Un "sommet sur la crise" après la chute du triple A

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LES NOTES SOUVERAINES DANS LA ZONE EURO
LES NOTES SOUVERAINES DANS LA ZONE EURO

par Sophie Louet

PARIS (Reuters) - Nicolas Sarkozy convie les partenaires sociaux mercredi à l'Elysée pour trouver un terrain d'entente sur des remèdes d'urgence à la crise et des mesures susceptibles de doper la compétitivité, comme la "TVA sociale", décriée par les syndicats.

Annoncé le 1er décembre par le chef de l'Etat lors de son discours à Toulon (Var), ce "sommet social" a été rebaptisé "sommet sur la crise" sous le poids des circonstances, l'agence de notation américaine Standard & Poor's ayant retiré vendredi à la France son précieux triple A.

Pour le Premier ministre, François Fillon, la décision de S&P rend "plus pertinent que jamais" ce rendez-vous, devenu un exercice de style du quinquennat de Nicolas Sarkozy.

Les syndicats récusent l'appel pressant de l'exécutif à des réformes de compétitivité, redoutant un troisième plan de rigueur pénalisant les Français. Ils s'interrogent en outre sur les desseins réels du chef de l'Etat à plus de trois mois de l'élection présidentielle et sur leur marge de manoeuvre dans une grand'messe dont la partition est déjà partiellement écrite.

La CGT, par la voix de son secrétaire général Bernard Thibault, a dit craindre un "affichage politique pré-électoral". Le syndicat appelle à manifester mercredi.

Selon un sondage CSA pour l'Humanité, réalisé du 10 au 12 janvier, 73% des Français considèrent que le sommet n'apportera aucune solution au problème de l'emploi en France, un jugement partagé par de nombreux analystes.

"C'est le scénario classique où (Nicolas Sarkozy) se précipite dans un arrangement de dernière minute sans prendre suffisamment de temps pour des consultations ou le suivi. Les résultats seront similaires", estime Pierre Cahuc, professeur d'économie à l'Ecole Polytechnique, qui se dit "pessimiste".

La réunion, qui débutera à 09h00 et devrait durer trois heures, mettra en présence les organisations syndicales (CGT, FO, CFDT, CFTC, CFE-CGC) et patronales (Medef, CGPME, UPA).

"Ce sera un sommet pour prendre des décisions", a assuré mardi le ministre du Travail, Xavier Bertrand.

"RIEN N'EST ARBITRÉ" SUR LA TVA SOCIALE

Un consensus se dessinerait, selon le ministre, sur l'activité partielle et la formation des chômeurs, mais l'incertitude demeure sur la "TVA sociale" et les accords compétitivité-emploi qui permettraient à une entreprise en difficulté de négocier une nouvelle durée du travail et/ou une baisse des salaires - deux mesures-clés avancées par le gouvernement et contestées par les syndicats.

Nicolas Sarkozy, qui, selon son entourage, a à coeur d'entendre les avis des uns et des autres, annoncera des mesures sur les dossiers "lourds" fin janvier, peut-être lors d'une intervention télévisée.

"Rien n'est arbitré" sur la TVA sociale, ce dispositif destiné à alléger le coût du travail en transférant une partie des cotisations sociales des employeurs sur une hausse de la taxe sur la valeur ajoutée, à l'image de l'Allemagne, déclarait-on mardi de source gouvernementale.

Selon une autre source gouvernementale, la hausse envisagée de la TVA, accueillie avec de vives réserves par la majorité même, serait limitée pour éviter un impact trop important sur la consommation et ne compenserait qu'une baisse des cotisations patronales, le patronat pouvant consentir un "geste" en faveur des salariés.

Au ministère du Travail, on précise qu'il ne faut pas s'attendre à une annonce mercredi sur les modalités d'une telle disposition, dont le gouvernement attend un regain de compétitivité et un effet anti-délocalisations.

"Tout cela se traduira vraisemblablement par un collectif budgétaire en conseil des ministres début février et devant le Parlement fin février- début mars", a précisé mardi Christian Jacob, président du groupe UMP à l'Assemblée.

Bernard Thibault a mis en garde sur France Info : "On ne peut pas chambouler les mécanismes de financement de la Sécurité sociale en quelques jours, en quelques heures".

DES MOYENS POUR PÔLE EMPLOI?

François Chérèque, le secrétaire général de la CFDT, viendra mercredi à l'Elysée avec une proposition de substitution : une baisse de 10 points des cotisations sociales couplée à une augmentation des salaires de 7% et une hausse de la contribution sociale généralisée CSG) de 7%.

La présidente du Medef, Laurence Parisot, prône pour sa part une hausse de la TVA épargnant les produits de première nécessité, compensée par une baisse des charges patronales et assortie d'une hausse de la CSG.

"Les sujets d'intérêt commun" devraient faire l'objet d'annonce chiffrées mercredi.

Le gouvernement entend ainsi aller "encore plus loin" sur le recours au chômage partiel, actualisé limité à six semaines, qui serait simplifié et "plus attractif" pour les entreprises.

Mais adopter le système allemand, qui permet de percevoir de 60 à 67% de leur salaire pendant une période allant jusqu'à deux ans risque de se révéler onéreux pour une France endettée : il a coûté 6 milliards d'euros en 2010.

S'agissant de la formation professionnelle, "il y a un certain nombre d'outils qu'on est prêts à mobiliser", dit-on de source gouvernementale. L'objectif est notamment de mieux former les demandeurs d'emploi inscrits à Pôle emploi pour satisfaire "aux besoins de l'économie française".

La question des moyens de Pôle Emploi, où les agents se plaignent de crouler sous les dossiers, sera évoquée.

Autre dossier à l'ordre du jour mercredi : l'augmentation de l'offre de logements "sans mesures fiscales" et la taxation des transactions financières.

"Toutes les mesures qui seront annoncées seront financées. L'objectif n'est pas de jouer au chef d'oeuvre", souligne-t-on de source gouvernementale, en promettant des "surprises".

Avec Nicholas Vinocur et service France, édité par Yves Clarisse

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