Un sunnite libanais anti-Assad assassiné à Beyrouth

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ATTENTAT MEURTRIER À BEYROUTH
ATTENTAT MEURTRIER À BEYROUTH

par Samia Nakhoul et Stephen Kalin

BEYROUTH (Reuters) - Mohamed Chatah, un dirigeant de la coalition sunnite libanaise qui soutient l'opposition au président syrien Bachar al Assad, a été assassiné vendredi lors d'un attentat de grande ampleur qui a fait cinq autres morts dans le centre de Beyrouth.

Ce proche conseiller de l'ancien Premier ministre sunnite Saad Hariri, qui est également un adversaire résolu du mouvement chiite libanais du Hezbollah, allié du régime syrien, se rendait à une réunion lorsque son convoi a été la cible d'un attentat.

Moins d'une heure avant de mourir, Mohamed Chatah, qui était âgé de 62 ans, avait publié sur Twitter un message accusant le Hezbollah de chercher à prendre les commandes au Liban.

"Le Hezbollah exerce une grosse pression pour disposer en matière de sécurité et de politique étrangère de pouvoirs similaires à ceux détenus par la Syrie au Liban pendant 15 ans", écrivait-il.

Lorsqu'il a été assassiné, Mohamed Chatah se rendait au quartier-général de Saad Hariri qui, par crainte pour sa sécurité, vit en exil depuis deux ans. L'explosion s'est produite à 09h40 (07h40 GMT).

Sa voiture a été "totalement détruite, c'est une épave", selon un journaliste de Reuters sur place. La carte d'identité de l'ancien ministre des Finances a été retrouvée dans le véhicule, à moitié brûlée.

L'explosion, d'une grande violence, a été entendue dans tout Beyrouth et a vidé les rues de la capitale de ses badauds désireux de se détendre pendant la période des fêtes après une période de forte tension entre les différentes communautés ethniques et religieuses du pays.

HARIRI ACCUSE LE HEZBOLLAH

L'assassinat de Mohamed Chatah survient trois semaines avant l'ouverture, longtemps différée, du procès par contumace à La Haye de cinq membres du Hezbollah soupçonnés de l'assassinat en février 2005 à Beyrouth, selon le même mode opératoire, du père de Saad Hariri, Rafic Hariri.

Saad Hariri a accusé le Hezbollah d'être responsable de l'assassinat de son conseiller.

"Pour nous, les suspects (...) sont ceux qui fuient la justice internationale et refusent de se présenter devant la Cour (pénale) internationale", a-t-il dit.

Le Hezbollah nie toute implication dans l'attentat contre Rafic Hariri, qui fut lui aussi Premier ministre du Liban. Les cinq suspects sont en fuite et le mouvement chiite libanais refuse toute coopération avec la CPI, qu'il juge politisée.

Un député du mouvement chiite, Ali Ammar, a condamné l'attentat de vendredi et l'a qualifié de crime, ainsi que d"'élément d'une vague de terrorisme que subissent le Liban et sa région".

L'attentat a suscité l'opprobre d'autres figures du paysage politique libanais, dont le président chrétien Michel Sleimane et le Premier ministre sunnite Najib Mikati.

Ce dernier a dénoncé le meurtre d'"un universitaire modéré et d'une figure politique noble qui croyait au dialogue, à la voix de la raison et au droit d'avoir des positions différentes".

CONDAMNATION FRANÇAISE

Même si Mohamed Chatah n'était pas à la tête d'un courant politique, son expérience internationale, ses contacts diplomatiques et ses compétences universitaires en faisaient une personnalité très importante de l'entourage de Saad Hariri.

Économiste et diplomate, il a été employé par le Fonds monétaire international (FMI) à Washington et a été ambassadeur du Liban à Washington. Il a en outre occupé le ministère libanais des Finances entre juillet 2008 et novembre 2009, puis a conseillé Saad Hariri en matière de politique étrangère.

Dans un communiqué, la présidence française a condamné un "lâche attentat" et précisé que François Hollande s'était entretenu par téléphone avec son homologue libanais Michel Sleimane auquel "il a réitéré tout son soutien pour préserver la stabilité et la sécurité du Liban".

La guerre civile syrienne a des répercussions directes dans le Liban voisin, où affrontements meurtriers et attentats se sont multipliés ces dernières semaines.

"Le Hezbollah ne pourra pas diriger le Liban, quels que soient les destructions qu'il cause et le sang qu'il répand", a estimé l'ancien ministre Marouan Hamadé, interrogé par la chaîne de télévision Al Arabiya.

L'Iran, qui soutient à la fois le Hezbollah et le régime syrien, a été la cible d'un double attentat suicide à Beyrouth le mois dernier. Deux voitures ont explosé dans le périmètre de l'ambassade le 19 novembre, faisant au moins 25 morts.

Pascal Liétout et Julien Dury pour le service français

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