Un Tunisien, détenu depuis 2002 par les USA, remis à l'Afghanistan

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* Redha al Nadjar détenu sans inculpation depuis 2002 * Un des premiers à avoir été interrogés de façon "poussée" * C'est un homme "brisé" dit le rapport du Sénat US par Matt Spetalnick et Bill Trott KABOUL, 11 décembre (Reuters) - Les Etats-Unis ont remis aux autorités afghanes un prisonnier soupçonné d'être membre d'Al Qaïda et cité dans le rapport du Sénat américain sur la CIA comme un des premiers à avoir fait l'objet des interrogatoires poussés de l'agence de renseignement à Kaboul, a déclaré à Reuters son avocat. Le Tunisien Redha al Nadjar, soupçonné d'être un garde du corps d'Oussama Ben Laden, a été arrêté en mai 2002. Il est l'un des plus anciens détenus liés à la "guerre contre le terrorisme" lancée par le président républicain George W. Bush après les attentats du 11 septembre 2001. Redha al Nadjar n'a jamais été inculpé et n'a jamais eu la possibilité de se défendre ni de prouver son innocence devant la justice. Il n'a pas le statut de prisonnier de guerre. Selon le rapport du Sénat sur la CIA, il a été soumis à un calvaire psychologique qui l'a laissé "brisé". Ses interrogatoires sont devenus une référence pour la gestion des détenus dans les prisons secrètes de la CIA. Son avocate, Tina Foster, dit avoir été informée par le gouvernement américain du transfert de son client mardi, du centre de détention américain de la base aérienne de Bagram, soit six jours avant la date prévue pour l'évocation de son cas devant la Cour suprême des Etats-Unis. Les représentants du Tunisien ont demandé qu'il soit jugé devant les tribunaux américains. De recours en recours, l'affaire est arrivée devant la Cour suprême qui a demandé une réponse du gouvernement américain pour lundi. "C'est une autre façon d'échapper à la justice", a déclaré Tina Foster. "Maintenant ils vont pouvoir dire dans la salle d'audience : ce n'est pas notre problème". "S'ils l'avaient libéré, je déclarerais victoire et rentrerais chez moi. Ils ont rendu l'affaire encore plus difficile", ajoute-t-elle. ENCHAÎNÉ ET CAGOULÉ Dans les années qui ont suivi le 11 septembre, les personnes soupçonnées d'être une menace pour la sécurité des Etats-Unis étaient enlevées et maintenues dans des prisons secrètes dans divers endroits de la planète, sans être inculpées. Cette politique a été abandonnée sous le démocrate Barack Obama, mais il reste toujours des prisonniers à Guantanamo Bay à Cuba et à Bagram. Durant un interrogatoire en 2002, Redha al Nadjar a été contraint de rester debout les mains liées au-dessus de la tête parfois jusqu'à 22 heures par jour, enchaîné et cagoulé, sur fond de musique branchée très fort. Il portait une couche et n'avait pas le droit d'aller aux toilettes, indique le rapport. Il était détenu au centre de détention Cobalt, plus connu sous le nom de Salt Pit, un ancien four à briques à la sortie de Kaboul, transformé en prison par la CIA. Plus de la moitié des 119 détenus mentionnés dans le rapport étaient détenus là-bas. Les techniques développées par la CIA sur les détenus de Salt Pit sont ensuite apparues dans les autres centres de détention des Etats-Unis à l'étranger. Les prisonniers étaient giflés, frappés et tirés le long de couloir au sol sale, souvent demi-nus. Le chef des interrogatoires a décrit l'endroit comme un cachot. Délibérément dissimulé à la Croix-Rouge, l'endroit a été un temps géré par un jeune officier sans expérience. Redha al Nadjar a finalement été transféré vers une prison des forces américaines près de la base aérienne de Bagram, qui a pu un moment accueillir plusieurs centaines de détenus. Tina Foster représente cinq autre détenus qui sont restés ans un endroit plus petit sur la base. Elle estime que leur nombre pourrait être plus élevé. (Avec Frank Jack Daniel; Danielle Rouquié pour le service français)

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