Un taux de dépôt négatif de la BCE n'est pas une panacée

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LES RETOMBÉES D?UN TAUX DE DÉPÔT NÉGATIF DE LA BCE PAS FORCÉMENT ACQUISES
LES RETOMBÉES D?UN TAUX DE DÉPÔT NÉGATIF DE LA BCE PAS FORCÉMENT ACQUISES

par Paul Carrel et Laura Noonan

LONDRES/FRANCFORT (Reuters) - La Banque centrale européenne (BCE) a tant évoqué le passage en territoire négatif du taux servi sur les réserves excédentaires de liquidités des banques qu'il semble désormais acquis qu'elle franchira ce pas, dont les bénéfices sont pourtant loin d'être acquis.

Dans le principe, le passage à un taux de dépôt négatif peut présenter un double avantage: pousser les banques à prêter les liquidités dont la détention est désormais pénalisée et les inciter à trouver des placements plus rémunérateurs auprès de banques centrales extérieures à la zone euro.

Dans cette deuxième hypothèse, elles seraient amenées à vendre des euros contre des devises, donc à faire baisser l'euro dont la vigueur contribue à la faiblesse persistante de l'inflation au sein de la zone en déprimant les prix à l'importation.

Un passage du taux des dépôts en territoire négatif figure parmi les décisions attendues par les opérateurs de marché à l'issue de la réunion du conseil des gouverneurs de la BCE le 5 juin.

"Si elles (les banques) utilisaient leurs liquidités non pas avec nous mais pour d'autres objectifs, cela serait bon pour l'économie. Et c'est précisément ce que nous souhaiterions voir arriver", a déclaré cette semaine le vice-président de la BCE Vitor Constancio, lors d'un entretien avec Reuters Insider.

Mais les banques peuvent tout aussi bien estimer plus avantageux de rembourser à la BCE les excédents de liquidités frappés d'un taux négatif.

"Un risque est que plutôt que de prêter les liquidités, les banques les remboursent tout simplement à la BCE et limitent leurs emprunts à la BCE au strict minimum", prévient Christian Schulz, économiste à la banque Berenberg.

"Le danger est alors que les banques ne disposent pas de suffisamment de liquidités excédentaires et que le système devienne plus vulnérable", ajoute-t-il.

Les banques constituent des réserves excédentaires auprès de la banque centrale pour se prémunir contre d'éventuelles crises de liquidités.

Un des effets d'une éventuelle réduction de ces liquidités excédentaires serait une plus grande volatilité et des tensions sur les taux à très court terme, contraire à l'objectif de la BCE d'une détente des conditions monétaires.

"MESSAGE ÉQUIVOQUE"

Les banques pourraient certes maintenir le même niveau de réserves excédentaires et tenter de répercuter sur leurs clients les coûts liés au passage du taux des dépôts en territoire négatif.

Une réduction du taux créditeur sur les dépôts de leurs clients et une hausse des commissions perçues sur les services bancaires figurent parmi les options dont disposent les banques pour compenser le coût de taux de dépôt négatifs, confirme Martin Kurz, porte-parole de la Commerzbank.

Lors de l'expérience de taux des dépôts négatifs conduite par la banque centrale danoise entre juillet 2012 et avril 2014, la Danske Bank, première banque commerciale danoise, a ajusté ses taux créditeurs et certaines commissions prélevées sur la clientèle sans que cela suffise à en compenser les coûts.

Pour le responsable des opérations sur le marché monétaire d'une banque de la zone euro, le passage en territoire négatif du taux des dépôts aurait un impact psychologique mais les banques auraient beaucoup de mal à en répercuter le coût sur leurs clients.

Le placement par les banques d'une partie de leurs réserves excédentaires auprès de banques centrales offrant une rémunération encore positive n'est pas non plus sans soulever d'obstacles.

La Banque d'Angleterre et la Banque du Danemark ont l'une comme l'autre confirmé que cela serait possible. Mais un trésorier de banque a souligné qu'en pratique, peu d'établissements de la zone euro auraient recours à cette option.

Celle-ci est en effet assortie d'un risque de change si l'euro continue de s'apprécier et la pondération du risque associé à un dépôt auprès d'une banque centrale hors zone euro est plus élevée que celle attachée à un dépôt auprès d'une banque centrale du bloc, rendant l'opération plus coûteuse en fonds propres.

Pour contrer le risque d'un remboursement inopportun de leurs réserves excédentaires par la banque, la BCE pourrait certes coupler le passage du taux de dépôts en territoire négatif avec une opération de refinancement à très long terme conditionnée à l'octroi de prêts à l'économie.

"Si vous mettez les deux ensemble (des taux plus bas et une nouvelle opération de refinancement à très long terme à taux fixe), cela peut avoir un effet sur les prêts à l'économie", a estimé Francesco Papadia, ancien responsable des opérations de marché de la BCE.

"Associer une nouvelle LTRO à une baisse de taux enverrait un message équivoque aux banques européennes puisque cette nouvelle liquidité serait potentiellement taxée par des taux négatifs", soulignent toutefois les économistes de Natixis.

(Marc Joanny pour le service français, édité par Marc Angrand)

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  • M4328752 le vendredi 30 mai 2014 à 20:13

    on a touché le fond mais on creuse encore.

  • taz40 le vendredi 30 mai 2014 à 17:57

    quand je pense que quand j'ai fais un dépôt de chèque à ma banque fin décembre, l'opération a mis 15 jours pour être enregistrée, soit disant et en excuse, la banque l'avait perdu puis retrouvé comme par miracle !! et les virements de banque à banque ne se font pas dans la nuit pour le lendemain matin pour les particuliers !!