Un opposant chiite exécuté en Arabie, l'Iran s'indigne

le , mis à jour à 18:37
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 (Actualisé avec ayatollah Khamenei, Abadi) 
    par Angus McDowall  
    RYAD, 2 janvier (Reuters) - L'imam chiite Nimr al Nimr, 
considéré comme une figure de la contestation saoudienne, et 46 
autres condamnés à mort ont été exécutés samedi en Arabie 
saoudite, ce qui a valu à Ryad la condamnation de l'Iran et 
soulevé l'indignation dans la communauté chiite.  
    Le chargé d'affaires saoudien à Téhéran a été convoqué au 
ministère iranien des Affaires étrangères, rapporte la 
télévision publique, et l'ayatollah Ali Khamenei, guide suprême 
de la Révolution iranienne, a rendu hommage au cheikh Nimr. 
    "Le réveil ne peut être enrayé", dit-il sur son compte 
Twitter en anglais. Il publie par ailleurs sur son site internet 
un montage photo assimilant l'Arabie saoudite aux djihadistes de 
l'Etat islamique. 
    Les exécutions se sont déroulées dans douze prisons à 
travers du royaume. Dans quatre d'entre elles, les condamnés ont 
été fusillés et, dans les huit autres, ils ont été décapités. 
Les corps ont ensuite été hissés à des gibets pour être exposés 
en public. 
    Il s'agit de la plus importante série d'exécutions 
simultanées pour des raisons de sécurité en Arabie saoudite 
depuis celles, en 1980, de 63 djihadistes condamnés pour 
l'attaque de la grande mosquée de La Mecque, l'année précédente. 
    Parmi les condamnés exécutés samedi figurent 43 djihadistes 
sunnites, principalement des membres d'Al Qaïda jugés 
responsables d'attentats contre des objectifs occidentaux, des 
bâtiments administratifs et des missions diplomatiques qui ont 
fait plusieurs centaines de morts entre 2003 et 2006. 
    Les quatre autres, dont le cheikh Nimr al Nimr, sont de 
confession chiite. Ils ont été reconnus coupables de la mort de 
plusieurs policiers dans le district de Katif, dans la Province 
orientale, entre 2011 et 2013. 
     
    "EMBRASER LA RÉGION" 
    Le ministère iranien des Affaires étrangères a accusé Ryad 
de soutenir le terrorisme et de se débarrasser de ses opposants 
tandis que le dignitaire religieux iranien Ahmad Khatami a 
estimé que la famille Saoud "serait balayée des pages de 
l'histoire". 
    Pour le Hezbollah libanais, qui dénonce un "assassinat", le 
cheikh Nimr a été exécuté parce qu'il militait "pour les droits 
du peuple opprimé".  
    Le Conseil islamique suprême du Liban, un organe chiite, 
parle quant à lui d'une "grave erreur". "L'exécution du cheikh 
Nimr est la mise à mort de la raison, de la modération et du 
dialogue", dit le cheikh Abdel Amir Kabalan, vice-président du 
conseil, dans un communiqué. 
    Le Premier ministre irakien, le chiite Haïdar al Abadi, a 
affirmé pour sa part sur sa page Facebook que l'exécution de 
Nimr al Nimr, "une violation des droits de l'homme", aurait des 
répercussions sur la sécurité de la région.  
    Etouffer les voix discordantes et exécuter les opposants "ne 
peut conduire qu'à encore plus de destructions", ajoute-t-il. 
    "Cette mesure prise par la famille régnante vise à embraser 
à nouveau la région, à provoquer des affrontements entre 
sunnites et chiites", a déclaré le député irakien Mohammed al 
Sayhoud, membre de la coalition au pouvoir à Bagdad. 
    "L'exécution du cheikh Nimr est un service fait à Daech, qui 
parie sur les guerres interconfessionnelles pour gagner du 
terrain", renchérit Houmam Hamoudi, membre de l'influent parti 
du Conseil islamique suprême d'Irak.  
     
    COLÈRE EN IRAK  
    Selon l'ancien Premier ministre irakien Nouri al Maliki, ce 
crime "va entraîner le renversement du régime saoudien".   
    L'influent imam chiite Moktada al Sadr a quant à lui invité 
les chiites d'Arabie et du Golfe à se mobiliser pacifiquement 
contre "les injustices et le terrorisme gouvernemental". 
    "J'appelle à des manifestations de colère devant les sites 
et les intérêts saoudiens et j'exhorte le gouvernement à 
renoncer à l'ouverture de l'ambassade saoudienne", ajoute-t-il 
sur son site internet. La représentation saoudienne, fermée 
depuis 1990, a rouvert cette semaine.       
    Au Yémen, le mouvement houthi dit porter le deuil "d'un 
guerrier saint" exécuté "après une parodie de procès et en 
violation flagrante des droits de l'homme". 
    De nombreux manifestants se sont rassemblés dans le district 
saoudien de Katif, région de la côte est à majorité chiite qui a 
été le théâtre de violentes manifestations entre 2011 et 2013.  
    Plusieurs dizaines de personnes ont par ailleurs défilé  à 
Bahreïn dans un village à majorité chiite où la police a fait 
usage de gaz lacrymogène. 
    "Il y avait une énorme pression populaire sur le 
gouvernement pour punir ces gens", a commenté Moustafa Alani, un 
expert des questions de sécurité proche du ministère de 
l'Intérieur. "Cela concernait des dirigeants d'Al Qaïda, tous 
ceux qui étaient responsables du sang versé. Cela envoie un 
message", a-t-il expliqué. 
    Certains observateurs estiment que l'exécution des quatre 
chiites était un moyen pour le pouvoir de prouver qu'il ne fait 
pas de distinction communautaire quand il s'agit de punir les 
responsables de violences politiques. 
    Les mouvements de défense des droits de l'homme dénoncent 
régulièrement le fonctionnement arbitraire du système judiciaire 
saoudien et notamment le recours à la torture pour obtenir des 
aveux. 
 
 (Pierre Sérisier, Jean-Philippe Lefief et Guy Kerivel pour le 
service français) 
 
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