Un voyage habité sur Mars, 200 milliards de dollars

le
0

par Jean Décotte

TOULOUSE (Reuters) - Une mission habitée sur Mars coûterait quelque 200 milliards de dollars (165 milliards d'euros) et paraît peu probable avant 2040-2050, estime le responsable des programmes d'exploration du système solaire au Centre national d'études spatiales (Cnes).

A quelques jours de l'arrivée sur la Planète rouge du véhicule robotisé de la Nasa 'Curiosity', prévue le 6 août, Francis Rocard souligne dans une interview à Reuters que la prochaine mission spatiale majeure devrait plutôt être un voyage habité vers un astéroïde.

En attendant, les scientifiques espèrent que Curiosity, doté d'instruments d'analyse des roches conçus avec le concours de la France, permettra de détecter dans le sol martien d'éventuels éléments constitutif de la vie, explique l'astrophysicien.

"Une mission habitée sur Mars, on sait que ça ne se mettra pas en branle demain. Ce sera plutôt à l'horizon 2040-2050", fait valoir Francis Rocard.

"Ceux qui parlent d'une mission pour 2020 ne sont pas du tout crédibles. Seuls les Etats-Unis sont capables de mettre les 200 milliards de dollars sur la table pour dire: 'On va sur Mars'. Et aujourd'hui (le président) Barack Obama n'a pas confirmé avec force ce type de projets."

Le responsable du Cnes juge que lancer une telle mission nécessite une forte "volonté politique" et relève d'une "question de prestige, d'une décision politique américaine".

"Ce qui est 'dans les tuyaux' (de la Nasa), c'est une mission habitée vers un astéroïde autour de 2025. Ce sera une mission préparatoire avant d'aller sur Mars."

10 MILLIARDS DE DOLLARS POUR DES ÉCHANTILLONS

Pour Francis Rocard, les difficultés d'un voyage habité vers Mars sont multiples, notamment la résistance aux radiations ou bien la durée du vol, qui serait d'environ un an à l'aller comme au retour, pour une distance minimale de 56 millions de km.

"La durée est un facteur très lourd à gérer, notamment en termes psychologiques", d'où l'intérêt selon lui de la récente expérience russe Mars-500, qui consistait à isoler un équipage dans un vaisseau factice pendant 520 jours.

"Et puis il faut tout emporter sur place. Mais s'il faut tout emporter, le vaisseau va être très lourd", explique-t-il, ajoutant que des ingénieurs de la Nasa travaillent à des scénarios où la production de l'eau et du méthane nécessaire à la mission se ferait à partir des ressources martiennes.

Francis Rocard se dit "convaincu" qu'avant un vol habité vers Mars, une étape intermédiaire consistera à rapporter sur Terre des échantillons, une demande de longue date de la communauté scientifique qui coûterait de l'ordre de 10 milliards de dollars, soit quatre fois le budget de Curiosity.

"Avec Mars, c'est la question de la vie dans l'Univers qui est posée. C'est l'endroit le plus facile d'accès pour nous", souligne le planétologue.

"Ça fait plus de quarante ans qu'on essaie de savoir si la vie y a existé, depuis la sonde Viking en 1976, qui était la première mission à rechercher directement la vie sur Mars. Viking n'a pas trouvé, alors on a adopté une démarche plus prudente."

"BRIQUES ÉLÉMENTAIRES"

D'où l'objectif du 'rover' Curiosity, également baptisé 'Mars Science Laboratory' (MSL), qui est détecter non pas la vie, mais des "briques élémentaires", c'est-à-dire d'éventuelles molécules carbonées constitutives de la vie telle que nous la connaissons.

"L'objectif central de MSL n'est pas la découverte de la vie mais l'identification de molécules les plus complexes possibles", souligne Francis Rocard, qui rappelle qu'à une époque l'eau était présente sous forme liquide sur la Planète rouge, élément indispensable au développement d'organismes vivants.

"Aujourd'hui, on a une multitude de preuves que l'eau a coulé sur Mars en grande quantité, il y a environ quatre milliards d'années. Oui, Mars a connu une période chaude et humide", note-t-il, ce qui a entraîné la formation de roches sédimentaires.

"Il y a un consensus mondial pour dire qu'il faut aller chercher dans ces argiles très anciens (...) C'est dans ces roches sédimentaires qu'on a le plus de chance de trouver des molécules prébiotiques."

Telle sera la mission de Curiosity, qui disposera pour ses relevés d'une série d'instruments, dont un laser et un chromatographe conçus avec la contribution du Cnes, de l'Institut de recherche en astrophysique et planétologie (Irap) et du Laboratoire atmosphères, milieux, observations spatiales (Latmos).

Edité par Yves Clarisse

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant