, elle aussi envisagée de longue date, pour la réorienter vers ceux qui en ont le plus besoin, les chômeurs.

Yann Le Guernigou, avec Emmanuel Jarry et Elizabeth Pineau, édité par Yves Clarisse

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