Un sommet à quatre aux allures de réunion de crise à Rome

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Un sommet à quatre aux allures de réunion de crise à Rome
Un sommet à quatre aux allures de réunion de crise à Rome

par Emmanuel Jarry

ROME (Reuters) - Le président du Conseil italien Mario Monti reçoit ce vendredi à Rome Angela Merkel, François Hollande et Mariano Rajoy pour un mini-sommet de crise à une semaine d'un nouveau Conseil européen lourd d'enjeux pour l'avenir de la zone euro.

Les dirigeants des poids lourds de l'euro - Italie, Allemagne, France et Espagne - tenteront de s'accorder sur les contours d'un paquet de mesures de relance économique et de stabilisation financière susceptible de rassurer les marchés.

Objectif : déminer le Conseil européen des 28 et 29 juin, jugé une fois de plus "décisif" face aux nouveaux risques de tourmente financière dans une zone en panne de croissance et sous surveillance de ses partenaires non-européens du G20.

En cas d'échec à Bruxelles, "il y aura progressivement des attaques spéculatives de plus en plus fortes contre chaque pays, avec un harcèlement des pays les plus faibles", avertit Mario Monti dans plusieurs journaux européens.

Ce regain de fébrilité des marchés ne manquerait pas de se doubler de tensions politiques, car "la frustration des citoyens à l'égard de l'Europe se renforcerait", ajoute le dirigeant italien, dont la popularité ne cesse de chuter.

Les principales bourses européennes ont ouvert en baisse vendredi sur fond d'inquiétudes sur la croissance économique mondiale et la santé du secteur bancaire.

L'agence Moody's a abaissé la note de 15 grandes banques internationales, dont les françaises BNP Paribas, Société Générale et Crédit agricole.

L'Espagne devrait pour sa part solliciter officiellement d'ici lundi une aide européenne pour recapitaliser ses banques, dont les besoins pourraient atteindre 62 milliards d'euros, tandis que la Grèce sollicite un délai de grâce pour la mise en oeuvre du plan de redressement de ses finances publiques.

Ironie de la collision des agendas politique et sportif : la chancelière allemande a obtenu que le sommet de Rome soit avancé de trois heures pour assister en début de soirée à Gdansk, en Pologne, à un quart de finale de l'Euro de football hautement symbolique opposant l'Allemagne et la Grèce.

MERKEL VEUT DES ENGAGEMENTS

Sont notamment sur la table la question d'une supervision commune du système bancaire de la zone euro, avec un système européen de garantie des dépôts, et celle d'une mutualisation au moins partielle de la dette européenne, proposée par la France et les pays du Sud de l'Europe.

La chancelière allemande reste arc-boutée sur son refus d'envisager toute mutualisation des dettes des Etats de la zone euro, que ce soit sous la forme d'obligations européennes ou par un autre biais, avant une intégration politique plus poussée.

Angela Merkel reste également opposée vis-à-vis de l'idée française de doter le Mécanisme européen de stabilité (MES) d'une licence bancaire, pour qu'il puisse prêter des fonds directement aux banques, ou de lui permettre, comme le demande aussi l'Italie, de racheter des obligations d'Etat pour faire baisser les taux auxquels les pays en difficulté empruntent.

Elle attend avant tout de ses partenaires un engagement clair à ratifier le pacte censé renforcer la discipline budgétaire dans la zone euro, conclu début 2012.

Dans une interview publiée vendredi par Le Figaro, le ministre allemand des affaires étrangères, Guido Westerwelle, rappelle quelles sont les lignes rouges de Berlin.

"L'Allemagne ne peut pas être tenue responsable pour les dettes de toutes l'Europe. Ni nous ni aucun pays n'en a les moyens", déclare-t-il ainsi.

Il réaffirme que la crise a montré la nécessité d'accélérer l'intégration politique de l'Europe, pour corriger la "faute de construction" commise selon lui lors de la création de l'euro : "La politique économique et financière des pays européens n'est pas suffisamment coordonnée."

Parallèlement à cette vision à long terme "sans laquelle le retour de la confiance est impossible", poursuit-il, l'Allemagne accepte certes l'idée d'une plus grande solidarité au sein de l'UE, y compris à l'égard de l'Espagne, mais à condition que le pacte budgétaire soit mis en oeuvre, "car on ne peut pas combattre une crise avec de nouvelles dettes".

LA TTF SEMBLE ACQUISE

Guido Westerwelle reprend enfin à son compte l'idée d'un "pacte de croissance" proposé par Paris mais avertit : "On ne peut pas acheter de la croissance avec des dettes. La croissance doit être le résultat de réformes structurelles qui améliorent la compétitivité."

Ce sont néanmoins les mesures de relance de la croissance, souhaitées par François Hollande et chiffrées par lui à 120 milliards d'euros, qui semblent poser le moins de problème, dans la mesure où elles font l'objet d'un assez large consensus en Europe - mobilisation des fonds structurels, renforcement de la dotation de la Banque européenne d'investissement ou lancement de "project bonds" pour financer des grand chantiers.

Un compromis sur ce volet devrait être facilité par l'accord conclu jeudi par le gouvernement conservateur allemand et son opposition sociale-démocrate sur des mesures en faveur de la croissance, en échange du vote du SPD pour la ratification du pacte budgétaire européen conclu au début de cette année et du Mécanisme européen de stabilité financière (MES).

Gouvernement et SPD ont aussi décidés d'oeuvrer à la mise en place d'une taxe sur les transactions financières dans l'Union européenne - une mesure également défendue par la France et qui paraît acquise, au moins sous forme de "coopération renforcée".

Edité par Yves Clarisse

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  • M6162927 le vendredi 22 juin 2012 à 14:23

    leur serait

  • comtetro le vendredi 22 juin 2012 à 13:40

    Si l'on creuse les arrières pensées de ceux qui promeuvent les 'projet-bond', il ne s'agit que de faire du PIB dans les pays en déconfiture.Que les projets en question soient des chimères leur seraient complètement égal.

  • papymujo le vendredi 22 juin 2012 à 13:23

    Au menu pizza Mario!