Un premier sommet humanitaire pour améliorer l'aide d'urgence

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    par Megan Rowling 
    ISTANBUL, 23 mai (Thomson Reuters Foundation) - Le premier 
sommet humanitaire mondial se tient lundi et mardi à Istanbul 
avec l'objectif d'améliorer l'aide d'urgence face à des crises 
de plus en plus nombreuses et complexes.  
    L'OCHA, le bureau de coordination des affaires humanitaires 
des Nations unies, organise la réunion à laquelle sont attendus 
quelque 6.000 délégués. 
    Son chef, le coordonnateur des secours d'urgence de l'Onu 
Stephen O'Brien, explique que cette conférence d'Istanbul doit 
servir à rassembler les énergies pour réformer le système d'aide 
tout en endiguant la "demande" en s'attaquant aux racines -- 
guerres, désastres -- de ces vastes besoins humanitaires. 
    "Nous avons besoin d'une vision politique et d'un engagement 
pour mieux prévenir et résoudre les conflits et les crises. Ce 
sommet est un point de départ", dit le diplomate britannique. 
    La réunion pâtira toutefois de l'absence de Médecins sans 
frontières (MSF), acteur primordial de l'aide d'urgence, qui a 
retiré sa participation au début du mois.  
    L'organisation juge que la conférence, en mettant sur le 
même pied organisations d'aide et gouvernements, exonère les 
Etats de leurs responsabilités dans les conflits ou les 
violations du droit humanitaire.  
    Le directeur général d'Oxfam Grande-Bretagne, Mark Goldring, 
a averti quant à lui que le sommet, s'il veut être "autre chose 
qu'un coûteux forum de discussion", devra "s'attaquer aux échecs 
répétés des Etats dans le règlement des conflits et mettre fin à 
la culture de l'impunité qui permet de tuer des civils sans 
subir de conséquences". 
    "Nous devons lutter pour le respect du droit international 
humanitaire. Nous constatons une absence de respect du DIH qui 
provoque d'énormes dégâts dans le monde", a renchéri Jan 
Eliasson, le vice-secrétaire général de l'Onu, dimanche lors 
d'une conférence de presse à Istanbul, mentionnant le 
bombardements des hôpitaux ou des sièges "pratiquement 
médiévaux" en Syrie et au Yémen. 
     
    TRANSFÉRER L'ARGENT AUX ACTEURS LOCAUX 
    La guerre en Syrie a fait plus de 11 millions de déplacés et 
les sécheresses ou crues provoquées par le phénomène 
météorologique El Niño affectent des dizaines de millions de 
personnes. Pour le secrétaire général de l'Onu Ban Ki-moon, le 
monde n'a pas connu pire situation humanitaire depuis la Seconde 
Guerre mondiale.  
    Les 175 gouvernements -- et 65 dirigeants -- attendus à ce 
sommet devraient toutefois se contenter d'engagements non 
contraignants sur la nécessité d'agir tôt en cas de situations 
potentiellement conflictuelles, d'en empêcher de nouvelles et de 
s'attaquer aux racines des conflits.  
    Il n'est pas non plus certain qu'ils offriront beaucoup 
d'argent pour combler un déficit du financement de l'aide 
humanitaire estimé annuellement à 15 milliards de dollars.  
    Le sommet d'Istanbul devrait toutefois produire des 
résultats concrets pour améliorer l'aide d'urgence. L'une des 
principales demandes formulées lors des réunions préparatoires 
était de mettre davantage d'argent dans les ONG locales et 
nationales qui sont souvent très sollicitées dans les situations 
de crise, souvent en tant que sous-traitantes modestement payées 
par les grosses structures internationales.  
    En vertu d'un "grand marchandage" qui sera annoncé pendant 
le sommet, 15 pays donateurs et 15 agences humanitaires, de 
l'Onu ou autres, se fixeront pour objectif d'allouer d'ici 2020 
25% de leurs fonds à des acteurs locaux ou nationaux, contre une 
part de 0,2% aujourd'hui.  
    Degan Ali, directeur d'Adeso, une organisation africaine de 
développement, juge que le chiffre est louable, et supérieur à 
ce que beaucoup de groupes de la société civile avaient espéré. 
Il insiste toutefois sur la nécessité de mettre en place des 
mécanismes de vérification de l'application de cet objectif.  
    Le "grand marchandage" visera également à définir des moyens 
de rendre le financement humanitaire plus souple et plus 
prévisible sur de longues périodes, les agences s'engageant 
quant à elles à supprimer les mesures inefficaces et à améliorer 
leur coordination. 
    En revanche, l'accord ne prévoit pas de fixer un objectif 
chiffré pour déterminer la part de l'aide consacrée à la 
réduction du risque de catastrophes et à la prévention. La 
conférence promettra seulement de l'"accroître sensiblement", 
selon Izumi Nakamitsu, un responsable du Pnud (Programme des 
Nations unies pour le développement).  
    "Il existe des données quantifiables qui montrent que chaque 
dollar investi dans la prévention et la réduction du risque 
rapporte", constate-t-il. "Le problème est qu'il est plus bien 
sexy de mettre dans l'argent dans les réponses aux crises." 
 
 (Jean-Stéphane Brosse pour le service français; Thomson Reuters 
Foundation est la fondation caritative de Thomson Reuters dédiée 
à la couverture des sujets humanitaires et liés aux droits des 
femmes, à la lutte contre la corruption et au changement 
climatique. http://www.trust.org)) 
 
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