Un policier jugé pour les morts de Villiers-le-Bel

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par Chine Labbé

PONTOISE, Val d'Oise (Reuters) - Le policier poursuivi pour la mort de deux jeunes dans un accident de la route qui avait entraîné plusieurs jours d'émeutes à Villiers-le-Bel (Val-d'Oise) en 2007 a déclaré jeudi n'avoir rien pu faire pour éviter l'accident.

Franck Viallet, qui conduisait la voiture entrée en collision avec la moto des jeunes, est accusé de n'avoir pas pris toutes les précautions possibles.

"La mort de deux jeunes comme ça, ça vous marque à vie", a-t-il dit jeudi devant le tribunal correctionnel de Pontoise.

"J'aurai toujours ça au fond de ma conscience (...) En retournant la question, je me dis 'qu'est-ce que j'aurais pu faire?', et j'ai pas de réponse à ça."

Une vingtaine de policiers en civil étaient présents dans la salle pour soutenir leur collègue.

L'expertise a montré qu'il roulait à 59 km/h juste avant l'accident et à 64 km/h au moment du choc, soit au-delà de la vitesse maximale autorisée en ville, contre 66 km/h estimés pour la moto.

"Je roulais normalement (...) j'ai toujours été sincère, je pensais vraiment être entre 40 et 50 km/h", a dit jeudi le prévenu, qui estime que la faute qui lui est reprochée n'a pas de lien avec l'accident. "Je les ai vus arriver à gauche, et j'ai rien pu faire parce que j'étais surpris."

La moto n'était pas homologuée pour circuler sur les routes et ses passagers ne portaient pas de casque. Elle circulait à vive allure, avec un système de freinage hors d'état, a rappelé l'expert devant le tribunal.

"Il A PAS EU DE BOL"

Le policier n'a pas contesté une accélération juste avant la collision mais a dit ne pas pouvoir l'expliquer.

Le décès des deux jeunes avait provoqué deux nuits d'échauffourées à Villiers-le-Bel et dans plusieurs villes du Val-d'Oise. Des tensions étant nées le soir-même, la police n'a pu faire les constatations que près de 8 heures après les faits.

Au moment de l'accident, les policiers, en patrouille, se rendaient sur les lieux d'un vol pris en charge par la Brigade anticriminalité. N'étant pas en mission urgente, ils n'avaient activé ni gyrophare ni avertisseur sonore.

Un commandant de police appelé à témoigner jeudi a qualifié le prévenu de "calme, pondéré, sérieux."

"C'est un gars bien, et il a pas eu de bol", a-t-il dit.

Le père d'une des victimes a voulu témoigner à la barre. "J'avance depuis 5 ans, et je fais confiance à la justice, qui fait son travail", a-t-il dit dans un sanglot.

Omar, son fils aîné, s'est étonné des propos du policier, qui a maintenu qu'il pensait circuler à allure normale.

"Je ne m'attendais pas à ce genre de discours de Monsieur Viallet. Apparemment, sa mémoire, elle est sélective", a-t-il dit. "Quand on est un homme, on dit ce qu'on a fait."

Les quatre policiers présents à bord du véhicule lors de l'accident avaient d'abord bénéficié d'un non-lieu, les juges estimant qu'aucune faute ne leur était imputable.

L'enquête établissait alors que, malgré un excès de vitesse du véhicule de police, l'arrivée de la moto, qui devait la priorité à l'automobile, était "imprévisible" et "irrésistible".

Mais suite à un appel des parties civiles, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Versailles a décidé en septembre 2011 le renvoi du conducteur de la voiture devant le tribunal correctionnel de Pontoise (Val-d'Oise).

Le procès de Franck Viallet avait été reporté en juin dernier car le prévenu était mis en examen pour faux témoignage, une instruction qui s'est depuis soldée par un non-lieu.

Il encourt 5 ans de prison et 75.000 euros d'amende pour homicides involontaires par conducteur d'un véhicule.

L'audience doit se poursuivre vendredi.

Edité par Yves Clarisse

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