Un rescapé d'Oradour condamné pour des propos sur les Alsaciens

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STRASBOURG (Reuters) - Un rescapé d'Oradour-sur-Glane, village martyr de la Haute-Vienne, a été condamné vendredi en appel pour avoir mis en doute le caractère forcé de l'enrôlement des Alsaciens dans l'armée allemande pendant la Seconde Guerre mondiale.

Dans un ouvrage relatant l'assassinat des 642 habitants du village limousin, le 10 juin 1944, par des soldats de la division Das Reich, Robert Hébras, l'un des rares qui ait échappé au massacre, évoquait la présence parmi eux d'Alsaciens "enrôlés soi-disant de force dans les unités SS".

Cette formule et quelques autres semblables avaient été retirées d'une première édition, puis reprises dans une réédition de 2008, ce qui avait valu à l'auteur d'être assigné devant la justice par les Associations d'évadés et d'incorporés de force des deux départements alsaciens.

Le tribunal de grande instance de Strasbourg avait, en première instance, relaxé Robert Hébras au nom de la liberté d'expression, estimant que, "témoin direct du drame", il n'avait fait qu'exprimer "une opinion personnelle nécessairement subjective et ne dépassant pas le cadre d'un légitime débat démocratique".

La Cour d'appel infirme ce jugement en estimant que, témoin du drame d'Oradour, Robert Hébras ne l'était pas, en revanche, de l'incorporation de force, "un fait historique" à partir de 1942 dans l'Alsace annexée par le Reich hitlérien.

Elle souligne en outre qu'il n'avait pas à l'époque, selon son témoignage, distingué les Allemands des Alsaciens parmi les soldats.

Les propos litigieux outrepassent selon elle les limites de la liberté d'expression en allant "à l'encontre d'une vérité historiquement et judiciairement établie", constituant ainsi "une atteinte grave à l'honneur et à la réputation de tous les Alsaciens indirectement visés".

L'auteur, âgé de 87 ans, devra verser aux deux associations un euro symbolique à titre de dommages et intérêts, ainsi que 10.000 euros, solidairement avec son éditeur, pour les frais de justice.

Quatorze Waffen SS Alsaciens avaient été condamnés en 1953 à Bordeaux pour leur participation au massacre. Devant l'émoi provoqué par ce verdict parmi la population et les élus alsaciens, ils furent amnistiés.

Gilbert Reilhac, édité par Gilles Trequesser

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  • nono67 le vendredi 14 sept 2012 à 21:05

    Quelle honte pour ce pauvre homme de devoir vivre cela. Notre justice est à l'agonie !