Un officier de Saddam Hussein artisan du succès de l'EI-Spiegel

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BERLIN, 19 avril (Reuters) - Un ancien responsable des services de renseignement du dictateur irakien Saddam Hussein est à l'origine de la prise de contrôle par le groupe djihadiste Etat islamique d'une partie du nord de la Syrie, à en croire une enquête du magazine allemand Der Spiegel. Dans un long article intitulé "Des dossiers secrets révèlent la structure de l'Etat islamique", l'hebdomadaire dit avoir eu en sa possession 31 pages de cartes, de listes et de programmes qui équivalent à un plan en vue de la création d'un califat en Syrie. Ces documents sont l'oeuvre d'un homme, Samir Abd Muhammad al Khlifaoui, ancien colonel des services de renseignement de l'armée de l'air irakienne du temps de Saddam Hussein, qui a pris pour nom de guerre Hadji Bakr, écrit Der Spiegel. Les documents laissent penser que la prise de contrôle du nord de la Syrie par le groupe EI a été le fruit d'un plan méticuleux et habilement conçu, dont la réalisation a été supervisée par Hadji Bakr. Celui-ci a eu recours à des méthodes de surveillance, d'espionnage, d'assassinats et d'enlèvements ayant fait leurs preuves sous Saddam Hussein, écrit le magazine allemand. Hadji Bakr aurait été tué lors d'une fusillade en Syrie en janvier 2014, mais il avait eu le temps auparavant d'établir une tête de pont en Syrie, à partir de laquelle les djihadistes de l'EI ont pu envahir, en juin de cette année-là, une bonne partie du nord et de l'ouest de l'Irak. "Ce que Bakr a couché sur le papier, page après page(...) n'était rien moins qu'un plan de prise de contrôle", écrit l'auteur de l'article du Spiegel, Christoph Reuter. LA COMBINAISON DES CONTRAIRES "Il ne s'agit pas de voeux pieux mais d'un plan techniquement précis en vue de l'avènement d'un (...) califat dirigé par une organisation qui rappelait la Stasi, les services secrets de l'ex-Allemagne de l'Est", lit-on dans le Spiegel. Après le démantèlement de l'armée irakienne par les autorités américaines en 2003, après l'invasion de mars-avril de cette année-là, Hadji Bakr, était "amer et désoeuvré", écrit le magazine allemand. De 2006 à 2008, il a fait des séjours dans des prisons sous garde américaine, dont celle d'Abou Ghraïb. En 2010, Bakr et un petit groupe d'anciens officiers des services de renseignement irakiens ont fait d'un certain Abou Bakr al Baghdadi le chef officiel du groupe Etat islamique, avec pour objectif de donner à cette organisation une "façade religieuse", lit-on dans Der Spiegel. Deux années plus tard, Hadji Bakr s'est rendu dans le nord de la Syrie pour superviser la mise en oeuvre de son plan de prise de contrôle, choisissant de le lancer à l'aide de combattants étrangers, parmi lesquels des jeunes venus d'Arabie saoudite, de Tunisie et d'Europe, ou encore de Tchétchénie et d'Ouzbékistan. Le journaliste irakien Hicham al Hachimi, dont le cousin a servi naguère sous les ordres de Hadji Bakr, décrit celui-ci comme nationaliste plutôt que comme islamiste. Selon Der Spiegel, le secret à l'origine du succès de l'Etat islamique a résidé dans une combinaison des contraires, le fanatisme religieux d'un groupe et les calculs stratégiques d'un autre, dirigé par Bakr. (Noah Barkin; Eric Faye pour le service français)

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