Un plan compétitivité bienvenu mais complexe

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UN PLAN COMPÉTITIVITÉ BIENVENU MAIS COMPLEXE
UN PLAN COMPÉTITIVITÉ BIENVENU MAIS COMPLEXE

par Yann Le Guernigou

PARIS (Reuters) - L'annonce d'un plan visant à baisser de 20 milliards d'euros les coûts des entreprises françaises a été généralement bien accueillie, au moins dans son principe, par les économistes même si certains s'inquiètent de sa complexité ou jugent que beaucoup reste à faire en matière de compétitivité.

Ils estiment en outre que le gouvernement n'avait d'autre choix que d'étaler sa mise en oeuvre sur la période 2014-2016, le "choc fiscal" imposé par le projet de budget 2013 aux ménages le privant de toute marge de manoeuvre pour leur faire supporter des prélèvements supplémentaires.

Le plan dévoilé par le Premier ministre Jean-Marc Ayrault s'articule autour d'un crédit d'impôt indexé sur la masse salariale des entreprises qui sera financé pour partie par une hausse de la TVA et la création d'une taxe écologique et pour partie par des baisses de dépenses publiques.

"Tout cela va dans le bon sens", estime Michel Martinez, économiste France à la Société générale.

"Il y a une prise de conscience des problèmes de compétitivité de l'économie française et cela montre que, à gauche comme à droite, on valide l'idée qu'il faut faire bouger la fiscalité pour qu'elle porte moins sur les facteurs de production."

"On pourra dire que cela ne fait que compenser les hausses de la fiscalité des entreprises sur 2012 et 2013 mais le pari que je fais c'est que, une fois la porte ouverte et si c'est efficace, on ouvrira le robinet plus fort", ajoute l'économiste.

Gilles Moec, économiste à la Deutsche Bank, va jusqu'à parler d'un "revirement culturel important" sur le plan économique pour le Parti socialiste même s'il déplore que le plan n'aille pas assez loin.

Pour Natacha Valla, de Goldman Sachs, les objectifs du rapport Gallois, qui recommandait 30 milliards de charges sociales reportées sur les ménages, "étaient sans doute trop lourds à porter" pour le gouvernement, qui en a choisi "une version assez neutre vis-à-vis du budget".

Eric Heyer, économiste à l'OFCE, s'en satisfait, estimant qu'augmenter les prélèvements sur les ménages dans l'environnement actuel aurait un effet récessif.

ABSENCE DE DEMANDE

"Pour 2012 et 2013, l'économie française souffre plus de l'absence de demande que d'une insuffisance de compétitivité, qui n'est pas nouvelle", dit-il. "Faire un choc de demande négatif aurait plus que compensé le choc d'offre obtenu".

"Reporter ce choc à 2014 est plus intelligent parce qu'il y a une chance que 2014 soit moins mauvais que 2013 et que la politique d'austérité sera moins forte, avec des objectifs moins élevés en matière de réduction des déficits publics", indique-t-il encore. Pour 2013, l'objectif annoncé est de les ramener de 4,5% à 3,0% du PIB, puis de les abaisser à 2,2% en 2014.

Le choix de la TVA pour financer ces mesures, quatre mois après l'annulation de la "TVA sociale" votée sous Nicolas Sarkozy, a suscité des critiques, les plus virulentes émanant de Thomas Piketty, un économiste de gauche.

Celui d'un crédit d'impôt, de préférence aux baisses de charges prônées par le rapport Gallois, inquiète d'autres économistes, au vu de la complexité du dispositif.

Ludovic Subran (Euler Hermès) déplore ainsi qu'il ne soit pas ciblé sur les entreprises qui en ont le plus besoin, à savoir les PME qui se débattent avec des problèmes de trésorerie et qui devront aussi gérer la hausse de la TVA.

"Cela risque de profiter aux grosses sociétés qui ont des départements de fiscalité spécialisés", dit-il.

MONTÉE EN GAMME

Il juge en outre qu'en limitant ces crédits d'impôts aux salaires allant jusqu'à 2,5 fois le smic, le gouvernement instaure "un plafond sur le capital humain et la productivité du travail", ajoutant : "Pourquoi exonérer seulement les bas salaires alors qu'au final on veut miser sur des secteurs de pointe et l'innovation. On arrête la montée en gamme escomptée?"

L'économiste de l'assureur crédit Euler Hermès s'inquiète enfin de l'absence de conditionnalité forte à l'octroi de ce crédit d'impôt : "J'ai peur que les 20 milliards soient utilisés comme une niche fiscale, pas pour booster le positionnement à l'export de la France."

Il invite le gouvernement à mettre en place de toute urgence une réflexion stratégique sur les secteurs qu'il veut privilégier, comme l'avait fait l'Allemagne dans son dernier plan de compétitivité.

"On voit les mesures qui s'accumulent en faveur des entreprises mais il est difficile de voir les secteurs qu'on veut porter. Pour la première fois depuis plus de 20 ans, on voit le paquebot changer de cap sur le sujet, c'est une bonne chose, mais en même temps on n'est pas sûr du cap suivi !".

En attendant, certains n'excluent pas que le gouvernement ait précipité des décisions pour protéger la signature de la France alors que l'on attend prochainement les conclusions du réexamen de celle-ci mené par l'agence Moody's.

"Les annonces d'aujourd'hui sont probablement aussi destinées à Moody's", estime Gilles Moec. Venant après un budget 2013 très agressif, elles montrent que la France "fait peut-être assez pour protéger sa notation" Aaa, écrit-il dans une note.

Edité par Yves Clarisse

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