Un retour de Renault qui pose des questions

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Un retour de Renault qui pose des questions
Un retour de Renault qui pose des questions

La lettre d'intention annoncée lundi matin est le premier pas vers un rachat de l'écurie Lotus par Renault. Mais des questions demeurent sur la structure, l'organigramme et les ambitions de la marque au losange pour ce retour comme constructeur en F1.

Alain Prost avait, en quelque sorte, vendu la mèche dimanche dernier sur Canal+, le retour de Renault comme constructeur de plein exercice devrait avoir lieu dès la saison 2016 avec le rachat de l’écurie Lotus, revendue en 2011 à Genii Capital par… Renault. La « lettre d’intention » rendue publique lundi matin avait surtout pour rôle de rassurer la justice britannique, et aussi le fisc, mais elle jette officiellement les jalons amenant vers un retour du Renault F1 Team dès 2016.

Pourquoi revenir maintenant ?

Depuis 2012 et la revente de l’usine d’Enstone à Genii Capital, Renault n’a plus qu’un rôle de motoriste. Un statut qui n’apporte plus de réelles retombées médiatiques suite aux succès de ses clients mais qui met la marque française au centre du jeu médiatique dans les critiques tombent. Après quatre titres avec Red Bull Racing et Sebastian Vettel sur la fin de l’ère des V8 atmosphériques, le début des V6 turbo hybrides a vu Renault en très grande difficulté avec des clients mécontents du manque de compétitivité du groupe propulseur français. La marque au losange ne s’est retrouvée qu’avec deux clients, Red Bull et Toro Rosso, après le départ de… Lotus il y a un an de cela. Ces critiques et le divorce avec Red Bull a eu l’effet d’un électrochoc : soit Renault quittait la F1, soit Renault revenait comme constructeur. Après des mois d’hésitation, c’est l’idée de redevenir un constructeur qui l’a emportée avec ce rachat annoncé de Lotus.

Un rachat de Lotus dans quelles conditions ?

Le retour de la marque Renault comme constructeur ne se fera pas via un rachat de la totalité du capital de l’écurie Lotus. Les dernières rumeurs à ce sujet laissent croire que la future écurie Renault aura trois actionnaires. Sans surprise, l’actionnaire majoritaire devrait être Renault avec 65% du capital racheté pour 65 millions d’euros. Le reste du capital devrait être divisé en deux parts : l’une restant dans les mains du propriétaire actuel, Gérard Lopez et l’autre allant dans les mains… d’Alain Prost. L’actuel ambassadeur de la marque Renault devrait tenir un rôle équivalent à celui de Niki Lauda au sein de l’écurie Mercedes. L’ancien quadruple champion du monde serait un président non exécutif de l’écurie Renault qui aurait un rôle de conseiller auprès de membres de l’équipe.

Qui pour prendre la tête de l’écurie ?

Si Alain Prost pourrait chapeauter l’activité de Renault en F1, c’est un triumvirat qui devrait diriger ce nouveau Renault F1 Team, vu que la séparation entre l’usine châssis à Enstone et l’usine moteur à Viry-Châtillon va être conservée. La logique voudrait que Cyril Abiteboul, actuel patron de Renault Sport F1, garde la tête du département moteur basé en France. La direction du département châssis pourrait revenir à une personne recrutée par Renault. Le nom qui revient le plus souvent est celui de Frédéric Vasseur, patron de l’écurie ART Grand Prix. Des discussions ont eu lieu entre lui et Cyril Abiteboul et la piste semble être crédible. A moins qu’une solution interne soit privilégiée avec le maintien de Nick Chester au poste de directeur technique avec des fonctions élargies. Rien n’indique que Matthew Carter soit conservé dans ses fonctions actuelles. L’organigramme exact de la future écurie Renault est très incertain et, au vu des difficultés de Lotus cette année niveau châssis et de Renault niveau moteur, des recrutements chez la concurrence ne seraient absolument pas surprenants.

Quels pilotes en 2016 ?

L’autre inconnue concernant le futur de l’écurie Renault concerne les pilotes. La seule chose que l’on peut tenir pour acquise, c’est que le projet Renault ne se fera pas avec Romain Grosjean. Le pilote français a accepté avec un enthousiasme non dissimulé le défi que représente la nouvelle écurie américaine Haas F1 Team. Très récemment, l’écurie Lotus a confirmé Pastor Maldonado pour la saison 2016. Une annonce qui pourrait être remise en cause si le rachat par Renault se confirme. Le Vénézuélien a un contrat en béton armé avec Lotus et un soutien financier de l’état vénézuélien très loin d’être négligeable pour l’écurie Lotus, qui survit depuis longtemps grâce à cette manne. Renault pourrait alors être contraint de conserver « Crashtor » une saison pour respecter ce contrat en bonne et due forme. Pour l’accompagner, les candidats pourraient être nombreux, même si le défi pourrait être risqué. En interne, le Britannique Jolyon Palmer rêve de faire ses débuts en F1 avec Lotus, pour qui il a beaucoup roulé en essais. Mais Cyril Abiteboul n’a pas caché que Renault pourrait sonner plus Français que sous l’ère Briatore, qui n’avait jamais laissé sa chance au moindre pilote tricolore. A partir de là, et avec Romain Grosjean définitivement exclu de l’équation, trois noms reviennent le plus souvent : Jean-Eric Vergne, Pierre Gasly et Esteban Ocon. Ce serait alors un choix entre l’expérience d’un Jean-Eric Vergne avec trois saisons chez Toro Rosso comme titulaire puis une année 2015 comme pilote de développement chez Ferrari et la jeunesse. Pierre Gasly et Esteban Ocon représentent le futur à moyen terme de la France en F1, l’un au sein de la filière Red Bull et l’autre qui a récemment rejoint Mercedes. Tout cela ne se tient que si Renault ne fait le choix d’attirer un pilote de renom pour marquer le coup lors de ce retour.

Quelles ambitions ?

Dire que Renault revient pour gagner tout de suite serait extrêmement présomptueux. Quand on voit les difficultés de Lotus concernant son châssis et le manque de performance critique du groupe propulseur Renault, imaginer de bons résultats dès 2016 tient du rêve. Le projet Renault sera sans doute à long terme, sur une période d’environ dix ans, avec l’objectif de revenir au plus haut niveau d’ici à trois ans, au minimum. Carlos Ghosn ne veut pas voir Renault revenir en F1 pour faire de la figuration, contrairement à ce que Nissan a fait en 2015 aux 24 Heures du Mans. Et le changement de donne programmé pour 2017 pourrait aider la marque au losange dans ses ambitions. Les motoristes vont sans doute être contraints de revoir leur copie pour atteindre l’objectif des 1000 chevaux sans compromettre la fiabilité des moteurs. Des changements profonds aux moteurs qui pourraient permettre à Renault de se mettre à la page et de réduire, voire annuler, le retard pris sur Ferrari et Mercedes, qui dominent la F1 actuellement. En 2016, voire en 2017, Renault pourrait prendre le temps d'organiser son écurie, faire les recrutements qui s’imposent pour revenir sur le devant de la scène et mettre au point une monoplace performante et fiable à l’horizon 2018, et faire renaître l’enthousiasme du public français pour la F1 et, qui sait, convaincre Bernie Ecclestone de faire revenir la F1 en France, un terrain que la Formule E, discipline où Renault et Alain Prost vont beaucoup investir, va bientôt s’implanter avec une course dans Paris.

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