Un rapport propose des eurobonds garanties pour déboucler le QE

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    par John Geddie 
    LONDRES, 12 octobre (Reuters) - L'émission d'obligations 
garanties par les dettes souveraines acquises par la Banque 
centrale européenne (BCE) dans le cadre de son programme 
d'assouplissement quantitatif pourrait lui permettre de le 
déboucler si nécessaire, a dit à Reuters l'auteur d'une 
proposition dans ce sens actuellement examinée par les 
responsables monétaires européens.  
    Le Comité européen du risque systémique (CERS), en charge de 
surveiller et d'analyser les risques qui pèsent sur la stabilité 
du système financier européen, a chargé le mois dernier une 
équipe d'examiner l'idée d'une titrisation des dettes 
souveraines acquises par la BCE au travers d'une émission 
transnationale.  
    Une telle opération est considérée comme une possible 
alternative à l'émission d'"eurobonds", longuement débattue et 
qui continue de susciter de vives réticences, en particulier en 
Allemagne.  
    Markus Brunnermeier, professeur à Princeton et co-auteur du 
document de recherche sur ce sujet, a dit que la BCE pourrait 
utiliser un tel instrument pour retirer progressivement du 
marché les centaines de milliards d'euros de liquidités qu'elle 
a injectés dans l'économie ces dernières années au travers de 
son programme d'assouplissement quantitatif.  
    Il a ajouté que les dettes souveraines que la BCE a achetées 
pourraient servir de collatéral à cette nouvelle "obligation 
sécurisée", qui serait émise par la banque centrale elle-même ou 
par une autre entité.  
    Le CERS, présidé par le président de la BCE, Mario Draghi, 
s'est refusé à tout commentaire. Le mois dernier, l'instance a 
chargé le gouverneur de la banque centrale irlandaise, Philip 
Lane, co-auteur d'une précédente proposition sur l'émission 
d'une "obligation sécurisée" paneuropéenne, de diriger un groupe 
de travail sur le sujet.  
     
    L'ALLEMAGNE EST MOINS RÉTICENTE 
    Deux responsables monétaires de la zone euro participant aux 
travaux ont dit que l'un des objectifs de ce groupe de travail 
était de déterminer si ces obligations doivent être émises par 
une entité publique ou privée.  
    Les projets d'eurobonds ont fleuri au plus fort de la crise 
des dettes souveraines de la zone euro en 2011 comme une 
alternative à la fois sûre et liquide aux obligations d'Etat, 
afin de rompre le cercle potentiellement vicieux entre 
solvabilité des banques et solvabilité des Etats.  
    La plupart de ces projets prévoyaient une garantie conjointe 
des Etats-membres sous une forme ou sous une autre et se sont 
heurtés à l'opposition de l'Allemagne qui craignait, en tant que 
pays le plus solvable de la zone euro, de se retrouver en 
situation de garant ultime et de devoir solliciter ses 
contribuables pour pallier un défaut d'un autre Etat.  
    Pour Brunnermeier, le regain d'intérêt pour un "emprunt 
sécurisé" s'explique par la volonté des autorités de régulation 
de remettre en cause le statut "sans risque" des dettes 
souveraines, en vertu duquel les banques n'ont pour l'instant 
pas besoin de détenir de fonds propres au titre des risques que 
ces titres peuvent présenter, ce qui leur permet détenir autant 
de dette souveraine qu'elles le souhaitent.  
    L'une des sources a dit que Berlin était plus ouvert à ce 
type d'emprunt à l'échelle de la zone euro car il n'impliquerait 
pas de garantie explicite pour l'émission de nouvelles dettes, 
tout en étant susceptible de convaincre les régulateurs 
d'appliquer aux dettes souveraines une pondération des risques 
Etat par Etat, ce qui permettrait de limiter l'interdépendance 
entre solvabilité bancaire et solvabilité des Etats.  
     
    UNE DÉCISION POLITIQUE ENCORE TRÈS ÉLOIGNÉE 
    Une deuxième source a dit que la décision de confier à un 
groupe de travail le soin d'étudier le projet montrait que celui 
était "pris plutôt au sérieux" mais elle a ajouté qu'une 
"décision politique est fort éloignée." 
    Le rapport de Brunnermeier cite la BCE comme l'un des 
émetteurs potentiels de ces "obligations sécurisées" et précise 
que la répartition des titres souverains apportés en garantie 
pourrait se faire en appliquant la même clé que celle utilisée 
pour le programme d'achats d'actifs, à savoir le poids des 
pays-membres au capital de la banque centrale.  
    Le rapport ne va toutefois pas jusqu'à dire que la BCE doit 
être l'émetteur de ces titres.  
    "Peut-être avons nous été trop prudents sur ce point en 
n'impliquant pas explicitement la BCE", a dit Brunnermeier. 
"Mais, d'un point de vue général, il y a un large soutien au 
sein de la BCE. Il y a eu une certaine réticence au début mais 
maintenant, les membres du conseil (de la BCE) y sont 
favorables." 
    Les obstacles à surmonter pour mener le projet à bien sont 
toutefois nombreux. La BCE n'a acheté que des dettes souveraines 
de la zone euro alors que la compétence du CESR est 
paneuropéenne. En outre, elle ne prévoit pas de poursuivre ses 
achats indéfiniment alors que le projet suppose que des titres 
puissent être apportés en garantie de manière permanente pour 
que les émissions puissent se poursuivre.  
    Les "obligations sécurisées" comprendraient deux tranches, 
l'une senior destinée aux investisseurs institutionnels et 
l'autre junior, mieux rémunérée et ciblant des investisseurs 
prêts à prendre plus de risques, comme des hedge funds.  
    Si la BCE émet elle-même ces instruments, le risque serait 
qu'en cas de demande insuffisante pour les titres juniors, elle 
se retrouve détentrice de la dette la plus risquée. 
     
 
 (avec Marc Jones à Londres, Balazs Koranyi et Francesco Canepa 
à Francfort; Marc Joanny pour le service français, édité par 
Marc Angrand) 
 
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