Un scénario pour la tuerie de Chevaline mais pas de piste

le
0
LES GENDARMES ONT ÉTABLI UN SCÉNARIO PRÉCIS DE LA TUERIE DE CHEVALINE
LES GENDARMES ONT ÉTABLI UN SCÉNARIO PRÉCIS DE LA TUERIE DE CHEVALINE

PARIS (Reuters) - L'auteur du quadruple meurtre de Chevaline (Haute-Savoie) en septembre dernier a empêché ses victimes de fuir avant de s'acharner sur elles et d'abandonner derrière lui des fragments de son arme, selon un scénario établi par la gendarmerie dont fait état le journal Le Monde daté de dimanche-lundi.

Aucune piste n'a pu être privilégiée à ce jour, selon les conclusions des synthèses dont fait état le quotidien. Le procureur d'Annecy Eric Maillaud n'a pu être joint dans l'immédiat.

Des dizaines d'enquêteurs travaillent sur la mort d'un Britannique d'origine irakienne, Saad al Hilli, de sa femme, de la mère de cette dernière et d'un cycliste français. Les deux fillettes du couple présentes sur les lieux du crime ont survécu au massacre.

L'origine irakienne de la famille britannique et d'obscures affaires d'héritage sont examinées aussi bien que la piste d'un tueur fou isolé qui aurait frappé au hasard. Celle d'un crime lié à la profession d'ingénieur de Saad al Hilli et à ses travaux dans une entreprise de satellites n'aurait rien donné, selon Le Monde.

Rien n'indique à ce stade que le cycliste français tué avec les trois membres de la famille britannique ait été visé en premier ou ait été la cible principale du crime, selon les constatations des gendarmes.

L'arme du crime - des fragments ont été retrouvés au sol comme si elle avait chuté - est un Luger qui était utilisé dans l'armée suisse dans les années 1920 et 1930, ce qui en fait une arme de collection très éloignée a priori des types d'armes à feu utilisées par le grand banditisme ou les tueurs professionnels.

Les expertises balistiques et les dépositions ont permis, selon Le Monde, d'établir très précisément le déroulement des faits.

Des photos prises par les Britanniques une demi-heure avant les faits et retrouvées dans leur appareil les montrent souriants. La famille est arrivée sur le parking forestier et Saad al Hilli se trouvait à l'extérieur du véhicule avec sa fille aînée quand les premiers coups de feu ont été tirés.

UNE TENTATIVE DE FUITE

Selon le témoignage de celle-ci, Saad al Hilli, bien qu'atteint par une première balle, a pris le volant de sa voiture pour fuir, opérant une manoeuvre en marche arrière pour repartir, heurtant au passage le cycliste Sylvain Mollier, mis à terre par une autre balle. Mais les roues de la voiture ont perdu leur adhérence.

Le tueur semble alors s'être approché du véhicule bloqué et avoir exécuté froidement avec deux balles dans la tête, à travers les vitres, chacune de ses victimes, oubliant cependant la plus jeune fillette cachée sous les jupes de sa mère. Il a ensuite, vraisemblablement, achevé le cycliste qui se trouvait à terre.

Sans doute à court de munitions, l'homme a ensuite, toujours selon les constatations des gendarmes, tenté de tuer la fille aînée du couple en la frappant à la tête avec la crosse de son arme, la laissant gravement blessée mais vivante.

Un événement inconnu a alors provoqué sa fuite, peut-être l'arrivée d'un autre cycliste, un Britannique, sur les lieux, qui a coupé le moteur de la voiture et appelé les secours. Entre les dernières photos de la famille al Hilli et l'appel aux secours, il s'est écoulé environ 30 minutes.

La piste d'un différend de Saad al Hilli avec son frère a été écartée, ce dernier étant hospitalisé en psychiatrie en Suède au moment du crime et s'y trouvant toujours.

Le Monde fait état d'un document transmis par les services secrets allemands envisageant un lien entre le père de Saad al Hilli, qui a quitté l'Irak après son fils et la fortune de l'ex-dictateur irakien Saddam Hussein. Un compte bancaire en Suisse au nom du père Al Hilli, crédité d'un million d'euros, a été retrouvé dans l'enquête.

Le procureur d'Annecy Eric Maillaud a déclaré au Monde : "j'espère juste qu'il ne s'agit pas d'une autre affaire Godard dont on n'aura jamais le fin mot", dans une allusion à la disparition d'une famille de quatre personnes en 1999, jamais élucidée.

Thierry Lévêque, édité par Danielle Rouquié

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant