Un premier larynx artificiel implanté chez l'homme à Strasbourg

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STRASBOURG (Reuters) - Une équipe médicale des hôpitaux universitaires de Strasbourg a annoncé lundi avoir réalisé la première implantation chez l'homme d'un larynx artificiel, ouvrant la voie à un meilleur confort de vie pour les personnes ayant subi une laryngectomie.

Le patient, un homme de 65 ans atteint d'un cancer, a été opéré en juin 2012 et a vécu un an avec sa prothèse qui lui a toutefois été retirée au début l'été 2013 en raison de l'apparition d'une trop grande fatigue.

"On a fait évoluer le design en conséquence, mais l'essai a été suffisant pour vérifier que le concept était viable", a dit à Reuters Maurice Bérenger, PDG de Protip, société spécialisée dans les implants liés aux troubles du larynx qui a conçu le prototype.

L'ablation du larynx, un organe situé à l'arrière de la gorge, qui régule la respiration, la déglutition et permet la formation des sons, résulte le plus souvent d'un cancer.

Elle s'accompagne d'une trachéostomie, soit une ouverture pratiquée à la base du cou qui est reliée directement à la trachée artère pour permettre au patient de respirer.

"La motivation première m'ayant conduit à développer ce larynx artificiel était d'améliorer la qualité de vie des patients après une telle procédure", déclare dans un communiqué le professeur Christian Debry, qui a réalisé l'opération avec son équipe du service ORL des hôpitaux de Strasbourg.

Ce médecin-chercheur a été, en 2005, l'un des cofondateurs de Protip.

DIX ANNÉES D'ESSAIS

Le larynx artificiel en titane, un biomatériau retenu pour sa résistance mais surtout pour son acceptabilité par le corps humain, a été implanté en deux étapes, après dix années d'essais sur des modèles animaux.

En juin 2012, l'équipe du professeur Debry a procédé à l'ablation du larynx et à l'implantation sur la trachée d'une bague reliant celle-ci à la base de la langue.

En novembre de la même année, après une phase de cicatrisation, des valves ont été introduites par la bouche du patient et placées sur la partie haute de l'implant pour le rendre fonctionnel.

Ce sont ces valves qui, par le jeu des inspirations et expirations, vont diriger l'air vers la trachée, les liquides et solides vers l'?sophage.

Les deux partenaires ont attendu un an avant de révéler ce qui constitue une première mondiale. "On a détecté des imperfections et on voulait être sûrs que les voies d'amélioration étaient praticables", explique Maurice Bérenger.

L'implant artificiel ne restaure pour l'instant que la respiration mais l'équipe strasbourgeoise pense pouvoir y ajouter la formation des sons d'ici 12 à 15 mois.

C'est également le délai qu'elle se donne pour multiplier les essais cliniques et faire homologuer son produit.

Selon Protip, quelque 1.500 personnes subissent une laryngectomie en France chaque année et 150.000 nouveaux cas de cancer du larynx étaient détectés dans le monde en 2008 dont 28.000 en Europe.

Gilbert Reilhac, édité par Yves Clarisse

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