Un pêcheur assis dans le port de l'île de Lamu, au Kenya, le 28 février 2012

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Le chantier d'un gigantesque projet portuaire, ferroviaire et pétrolier, présenté comme le plus ambitieux jamais entrepris par un pays africain, a été officiellement lancé vendredi près de Lamu, un site du sud-est du Kenya classé au patrimoine mondial de l'Unesco.Les présidents kényan, Mwai Kibaki, et sud-soudanais, Salva Kiir, ainsi que le Premier ministre éthiopien, Meles Zenawi, ont dévoilé une plaque lors d'une cérémonie officielle censée marquer le début de travaux qui restent controversés."Je n'ai aucun doute que ce jour restera dans l'histoire comme un moment décisif, l'un de ceux où nous faisons un pas de géant pour permettre à nos peuples de profiter des nombreuses opportunités socio-économiques qui sont devant nous," a déclaré M. Kibaki, espérant emploi et croissance régionale de ce méga-projet.Le port, d'une capacité de 32 postes d'accostages, est prévu à une dizaine de km de la ville historique de Lamu, joyau de la culture swahilie. Il devrait être relié par une autoroute, une voie de chemin de fer et un oléoduc à l'Ethiopie et au jeune Soudan du Sud, indépendant depuis juillet 2011. Une raffinerie est aussi envisagée.D'un coût estimé à 24,5 milliards de dollars (18 milliards d'euros), son financement pourrait être assuré par des gouvernements régionaux soutenus par des bailleurs étrangers comme la Banque africaine de développement, la Banque mondiale et la Chine, qui, a dit M. Kibaki, a déjà été "d'un extrême soutien".Accès à la merMalgré des résistances locales, qu'il promet de prendre en considération, le gouvernement kényan a déjà lancé un appel d'offres pour la première phase de construction du port.Les résidents de Lamu redoutent de se voir privés de terres ancestrales, et qu'un environnement de rêve, fait de mangroves, corail et longues plages de sable blanc, soit saccagé. Ils craignent aussi que l'activité liée au développement du port ne menace l'héritage culturel unique de l'île.Jeudi, quelque 200 habitants ont protesté dans le dédale de ruelles de Lamu, munis de pancartes sur lesquelles ils réclamaient "notre terre, nos droits". Ils reprochent à Nairobi de ne pas avoir mené d'étude d'impact, de ne pas avoir non plus impliqué la population locale.Le projet suscite aussi des questions concernant la sécurité, car il est situé à une centaine de km de la frontière avec la Somalie, privée d'Etat central et livrée au chaos depuis 20 ans. Rivalité claniques, rébellions : du nord du Kenya au Soudan du Sud, le tracé des futures infrastructures passe par des zones minées par la violence.Mais la présence des dirigeants éthiopien et sud-soudanais vendredi à Lamu témoigne de l'énorme intérêt régional que suscite le projet.Le Kenya mise dessus pour désenclaver une région oubliée du développement du pays ces dernières années. Le port de Lamu pourrait aussi permettre de soulager celui de Mombasa, plus au sud, où importateurs et exportateurs subissent de longs délais d'attente.L'Ethiopie et surtout le Soudan du Sud, en conflit ouvert avec le Soudan sur ses exportations de pétrole, peuvent, eux, espérer bénéficier d'un nouvel accès à la mer.Juba a hérité de l'essentiel des ressources pétrolières du Soudan d'avant la sécession. Mais elle reste entièrement tributaire des infrastructures du Nord pour les exporter et ne parvient pas à se mettre d'accord avec Khartoum sur les frais de passage. Le contentieux est tel que le Soudan du Sud a stoppé sa production, qui assurait pourtant 98% de ses revenus.Avant la cérémonie de vendredi, le ministre sud-soudanais de l'Information, Barnaba Marial Benjamin, avait d'ailleurs estimé que le port de Lamu était "un réel cadeau du Kenya".

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