Un témoin de Jérôme Kerviel conteste la version de la SocGen

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Un témoin de Jérôme Kerviel conteste la version de la SocGen
Un témoin de Jérôme Kerviel conteste la version de la SocGen

par Gérard Bon

PARIS (Reuters) - La défense a joué son va-tout jeudi au procès Kerviel avec la déposition d'un témoin accusant la Société générale d'avoir connu dès 2007 l'ampleur des engagements du trader et d'avoir alourdi ses pertes après le "débouclage" de sa position en 2008.

Jérôme Kerviel admet avoir pris des positions de 30 milliards d'euros puis 50 en 2008 et est tenu pour responsable d'une perte record pour la finance de 4,9 milliards d'euros provoquées lorsque la banque les a soldées.

Philippe Houbet, 55 ans, cadre d'une filiale de courtage de la banque, a justifié sa décision de témoigner pour la défense par le comportement des dirigeants de la SocGen.

Selon lui, ces derniers auraient préféré faire passer l'entreprise à laquelle il se dit très attaché pour un "bazar et un bateau ivre" où les milliards circulent sans contrôle, plutôt que d'assumer leurs responsabilités.

La manière dont la SocGen présente l'affaire "insulte la profession, le bon sens et la justice", a dit ce témoin, présenté comme déterminant par la défense, au sixième jour d'un procès mal engagé pour le trader.

Philippe Houbet a jugé "techniquement impossible" que la banque n'ait pu déceler des prises de positions de 50 milliards d'euros.

"Comment est-ce qu'on peut ne pas avoir vu des choses énormes soi-disant dissimulées par des petites bidouilles d'amateur ?", a-t-il insisté.

Au fil de l'audience, Philippe Houbet, très accrocheur, a gagné en autorité, allant jusqu'à lancer à la cour : "il faudrait qu'on arrête de se disperser", et permettant à la défense de retrouver le sourire.

A l'époque, Philippe Houbet était chargé de compte depuis 1993 à la Fimat, une filiale de la banque servant de courroie de transmission pour le passage des ordres.

Or, selon lui, personne n'ignorait à la Fimat que la SocGen "avait pris des opérations massives vendeuses", la situation ayant même provoqué une altercation entre Moussa Bakir, le courtier de Jérôme Kerviel, et son supérieur.

"TRADER STAR"

Ce dernier lui reprochait de conserver, au mépris des règles, les opérations tous les soirs sur un compte d'attente, a-t-il dit, précisant que l'affaire était remontée "jusqu'au PDG de la Fimat".

Dans la matinée, la cour d'appel avait entendu Maxime Kahn, le "trader star" de la SocGen qui a débouclé en urgence la position de 50 milliards d'euros de Jérôme Kerviel, du 21 au 23 janvier 2008.

Maxime Kahn a expliqué ne pas avoir été informé des finalités de l'opération, menée dans une petite salle de trading isolée, et avoir respecté, vu les sommes en jeu, les règles de prudence "pour ne pas déstabiliser le marché".

La présidente Mireille Filippini lui demandant de donner son sentiment général, il a répondu s'être douté "que le client en question est peut-être la Société Générale".

"Il fallait déboucler cette position aussi vite que possible car la Société Générale n'avait pas les fonds propres pour supporter 50 milliards d'euros d'engagements. Elle n'aurait plus été solvable", a-t-il dit.

Maxime Kahn a assuré avoir agi dans les règles sans convaincre l'avocat de Jérôme Kerviel, David Koubbi, qui a eu toutes les peines du monde à lui faire reconnaître qu'il avait touché en 2007 "plusieurs millions d'euros de bonus".

Une façon pour l'avocat de suggérer qu'il ne peut rien refuser à la banque.

Philippe Houbet, lui, a douté que le "débouclage" se soit fait dans les règles, relevant dans une étude remise à la cour qu'un autre compte serait intervenu pour prendre une position inverse à celle de Jérôme Kerviel, parallèlement à des quantités inhabituelles d'options sur le DAX allemand.

Selon lui, la banque "a chargé Kerviel d'au moins un milliard" d'euros.

La représentante de la Société générale, Claire Dumas, a répliqué à la barre que les documents dont dispose Philippe Houbet, de par sa position chez Fimat, ne donnent qu'une vision parcellaire des opérations.

Elle a justifié l'intervention de plusieurs "comptes" - autres que celui de Jérôme Kerviel pendant le "débouclage" par des "transferts de portefeuilles" liés aux évolutions des marchés.

Le témoin insistant sur le fait que la banque avait elle-même créé des opérations fictives "pour lisser les résultats", la banque a dit c'était pour contrebalancer celles de Jérôme Kerviel et éviter la propagation de l'information.

Le procès se poursuit lundi.

Edité par Yves Clarisse

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