Un rapport juge inévitable de prolonger les centrales françaises

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LE NUCLÉAIRE EN FRANCE
LE NUCLÉAIRE EN FRANCE

par Benjamin Mallet

PARIS (Reuters) - Prolonger la durée de vie des centrales nucléaires françaises au-delà de 40 ans d'exploitation semble inévitable sauf à accepter des investissements difficilement réalisables ou une baisse de la consommation d'électricité, selon un rapport de la Cour des comptes publié mardi.

Vingt-deux des 58 réacteurs français, représentant environ 30% de la puissance nette du parc, atteindront leur quarantième année de fonctionnement d'ici à la fin 2022, a rappelé la Cour.

"Par conséquent", a-t-elle résumé dans un communiqué, "dans l'hypothèse d'une durée de vie de 40 ans et d'un maintien de la production électronucléaire à son niveau actuel, il faudrait un effort très considérable d'investissement équivalent à la construction de 11 (réacteurs de type) EPR d'ici la fin de 2022".

"La mise en oeuvre d'un tel programme d'investissement à court terme paraît très peu probable, voire impossible, y compris pour des considérations industrielles."

La Cour des comptes a en outre souligné que, quels que soient les choix futurs, des investissements massifs seraient nécessaires pour maintenir la production actuelle d'électricité.

Elle a également précisé que son rapport avait "pour seule ambition de mesurer des coûts sans porter de jugement sur leur niveau" et ne se penchait pas sur l'impact des investissements à venir sur les tarifs.

"PAS D'OUBLI" CONSTATÉ

"Le recensement des différents types de coûts à la charge des exploitants ont bien tous été identifiés et figurent dans leurs comptes", a déclaré lors d'une conférence de presse le premier président de la Cour des comptes, Didier Migaud. "La Cour n'a pas constaté d'oubli."

"Les évaluations des coûts futurs sont encore très incertaines et cette incertitude ne peut être levée pour le moment faute d'avoir vécu l'expérience concrète du démantèlement ou de la mise en oeuvre du stockage profond (des déchets)", a-t-il cependant ajouté.

La Cour a également précisé que le doublement des investissements annuels de maintenance d'EDF attendu entre 2011 et 2025 entraînerait en revanche un renchérissement de ces coûts de l'ordre de 10%. (voir )

Ces investissements de maintenance pourraient atteindre 3,7 milliards d'euros par an sur la période en incluant les travaux imposés par l'Autorité de sûreté nucléaire après la catastrophe de Fukushima, qu'EDF estime aujourd'hui à 10 milliards d'euros au maximum.

La publication du rapport de la Cour des comptes intervient alors que l'opportunité de fermer certaines centrales ou de prolonger leur durée de vie s'est imposée comme un sujet majeur du débat de la campagne électorale pour la présidentielle après la catastrophe nucléaire japonaise de Fukushima, survenue en mars 2011.

LA COUR VEUT DES ORIENTATIONS CLAIRES

Le gouvernement a fait savoir qu'il entendait poursuivre l'exploitation du nucléaire français. Le candidat socialiste François Hollande s'est engagé à ne fermer que la centrale nucléaire de Fessenheim (Bas-Rhin) au cours du prochain quinquennat s'il est élu président de la République.

François Hollande, qui a ainsi pris ses distances avec un accord électoral difficilement conclu entre le PS et Europe Ecologie-Les Verts prévoyant de fermer 24 des 58 réacteurs français d'ici à 2025, souhaite en outre ramener la part de l'électricité nucléaire en France de 75% à 50% à l'horizon 2025.

Il s'est également engagé à achever le chantier de l'EPR de Flamanville (Manche) mais ne lancera pas celui de Penly (Seine-Maritime), programmé par le gouvernement actuel.

La Cour des comptes rappelle que la programmation pluriannuelle des investissements (PPI) de production d'électricité pour 2009-2012 privilégie "un scénario central de prolongation au-delà de 40 ans du parc nucléaire".

Mais elle réclame "des orientations de la politique énergétique à moyen terme, publiquement connues et utilisables par tous les acteurs du secteur".

"En effet (...), ne pas prendre de décision revient à faire un choix, celui de faire durer le parc actuel au-delà de 40 ans", ajoute-t-elle.

Le Premier ministre François Fillon a réagi en indiquant dans un communiqué que "les choix sur la durée de fonctionnement des centrales nucléaires ou la construction de nouveaux réacteurs revêtant un caractère stratégique et déterminant sur les coûts de la filière, ils (seraient) précisés dans le cadre de la PPI élaborée à partir de l'été 2012".

L'association de consommateurs UFC Que Choisir a de son côté demandé aux pouvoirs publics de "lancer sans attendre un débat transparent, basé sur des données objectives, sur l'avenir de la politique énergétique française, notamment sur la construction des prix de l'électricité et sur les éventuels arbitrages technologiques à réaliser".

Edité par Marc Angrand

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  • georg199 le mardi 31 jan 2012 à 17:49

    Il est évident que l'on ne pourra pas se passer de l'énergie nucléaire car il n'y a pas d'autre alternative réaliste.Il est clair que l'on a intérêt à prolonger le parc existant tout enmaintenant en "activité le savoir faire acquis depuis 50 ansMais, en parallèle il faudrait réorienter la filière enabandonnant l'uranium pour aller vers le thorium...c'est urgent

  • M3101717 le mardi 31 jan 2012 à 16:57

    Cest un peu comme la confiture... Quand on a mis le doigt dedans...