Un physicien nucléaire jugé à Paris pour projets d'attentats

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UN PROCÈS EN FRANCE VISE UN SUPPOSÉ PROJET D'ATTENTAT EN 2009
UN PROCÈS EN FRANCE VISE UN SUPPOSÉ PROJET D'ATTENTAT EN 2009

par Thierry Lévêque

PARIS (Reuters) - Le procès d'un physicien nucléaire franco-algérien, Adlène Hicheur, suspecté d'avoir préparé en 2009 un attentat en France, s'est ouvert jeudi à Paris dans un climat de tension suscité par les sept meurtres commis dans le pays par Mohamed Merah.

Même s'il n'existe aucun lien direct avec les crimes du 'tueur au scooter', la défense d'Adlène Hicheur, qui plaide sa relaxe, dit craindre qu'il ne pâtisse de la relance du débat sur la menace terroriste. Titulaire d'un doctorat, le prévenu qui est âgé de 35 ans, travaillait au moment des faits au Centre européen de recherche nucléaire (CERN) à Genève.

Fait exceptionnel, le tribunal examine jusqu'à vendredi des projets d'attentats supposés qui n'ont été formulés que dans des conversations sur internet. La défense y voit un abus de droit, car selon elle les conversations n'avaient qu'une teneur intellectuelle et quasi abstraite.

Le tribunal a cependant mis en difficulté le prévenu en lisant les 35 messages retenus par l'accusation, où il est notamment question de l'ouverture d'un compte bancaire anonyme en Suisse et de cibler une unité militaire française basée près d'Annecy, engagée en Afghanistan.

L'accusation souligne que les échanges étaient cryptés par un procédé technique et que l'interlocuteur d'Adlène Hicheur était un militant d'Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), Mustapha Debchi. Ce dernier déclare à Adlène Hicheur dans un message: "Sarko et les bouffeurs de fromage qui puent, leur heure ne vas pas tarder, ils ne sont pas à l'abri".

Lors de la perquisition au domicile d'Adlène Hicheur dans l'Ain, une imposante documentation sur le djihad et l'islamisme a été découverte, a exposé le tribunal. Glabre, veste ordinaire et lunettes métalliques, le suspect a répondu: "Ce n'est pas parce qu'on lit des choses qu'on approuve ce qu'on lit".

UNITE MILITAIRE CIBLÉE

Il a minimisé les messages envoyés à son correspondant algérien, tel celui-ci sur des objectifs d'attentats éventuels: "ils sont différents suivant la différence des résultats souhaités".

Il ajoute que si l'on veut punir l'Etat français de son engagement en Afghanistan, il est possible de s'en prendre au bataillon situé près d'Annecy. Sur ce dernier point, le prévenu a dit aux juges: "Je fais amende honorable". Il a expliqué qu'il était alors en arrêt maladie, cloué à son domicile.

Le tribunal a relevé qu'il écrivait aussi dans les messages à son ami algérien: "Ce qui nous reste à faire c'est de constituer une unité de combat (...) dont l'objectif essentiel est de frapper l'ennemi dans son antre".

Appuyés par la Ligue des droits de l'homme et un comité de soutien, les proches et la famille du prévenu sont venus le soutenir en nombre au tribunal. "Adlène est déterminé, combatif, il est heureux de pouvoir s'expliquer alors qu'on le lui refuse depuis deux ans et demi", a dit son frère aux journalistes.

Détenu depuis octobre 2009 et poursuivi pour "association de malfaiteurs en vue de commettre un acte de terrorisme", Adlène Hicheur encourt jusqu'à dix ans de prison.

La défense du prévenu conteste la nature terroriste d'échanges écrits non suivis d'actes et dit qu'il n'est pas à ses yeux prouvé que l'homme auquel Adlène Hicheur parlait était le militant d'Al Qaïda nommé par l'accusation.

Le procès se poursuit jusqu'à vendredi soir, après quoi le jugement sera mis en délibéré.

Le débat devrait permettre de "cadrer" les poursuites judiciaires antiterroristes en France, qui ont pour objet, avec l'incrimination "d'association de malfaiteurs", de prévenir les actions avant qu'elles ne soient commises.

Depuis la création de ce dispositif dans les années 1980, qui reste quasi unique au monde, les avocats et les associations de défense des droits de l'homme mettent en garde la justice contre le risque de création d'une forme de délit d'opinion. Ils estiment que pour retenir un projet d'attentat, il faut plusieurs actes matériels, pas seulement une intention écrite.

Edité par Gilles Trequesser

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