Un physicien nucléaire condamné pour projet terroriste

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Un physicien nucléaire condamné pour projet terroriste
Un physicien nucléaire condamné pour projet terroriste

par Thierry Lévêque

PARIS (Reuters) - Un physicien nucléaire franco-algérien, Adlène Hicheur, a été condamné vendredi à Paris à cinq ans de prison dont un avec sursis pour avoir préparé en 2009 un attentat en France lors de conversations sur internet avec un islamiste basé en Algérie.

Le tribunal n'a pas totalement suivi les réquisitions de l'accusation qui souhaitait six ans de prison ferme.

La défense avait plaidé la relaxe car Adlène Hicheur, 35 ans, qui n'a jamais bougé de son siège et de son écran d'ordinateur et n'a jamais rencontré physiquement son interlocuteur islamiste, se dit victime d'un délit d'opinion.

Me Patrick Baudoin, avocat du condamné, a qualifié le jugement "d'injustice révoltante", tout en expliquant qu'il n'était pas en mesure de dire de suite s'il ferait appel.

Adlène Hicheur sortirait très prochainement de prison s'il acceptait la sentence, au bénéfice des remises de peine automatiques, puisqu'il a déjà purgé plus de deux ans et demi de détention, depuis octobre 2009.

"Ce jugement est parfaitement abusif. On peut parler, et c'est très dangereux pour les libertés, d'une accusation de pré-terrorisme", a dit l'avocat.

Cette affaire a été jugée dans un climat de tension lié à sept meurtres commis à Toulouse et Montauban par Mohamed Merah, un autre islamiste radical. Une opération de police a en outre dans la foulée abouti à l'incarcération de plusieurs membres d'un groupe supposé violent, "Forsane Alizza".

Au procès en mars, l'accusation avait qualifié le prévenu Adlène Hicheur de "conseiller technique en attentats" et lui reprochait d'avoir fourni une feuille de route, un vade-mecum terroriste à son interlocuteur.

Adlène Hicheur, titulaire d'un doctorat et qui travaillait au moment des faits au Centre européen de recherche nucléaire (Cern) à Genève, parlait dans des conversations cryptées sur internet avec un militant d'Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), Mustapha Debchi.

PROJETS SUR UNE CASERNE

Il était notamment question de l'ouverture d'un compte bancaire anonyme en Suisse et de transferts d'argent, ainsi que de projets d'attentats, Adlène Hicheur suggérant de cibler une unité militaire française basée près d'Annecy, engagée en Afghanistan. Le compte bancaire a effectivement été ouvert fin 2009.

Adlène Hicheur a aussi servi d'intermédiaire sur internet pour passer des messages d'Aqmi à des islamistes somaliens, soulignait l'accusation, s'appuyant sur l'historique des dialogues que le prévenu ne conteste pas, mais qu'il qualifie de simples discussions sans objet matériel.

Appuyés par la Ligue des droits de l'homme et un comité de soutien, les proches et la famille du prévenu sont revenus le soutenir en nombre au tribunal et certains ont protesté après le jugement devant les caméras.

Poursuivi pour "association de malfaiteurs en vue de commettre un acte de terrorisme", Adlène Hicheur encourait jusqu'à dix ans de prison.

Le procès a de nouveau remis sur la sellette les poursuites judiciaires antiterroristes en France, qui ont pour objet, avec l'incrimination "d'association de malfaiteurs", de prévenir les actions avant qu'elles ne soient commises.

Depuis la création de ce dispositif dans les années 1980, qui reste quasi unique au monde, les avocats et les associations de défense des droits de l'homme mettent en garde la justice contre le risque de création d'une forme de délit d'opinion.

Les autorités répondent qu'il s'agit d'une forme légale de réponse au terrorisme qui permet d'éviter les abus de droit comme les détentions illimitées sans fondement juridique de la base américaine de Guantanamo, à Cuba.

Edité par Patrick Vignal

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  • occulti1 le vendredi 4 mai 2012 à 17:55

    Cest pas cher payé.Ca va faire que l'exciter pour sa sortie de prison.....

  • M6437502 le vendredi 4 mai 2012 à 17:05

    En Angleterre il y a eu plusieurs cas de coups tordus de la part d'ingénieurs musulmans,généralement pakistanais.Donc il ne faut jamais confier de postes "sensibles"à un musulman.Quel que soit son niveau de compétences.

  • jicem le vendredi 4 mai 2012 à 17:00

    Les droits de l'homme servent a tout et de plus en plus à miner les fondements du "vivre ensemble" par toutes sortes d'outrances.

  • lucy.j le vendredi 4 mai 2012 à 16:22

    Les associations de défenses des droits de l'homme, devraient avoir autre chose à faire que de se battre pour la disparition du dispositif "Association de malfaiteurs en vue de commettre un acte de terrorisme" ! Par ailleurs, elles devraient lire les quelques 130 pages du "Patriot Act" où elles y découvriraient à quelques détails près un dispositif similaire. Que prétendent-elles défendre ? les droits de l'homme ou les droits des terroristes "confirmés" ou "en formation" ?