Une banque d'uranium ouvre au Kazakhstan pour lutter contre la prolifération nucléaire

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Une banque d'uranium ouvre au Kazakhstan pour lutter contre la prolifération nucléaire
Une banque d'uranium ouvre au Kazakhstan pour lutter contre la prolifération nucléaire

Dans le cadre de la lutte contre la prolifération nucléaire mais aussi pour encourager le développement de l'atome civil dans de nouveaux pays, l'Agence Internationale de l'Énergie Atomique (AIEA) a inauguré une banque au Kazakhstan. Mais plutôt que des dollars, celle-ci recèle 90 tonnes d'uranium appauvri, qui doit permettre qu'aucun pays membre ne se retrouve en manque de combustible.

Le président Kazakh vient d'inaugurer une banque d'un genre tout à fait particulier. Situé à Oskemen dans l'est du pays, coincé entre la Chine et la Russie, l'édifice de 880 mètres carrés accueille un trésor sensible : 90 tonnes d'uranium faiblement enrichi. Opérée par le Kazakhstan, cette banque est sous autorité de l'Agence Internationale de l'Énergie Atomique (AIE), elle-même branche de l'ONU.

Cet uranium faiblement enrichi est adapté pour faire fonctionner un réacteur à eau légère, le type de réacteur le plus répandu sur la planète (Les 58 tranches du parc français utilisent cette technologie). Une telle quantité de combustible est donc assez modeste. Elle doit servir d'ultime ressource aux pays membres de l'AIEA.

Uniquement destiné au nucléaire civil

"Si un membre de l'AIEA est incapable de se fournir en combustible sur le marché, il peut demander en dernier recours d'être approvisionné  par la banque de l'AIEA. Le directeur général de l'AIEA déterminera alors si la demande répond aux critères fixés", explique l'agence onusienne dans un communiqué. À savoir : que le marché soit perturbé, que le pays n'ait aucun autre moyen d'approvisionnement comme un accord gré à gré avec un autre état, et que le demandeur accepte les critères d'utilisation de l'AIEA.

IAEA LEU bank assures nuclear fuel available if supply unexpectedly disrupted #LEUBankLaunch #Kazakhstan #NucPower21 https://t.co/j6oFL0BOKv

-- IAEA (@iaeaorg) 1 septembre 2017

 

Ces derniers imposent aux pays bénéficiaires de n'utiliser cet uranium que pour produire de l'électricité. Il ne doit pas être destiné à des armes nucléaires ou à des  fins militaires. De plus, il ne peut pas être retraité, enrichi ou transféré à un tiers sans l'accord express de l'AIEA. Le but de cette démarche est avant tout d'éviter la prolifération nucléaire, c'est-à-dire la vente illégale de matières nucléaires au risque que celles-ci ne finissent entre de mauvaises mains.

Avec cette banque, l'AIEA se donne aussi un outil de promotion et de facilitation d'accès à l'énergie nucléaire. L'Agence garantit à tous les pays nucléarisés et aux primo-accédants au nucléaire qu'ils ne connaîtront pas de rupture d'approvisionnement en combustible. Sachant que des pays plus anciennement équipés, comme la Grande-Bretagne, la Russie et les États-Unis, possèdent déjà des réserves de ce type sur leur territoire.

Un projet à 150 millions de dollars

Si l'AIEA a choisi la Kazakhstan, ce n'est pas par hasard. Le pays est un acteur-clé de l'atome dans le monde. En 2016, il a fourni près de 40 % de l'uranium sur la planète, dont 20 % à travers son opérateur national Kazatomprom. Le pays est d'ailleurs l'une des sources principales d'Areva pour le marché français, avec le Niger et le Canada. L'idée de l'agence est de se baser dans un pays neutre et non équipé de l'arme nucléaire. Après le démantèlement de l'URSS, Astana a rendu toutes les armes atomiques présentes sur son territoire.

Cette banque a coûté 150 millions d'euros. L'amorce de 50 millions d'euros a été fournie par l'organisation américaine Nuclear Threat Initiative (NTI), qui œuvre pour la sûreté et la sécurité nucléaire dans le monde. Elle a été soutenue dans ce projet par Warren Buffet. "L'inauguration de cette banque d'uranium faiblement enrichi est une étape majeure pour la sécurité nucléaire et les efforts contre la prolifération", juge le co-fondateur de NTI, Sam Nunn, par ailleurs ancien sénateur américain.

Le reste des fonds a été fourni par l'Union européenne à hauteur de 24,4 millions d'euros, le Koweit avec 10 millions de dollars, la Norvège, 5 millions de dollars, les Émirats Arabes Unis 10 millions de dollars, les États-Unis 49 millions de dollars et le Kazakhstan avec 0,4 millions de dollars.

Ludovic Dupin @ludovicDupin

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