Un soldat de l'armée libre de Syrie, devant un char détruit des troupes du président Bachar al-Assad à Homs, le 2 février 2012

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La Chine et la Russie ont opposé leur veto samedi à un projet de résolution du Conseil de sécurité de l'ONU condamnant la répression de la révolte par le régime en Syrie, malgré le bombardement de Homs dans lequel plus de 230 civils ont péri selon l'opposition.S'exprimant depuis Munich, la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a reconnu que comme lors d'un précédent vote en octobre, il n'avait pas été possible de résoudre les différends avec Pékin et Moscou, des alliés du régime du président Bachar al-Assad.Les 13 autres pays du Conseil ont voté en faveur du texte condamnant les "violations continues" des droits de l'Homme par le régime syrien et appelant à une transition démocratique après près de 11 mois de violences qui ont fait au moins 6.000 morts selon les militants.Les Occidentaux avaient insisté pour que le vote ait lieu dès samedi, alors que la Russie avait répété qu'il ne lui convenait "absolument pas" et annoncé une visite mardi à Damas de son chef de la diplomatie, Sergueï Lavrov, pour tenter de trouver une issue pacifique à la crise.L'ambassadeur français Gérard Araud a évoqué un "triste jour pour ce Conseil, pour les Syriens et pour les amis de la démocratie". Rappelant la répression à Hama en 1982, sous la présidence de Hafez el-Assad, père de l'actuel président, et celle de Homs il a dit: "l'horreur est héréditaire à Damas".Selon l'opposition syrienne, plus de 230 civils, dont des dizaines de femmes et d'enfants, ont été tués dans des bombardements de l'armée syrienne à Homs avant l'aube, l'épisode le plus meurtrier depuis le début de la révolte populaire en mars 2011.La tuerie a été condamnée par les capitales occidentales, le président américain Barack Obama accusant le président Bachar al-Assad d'"attaques abominables" contre son peuple et l'appelant une nouvelle fois à quitter le pouvoir.Damas a démenti avoir bombardé Homs, surnommée "la capitale de la révolution" et accusé l'opposition d'avoir elle-même incité "les groupes terroristes" à pilonner la ville pour influencer le vote à l'ONU.Il était difficile d'obtenir des informations de source indépendante sur le bilan à Homs en raison des fortes restrictions imposées à la presse étrangère dans le pays.Selon des témoins, le pilonnage a duré trois heures. Plusieurs bâtiments ont été détruits, d'autres sérieusement endommagés.Les hôpitaux croulaient sous l'afflux des blessés. "Ils ont besoin de sang, de médicaments, de matériel médical, et beaucoup de blessés sont encore bloqués sous les décombres", a déclaré à l'AFP Ahmad al-Qassir, un militant à Homs.Et pendant que certains recherchaient des disparus, des milliers d'habitants participaient aux funérailles de leurs proches, au son des prières dans les mosquées et des cloches des églises."Près de 200 martyrs seront enterrés dans le jardin de la Liberté" dans le quartier de Khalidiyé", a déclaré à l'AFP par téléphone Hadi Abdallah, militant du quartier.Selon le chef de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), Rami Abdel Rahmane, le nombre des morts à Homs s'élève désormais à 237, dont 99 femmes et enfants.Le Conseil national syrien (CNS), la principale coalition d'opposants, a pour sa part fait état de 260 morts et de centaines de blessés, parlant de l'un des "massacres les plus terrifiants" depuis mars.Le bilan risque cependant de s'alourdir, dans la mesure où les hôpitaux manquent de tout pour soigner les blessés et que nombres de victimes sont encore bloquées sous les décombres, selon les militants.Les chaînes arabes Al-Arabiya et Al-Jazira ont montré des dizaines de corps sans vie jonchant les rues de Homs.Samedi encore, les forces du régime ont tiré sur une foule participant aux funérailles de victimes de la veille à Daraya près de Damas, faisant 12 morts et 30 blessés, selon l'OSDH. Neuf autres civils, dont deux enfants, ont péri sous les balles des troupes, dans la région de Damas et à Idleb (nord-ouest).Les Frères musulmans, qui font partie du CNS, ont appelé à l'ouverture d'une enquête internationale et demandé à la Croix-Rouge internationale, "absente sur le terrain, d'agir immédiatement pour sauver les blessés".A l'étranger, les violences à Homs ont suscité l'indignation.Paris a estimé que le régime Assad avait "franchi un pas supplémentaire dans la sauvagerie" et Londres l'a accusé de "cynisme sans pitié".De nombreux Syriens s'en sont pris à leurs ambassades, en particulier au Caire à Koweït, à Athènes et Londres. Et la Tunisie a annoncé qu'elle allait expulser l'ambassadeur syrien.

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  • baljo le samedi 4 fév 2012 à 21:25

    Dans sa récente conférence de presse de Khartoum, le général al-Dabi, chef de la mission d’observation de la Ligue arabe, a réaffirmé qu’en Syrie, notamment à Homs, la violence des forces gouvernementales était une « riposte«

  • baljo le samedi 4 fév 2012 à 21:24

    Mais il faut donc revenir au fond du problème : les insurgés font leur loi depuis des semaines dans certains quartiers de Homs. Ce qui veut dire qu’ils paralysent la vie sociale, terrorisent les habitants, accumulent les meurtres et les destructions, qu’ils les commettent directement ou qu’ils les provoquent – en cas de réaction des forces de l’ordre.

  • baljo le samedi 4 fév 2012 à 21:22

    Il est évident que depuis quelques jours, dans le cadre de cette stratégie de reconquête du gouvernement, les combats s’intensifient. Et dans ce contexte de guérilla urbaine, de combats de rues à rues, d’immeubles à immeubles, les civils neutres sont obligatoirement exposés, les insurgés s’en servant objectivement comme d’un vaste et mobile bouclier humain.

  • baljo le samedi 4 fév 2012 à 21:21

    Depuis une dizaine de jours, le pouvoir syrien s’est lancé dans une stratégie de réduction des poches urbaines tenues par les insurgés, notamment à Homs, devenue au fil des mois une sorte de capitale de l’opposition radicale et armée au régime. Les pilonnages et contre-pilonnages n’y sont certes pas une nouveauté, et il y a peu, le reporter de France 2 Gilles Jacquier a payé de sa vie cette réalité de terrain.