Une cinquantaine de rebelles tués dans l'Est ukrainien

le
0
PLUS DE 50 REBELLES TUÉS PAR L'ARMÉE DANS L'EST UKRAINIEN
PLUS DE 50 REBELLES TUÉS PAR L'ARMÉE DANS L'EST UKRAINIEN

par Sabina Zawadzki et Gabriela Baczynska

DONETSK Ukraine (Reuters) - Plus de 50 rebelles pro-russes sont morts dans l'offensive sans précédent que mène l'armée ukrainienne depuis lundi autour de l'aéroport de Donetsk, dans l'est du pays en dépit des appels au cessez-le-feu lancés par Moscou, selon un bilan communiqué mardi par les séparatistes.

Le maire de Donetsk, Alexandre Loukiantchenko, a fait pour sa part état de 48 morts, dont deux civils.

Un journaliste de Reuters a dénombré 20 cadavres vêtus de treillis dans une morgue de la ville. Selon les rebelles, ils étaient dans un camion pris sous le feu de l'armée ukrainienne,

Certains des corps étaient démembrés, signe de la puissance de feu que les autorités, au lendemain de l'élection de l'homme d'affaires Petro Porochenko à la présidence, ont décidé d'employer pour la première fois contre les rebelles.

"De notre côté, il y a plus de 50 morts", a déclaré à l'hôpital Alexander Borodaï, Premier ministre de la "République populaire de Donetsk" autoproclamée.

Le gouvernement de Kiev a dit pour sa part ne déplorer aucune perte dans son camp.

L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a annoncé de son côté avoir perdu le contact lundi soir avec quatre de ses observateurs internationaux qui étaient en patrouille dans cette région de Donetsk.

Le président russe Vladimir Poutine a lancé mardi un appel à l'arrêt immédiat des opérations militaires "punitives" dans l'est de l'Ukraine, lors d'un entretien téléphonique avec le chef du gouvernement italien Matteo Renzi, rapporte le Kremlin.

BLANC-SEING

Jusqu'ici, les forces ukrainiennes avaient largement évité l'assaut direct contre les séparatistes, de crainte de voir arriver des milliers de soldats russes massés à la frontière.

Mais le gouvernement de Kiev semble avoir interprété la facile victoire de Petro Porochenko - élu dès le premier tour avec plus de 54% des voix - comme un blanc-seing pour lancer sans attendre une action d'envergure.

D'autant qu'une partie des troupes russes à la frontière sembleraient avoir amorcé un mouvement de retrait.

L'information, qui circulait déjà depuis quelques jours, a été confirmée mardi par un responsable de l'Otan à Bruxelles. Mais l'essentiel des troupes reste dans le voisinage de la frontière, a-t-il ajouté.

Les combats, lancés lundi par les avions de guerre et les hélicoptères ukrainiens qui ont largué des parachutistes, se sont poursuivis toute la nuit et, mardi, la route menant à l'aéroport portait les stigmates des affrontements. Dans la matinée, des tirs à l'arme lourde retentissaient dans le lointain.

Sur l'autoroute menant à l'aéroport, les journalistes de Reuters ont vu des carcasses de camions, du même genre que ceux utilisés par les rebelles, criblées de balles et tachées de sang. A un endroit, la chaussée était couverte de sang qui avait même éclaboussé un panneau, situé à sept mètres de haut.

"L'aéroport est totalement sous contrôle. L'ennemi a subi de lourdes pertes et nous aucune", a assuré le ministre ukrainien de l'Intérieur, Arsen Avakov, s'adressant à la presse à Kiev.

Le premier vice-Premier ministre Vitali Iarema a indiqué, en marge d'une réunion du gouvernement, que l'opération se poursuivrait "jusqu'à ce qu'il n'y ait plus un seul terroriste sur le territoire ukrainien".

UN DÉFI À POUTINE

Le Premier ministre de la République populaire de Donetsk a lui aussi reconnu que le gouvernement avait repris le contrôle de l'aéroport.

Le maire de Donetsk a redit à la population d'éviter la zone de l'aéroport. Il a dit avoir fermé deux hôpitaux et neuf écoles. La population est informée par des panneaux de l'existence d'abris contre les bombardements.

La police de Donetsk a fait état de deux policiers tués par les rebelles mardi dans la ville voisine Gorlovka. Selon le site internet d'informations Ostrov, ils ont été exécutés des sacs sur la tête pour "avoir rompu leur serment à la République populaire de Donetsk".

Lors d'une conférence de presse lundi après sa victoire, Petro Porochenko avait promis d'accélérer la campagne de lutte contre les séparatistes, jusqu'ici inefficace, affirmant que le gouvernement devrait être à même d'en finir avec la révolte en quelques heures, plutôt qu'en quelques mois.

Il a aussi indiqué qu'il ne pouvait y avoir de négociations avec les rebelles, qu'il a décrits comme des "terroristes", des "bandits" et des "pirates" cherchant à "transformer le Donbass en Somalie".

Cette riposte ukrainienne est un défi direct à Vladimir Poutine qui avait répondu au renversement du président pro-russe Viktor Ianoukovitch en février à Kiev en déclarant que la Russie avait le droit d'entrer en Ukraine pour défendre les russophones. En mars, il annexait la Crimée.

Mardi, lors de son entretien avec Matteo Renzi, le président russe, dont c'était la première déclaration sur le sujet depuis la présidentielle ukrainienne, a plaidé pour l'arrêt immédiat des opérations militaires et en faveur du dialogue entre Kiev et les dirigeants régionaux pour mettre fin à la crise.

Autre signe de la volonté de Kiev de s'affirmer après l'élection de Petro Porochenko, le gouvernement ukrainien a annoncé réclamer à la Russie 2,2 milliards de mètres cubes de gaz naturel d'une valeur de 730 millions d'euros, accusant le groupe russe Gazprom de les lui avoir "volés" lors de l'annexion de la Crimée par Moscou en mars.

(Avec Natalia Zinets, Pavel Polityuk, Richard Balmforth et Gareth Jones à Kiev; Katya Golubkova et Denis Pinchuk à Moscou; Jean-Philippe Lefief et Danielle Rouquié pour le service français, édité par Henri-Pierre Andé)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant