Un petit parti kurde pourrait changer le paysage politique turc

le , mis à jour à 17:42
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par Ayla Jean Yackley ISTANBUL, 3 juin (Reuters) - Les élections législatives dimanche en Turquie pourraient marquer la fin de douze années d'une domination sans partage du Parti de la justice et du développement (AKP) du président Recep Tayyip Erdogan aujourd'hui menacée par l'émergence du Parti démocratique populaire (HDP), petite formation kurde de gauche. Le HDP, dirigé par le charismatique Selahattin Demirtas, paraît en mesure de franchir le seuil de 10% des suffrages nécessaires pour envoyer des députés au parlement. Si elle plonge historiquement ses racines dans le nationalisme kurde, cette formation d'opposition ne fonctionne plus comme un repoussoir dans l'électorat turc car elle a pris ses distances avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Tout au long de la campagne, Selahattin Demirtas a décliné des thèmes sociaux et progressistes comme l'égalité des droits pour les femmes, la protection de l'environnement ou le respect de la communauté homosexuelle. "Nous allons rassembler autant de voix provenant des Kurdes que des autres pans de la société", a expliqué Demirtas. "Nous sommes le seul parti ouvert à tous, celui qui reflète le pluralisme de la Turquie". Lors des réunions de campagne du HDP, des drapeaux turcs flottent aux côtés de drapeaux kurdes (rouge, vert et jaune), ce qui était inimaginable il y a quelques années. A chaque apparition, Demirtas prône l'unité nationale turque et électrise les foules. Conscient de la menace électorale que le HDP représente pour l'AKP dans l'électorat nationaliste, Erdogan n'a pas hésité à qualifier le parti d'opposition de vitrine pour les "terroristes" et à dénoncer ses dirigeants comme des "athées et des zoroastriens". SEUIL ÉLECTORAL L'AKP devrait remporter sans surprise le scrutin mais les sondages annoncent un recul qui pourrait lui faire perdre la majorité absolue au parlement, un scénario de nature à contrarier les ambitions d'Erdogan qui souhaite une nouvelle Constitution élargissant ses prérogatives présidentielles. Traditionnellement, l'AKP pouvait compter sur le soutien d'environ deux tiers des électeurs kurdes mais la percée du HDP devrait le priver d'une partie de ce réservoir de voix. Demirtas pourrait rallier derrière lui la moitié des suffrages kurdes et envoyer des députés au parlement. Jusqu'à présent, l'AKP profitait à plein des faibles scores du HDP grâce à la répartition proportionnelle qui lui permettait de récupérer la plupart des sièges qui auraient dû revenir à ce parti s'il avait franchi la barre des 10%. Ce seuil électoral, imposé par la junte militaire après le coup d'Etat de 1980, a fait l'objet de critiques à la fois de la part des électeurs et des responsables politiques turcs qui rappellent qu'il est le plus élevé du monde pour accéder à un parlement. Demirtas a obtenu 9,8% des voix lors de la présidentielle d'août dernier, marquée par la victoire d'Erdogan, et il est convaincu de pouvoir améliorer ce score aux législatives. "Je n'ai jamais connu d'autre dirigeant qu'Erdogan", se lamente Melis Ozbakir, 23 ans, une jeune volontaire qui distribue des tracts en faveur du HDP. "Notre but est de convaincre la classe moyenne hésitante et laïque qu'elle peut voter pour le HDP", explique-t-elle avant d'ajouter que sinon la Turquie risque "de prendre le chemin d'une dictature". (Pierre Sérisier pour le service français)

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