Un rapport non publié de l'UE critique Ankara sur les libertés

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* C'est le rapport 2015 sur les progrès de la Turquie vers l'UE * Les législatives en Turquie ont lieu dimanche 1er novembre * L'UE dit que la cause du report du rapport n'est pas politique * L'UE a besoin de l'aide d'Ankara pour endiguer l'immigration par Paul Taylor BRUXELLES, 28 octobre (Reuters) - Un rapport de la Commission européenne sur la Turquie, critique envers Ankara sur la question des droits de l'homme, ne sera pas publié avant les élections de dimanche pour éviter de contrarier le président turc Recep Tayyip Erdogan, apprend-on de source proche du dossier. Reuters a pu prendre connaissance d'une copie du projet du rapport qui est publié chaque année sur la situation en Turquie en ce qui concerne sa candidate à une entrée dans l'Union européenne. Le rapport 2015 non publié critique Ankara en ce qui concerne la liberté d'expression et l'indépendance de la justice et s'inquiète de la détérioration de la situation en matière de sécurité. Il constate aussi une emprise plus forte de l'AKP, le parti islamo-conservateur de Recep Tayyip Erdogan, au pouvoir depuis 13 ans, sur l'administration publique. La Commission européenne, qui tente de s'assurer du soutien du président Erdogan pour endiguer le flot de migrants en provenance de Syrie et d'autres pays de la région, affirme ne pas avoir retardé la publication du rapport pour des raisons politiques. Elle dit aussi qu'il revient au président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, de décider du moment de l'approbation et de la publication des rapports sur les progrès des pays candidats à une entrée dans l'UE. Ils sont en général diffusés au mois d'octobre. Le rapport non publié décrit une dérive autoritaire du pouvoir. "Le gouvernement sortant a fait des efforts pour redynamiser le processus d'accession. Toutefois, cet engagement a été contrebalancé par l'adoption de textes législatifs importants dans le domaine de l'Etat de droit, de la liberté d'expression et de la liberté de réunion qui vont à l'encontre des normes européennes", lit-on dans le rapport. "QUE CELA PLAISE OU NON" Le rapport décrit un système judiciaire aux ordres du gouvernement ou sujet à des pressions politiques. "Il y a un retour en arrière depuis 2014", indique le rapport. "L'indépendance de la justice et la séparation des pouvoirs ont été considérablement amoindris et les juges et les procureurs sont soumis à une forte pression politique." Le rapport mentionne aussi les critiques dont fait l'objet Recep Tayyip Erdogan, accusé d'outrepasser ses prérogatives constitutionnelles. Sollicitée, la Commission européenne a fait dire par un porte-parole qu'elle ne ferait pas de commentaire sur le contenu du rapport avant son adoption officielle. Des responsables de l'UE et des diplomates soulignent que le rapport a été maintenu sous le boisseau parce que Bruxelles a besoin de la coopération d'Ankara dans la gestion du flot des migrants. "Il est logique de ne pas diffuser le rapport alors que nous essayons d'obtenir leur aide dans la crise des réfugiés", commente un haut responsable à la Commission européenne. Mardi, sur un ton tout aussi pragmatique, Jean-Claude Juncker a déclaré au Parlement européen que, malgré des préoccupations en matière des droits de l'homme, "nous devrons travailler avec la Turquie, que cela nous plaise ou non". De source proche du dossier, on indique que le rapport a été écrit avant la visite d'Angela Merkel à Istanbul le 18 octobre dernier pour des discussions avec le président Erdogan. Erdogan, dont l'AKP n'a pas obtenu la majorité qualifiée aux dernières élections législatives de juin pour pouvoir faire modifier la constitution de façon à renforcer les pouvoirs du chef de l'Etat, a souhaité un nouveau scrutin dimanche pour tenter d'y parvenir. (Avec Robin Emmott; Danielle Rouquié pour le service français)

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